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08 octobre 2008

PANIQUE EN CENTRE VILLE

prosperite.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Quand j’ai lu sur une affiche dans la rue « Panique en centre-ville » (Tribune de Genève d’hier), je me suis dit que j’avais raté quelques scènes d’anthologie provoquées par la panique boursière. J’imaginais déjà les Genevois assiégeant le quartier des banques, pillant les distributeurs de billets, pendant les traders aux réverbères et s’immolant par le feu pour apaiser le courroux des dieux monétaires.

Il ne s’agissait en fait que d’un « appartement piégé » qui ne l’était pas [sinon pour piéger les policiers en les mystifiant], mais qui a tout de même mobilisé des forces de police considérables pour être dépiégé de ses faux pièges. Encore une belle histoire suisse, après celles des policiers neuchâtelois qui confondent cannabis et roses trémières...

Cette panique [de qui, au fait, sinon des policiers ?] était certes désagréable, mais somme toute moins éprouvante que la situation économique planétaire. Laquelle n’avait sans doute rien de préoccupant aux yeux des Genevois, du moment qu'il n'y avait « paas le feu aau lac » ! Pas un sourcil froncé alors que les banques du monde entier s’attendent au pire, que les bourses européennes s’effrondrent et que Wall Street panique : un sang-froid épatant ! Ce lundi soir n’était pas « noir » à Genève : mêmes jeunes gens décravatés en costume gris sur les tabourets des bars à vins, mêmes jeunes femmes aux sourires éclatants sous leurs franges soigneusement brushées, mêmes verres de sauvignon dans le nuage de fumée reconstitué après trois mois d’abstinence, même tapas à grignoter et mêmes conversations de retour de week-end.

Pas la moindre inquiétude dans la capitale mondiale de la banque ; tout juste quelques frémissements, moins méchants qu’ailleurs, sur les marchés financiers helvétiques. La question de savoir si la Confédération pourrait ou non – la réponse est non ! – renflouer l’UBS et le Crédit suisse ne soulève d’ailleurs pas le moindre débat politique. Chacun s’imagine apparemment rester crisis proof, surtout chez les jeunes professionnels de l’univers bancaire. On commente beaucoup plus la campagne électorale américaine que le krach boursier, qui ne sera signalé qu’en page 13 du nouveau Matin. Pas un mot plus haut que l’autre. Vivent-ils sur une autre planète ? Business as usual. Une telle confiance en soi coupe le souffle...

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

07 octobre 2008

COLONNES INFERNALES

capt2032113db3.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

L’Enfer, pour tout bibliophile qui se respecte, ce sont ces étagères plus ou moins inaccessibles où sont rangés les livres qui ne doivent pas tomber entre toutes les mains, surtout les plus innocentes. A Paris, l’Enfer de la Bibliothèque nationale renferme ainsi un stock de vénérables ouvrages à lire, disons... d’une seule main. C’est sans doute pourquoi les jeunes conservatrices de cet Enfer vous prient de consulter les in-12 libertins du rayon Erotica avec des… gants !

Dans une capitale aussi marquée par le calvinisme que Genève, je n’imaginais pas qu’on mettrait l’Enfer à portée de tous les yeux, surtout les plus innocents [mais quel enfant peut encore le rester dans une société de consommation aussi érotisée que la nôtre ?]. On me disait les Genevois rebelles à la gauloiserie. On me les peignait comme volontiers choqués par ces allusions un peu lestes qui sont de bon ton dans toute conversation parisienne de haut vol. Je les découvre assez... avancés, pour ne pas dire délurés !

Même en France, terre – comme chacun sait – des Lettres et des Arts de l’amour, les « quotidiens de référence » [disons, pour ne pas faire de jaloux, Le Monde et Le Figaro, mais j’irais même jusqu’à Libération] n’ont jamais consacré autant de place à la gaudriole que la Tribune de Genève. C’est par colonnes entières, ouvertes à tous les lecteurs, que se négocient, en petites annonces, les mille et une nuits de Babylone, quand ce ne sont pas les cent-vingt jours de Sodome chers au marquis de Sade.

C’est le grand marché aux épices sensuelles, la foire aux jambons et même à la ferraille, le déstockage massif des chairs mûries sous toutes les latitudes, avec spécialités anatomiques [il ne manque plus qu'un GPS physiologique pour s'y retrouver], catalogues des options, valorisation arithmétique des actifs, dates de limites de fraîcheur et numéros de téléphone portable, 24 x 24 bien entendu.

Ayant largement passé l’âge de rougir devant une quelconque impudeur érotique (même aussi impunément étalée), j’ai quand même été légèrement choqué de voir des collégiens hurler de rire en épluchant ce qu’on propose dans ces colonnes infernales, dont les lois du marché (l’offre et la demande) m’obligent à penser que les Genevois disposent. C'est parce qu'il y a des consommateurs que ces colonnes sont si bien achalandées en futur(e)s consommé(e)s...

N’allez pas croire que je passe mes journées à tenir une comptabilité précise de ces félicités tarifées, mais j’ai tenté de comparer la densité des colonnes infernales dans Le Matin (Lausanne) et dans les quotidiens genevois. Eh bien, les Vaudois battent proportionnellement tous les records de grivoiseries typographiques. Faut-il en déduire que les Genevois sont les champions de l’extase furtive et du coup de canif hypocrite ? A moins qu’ils ne soient finalement plus sages que la lecture de leur presse ne le laisse penser. Troublante ambigüité…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.