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GENÈVE AVRIL 2021 : Pierre Maudet doit se réveiller !

Il se passe de drôles de choses dans la Genève horlogère : si tout le monde a pu applaudir l’abandon de Bâle par Rolex et quelques conjurés genevois, ainsi que le rapatriement à Genève, en avril prochain, de ce qui était le salon Baselworld, il semblerait qu’on en profite pour mettre en place une ségrégation choquante. On semble tout faire pour exclure de ce rendez-vous (stratégique pour l’horlogerie suisse après l’année sabbatique 2020) les créateurs indépendants, les petites marques de la nouvelle génération et toutes les PME de la montre qui ne relèvent pas d’un certain luxe horloger. La biodiversité traditionnelle et vitale de l’horlogerie suisse s’en trouve menacée…

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On devrait donc voir à Genève, début avril prochain, un nouveau salon qui regrouperait Rolex et les conjurés genevois qui viennent de claquer la porte de Baselworld (Patek Philippe, Chopard, Chanel, Tudor), ainsi que les marques de l’ex-SIHH. Tout ce beau monde devrait tenir salon à Palexpo aux alentours du 10 avril. De son côté, le groupe LVMH devrait également rapatrier à Genève ses marques horlogères (TAG Heuer, Hublot, Zenith et Bvlgari), mais pas forcément à Palexpo. D’autres grandes marques indépendantes devraient suivre, comme Breitling ou Carl F. Bucherer, mais d’autres noms circulent.

Deux des piliers de l'horlogerie suisse sont absents dans ce salon manifestement haut de gamme et plutôt orienté vers la haute horlogerie : les créateurs indépendants d’une part, et, d’autre part, les petites et moyennes marques de la montre. Sont également et pour le moment exclus de Genève les groupes horlogers indépendants, suisses et non suisses (Mondaine, Festina, Frederique Constant, Movado, Fossil, Timex, etc.), les remuantes nouvelles marques de la nouvelle génération [qui représentent pourtant l’avenir démographique de la branche] et tous les ateliers des artisans horlogers, les marques de « garage » [au sens œnologique du terme] et, même, au-delà du périmètre suisse, les grands acteurs internationaux de la montre que sont les groupes horlogers japonais, russes, américains ou asiatiques. C’est-à-dire à peu 95 % de la biodiversité horlogère !

Cette ségrégation est d’autant plus absurde que Pierre Maudet, qui a été un des artisans de ce nouveau salon genevois, ne cesse de plaider pour son ouverture au grand public et pour sa diversité comme garantie de qualité créative (voir sa réponse vaporeuse à nos questions précises : Business Montres du 24 avril). Or, quoi de plus attractif pour le grand public que des marques de « niche » peu connues et souvent confidentielles, mais ultra-créatives et génératrices de passion chez les amateurs [on espère que ce n’est pas ça qui gêne les « grandes » marques] ? Quoi de plus emblématique de l’imagination au pouvoir que cette nouvelle génération d’agitateurs horlogers qui travaillent, dans tous les styles et à tous les prix, à dépoussiérer les traditions horlogères ?

Certes, Palexpo n’est pas sous l’autorité directe de Pierre Maudet, mais sa capacité d’influence n’y est pas négligeable : il semble pour l’instant impossible d’organiser à Palexpo, en même temps que le salon Rolex + Richemont, le moindre événement lié aux montres. Plusieurs grandes halles de Palexpo seront pourtant libres à la période choisie par ce salon et il existe une demande solvable pour organiser un salon horloger de référence hors du star system actuel. Fait aggravant et attentatoire aux libertés économiques : dans les hôtels de la périphérie de Palexpo et du centre-ville, l’organisation de l’ex-SIHH a également préempté [sous peine d’annulations de ses propres réservations de chambres] les espaces qui seraient disponibles pour un salon consacré aux créateurs indépendants et aux marques d’entrée ou de moyenne gamme. Alternative qui peut compter sur un volume d’à peu près 200 exposants prêts à venir exposer leurs nouveautés à Genève – ce qui accroîtrait encore la portée internationale de l’événement…

Ce monopole concédé par Palexpo à un groupe d’intérêts privés est doublement choquant. D’une part, l’État de Genève est actionnaire majoritaire de ce complexe genevois d’expositions : en quoi la puissance publique est-elle légitime pour s’arroger le droit de vie et de mort sur les petites et moyennes entreprises de la montre en Suisse ? Pourquoi l’État (République et Canton de Genève) pratique-t-il cette discrimination au profit d’une grosse poignée de marques, celle du star system ? D’autre part, ce monopole va totalement à l’encontre des directives de la Confédération, qui fait tout pour sauver le tissu industriel et les PME suisses. Priver les très petites, les petites et les moyennes maisons horlogères de salon pour présenter leurs nouveautés, c’est leur donner le coup de grâce après une année 2020 qui voit leur survie menacée. C’est un mauvais coup porté contre la Suisse horlogère, contre ses traditions multiséculaires et contre sa biodiversité. Comment refuser à l’économie genevoise [et au grand public qui en apprécierait la créativité] l’appoint que peuvent représenter ces deux centaines de marques et leurs invités venus du monde entier. C’est même insulter l’avenir que d’étouffer dans l’œuf les jeunes pousses créatives qui veulent se faire une place au soleil…

À situation exceptionnelle, dispositions non moins exceptionnelles ! Même si ce monopole contractuel a pu être concédé dans le passé, il faut que Pierre Maudet, notre cher « ministre de l’Économie », tape du poing sur la table ! Il faut absolument que le conseil d’État pousse Palexpo à « casser » ce monopole de fait pour que puissent s’organiser, aux dates choisies du début avril, une ou plusieurs expositions parallèles au salon Rolex + Richemont, dans les halles libres du parc des expositions et dans des conditions économiques réalistes. Il faut impérativement que les autorités de la ville et du canton prennent en compte, au nom de l’indispensable respect de la biodiversité horlogère, les intérêts majeurs de ces « refusés » dont la qualité horlogère est reconnue par tous dans le monde entier. Pour beaucoup de ces refuzniks, après le KO technique imposé à l’industrie horlogère par la chronapocalypse en cours, c’est une question de vie ou de mort – avec des centaines d’emplois à la clé. On vous laisse réfléchir là-dessus…

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