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05 novembre 2008

MACRO-ONDES

2771923676_fafb625872_o.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Surtout quand ils se mobilisent. On voit tout à coup circuler une énergie collective assez étonnante et on sent battre le cœur d’une très ancienne culture d’indépendance et de liberté d’expression. Ce sont peut-être des grands mots, mais – pour un œil extérieur – c’est assez remarquable dans l’affaire de la concession refusée à la radio genevoise One FM.

Je précise que je ne suis pas (encore) auditeur de cette radio privée, ayant beaucoup de mal à ne plus écouter les radios françaises, tant sur les ondes que par Internet. Je ne pensais d’ailleurs pas qu’il était aussi difficile de changer d’habitudes radiophoniques : on se fait plus au changement de presse quotidienne qu’à celui de la presse audiovisuelle. Donc, je n’ai pas le moindre parti-pris en faveur ou en défaveur de One FM.

Ce qui me frappe, c’est la flambée de solidarité autour de cette station, dont on m’assure qu’elle est, avec ses 100 000 auditeurs quotidiens, la première à Genève. Pourquoi pas ? Et je vois le président du Conseil d’Etat genevois, et le procureur général, et les mouvements politiques de tout bord [ou presque : apparemment, la gauche n’est pas au rendez-vous], et même les responsables des transports publics genevois se mobiliser pour clamer leur attachement à One FM.

C’est d’autant plus étonnant que la décision que le refus d’accorder une nouvelle concession à One FM émane d'un Office fédéral de la communication, dont l’autorité me semblait a priori supérieure à celle des décideurs genevois.

Les attendus politico-administratifs de cette décision m’ont paru assez burlesques, une porte-parole de l’Office en question expliquant en substance qu’un bon dossier administratif présenté par une radio sans audience valait largement un moins bon dossier proposé par une station leader régional : là, j’avoue, c’est très fort ! Berne attribue donc les fréquences sans tenir compte du taux d’écoute [gage objectif de pertinence socio-économique], mais sur la base d’obscurs critères bureaucratiques : un magnifique exemple de respect des « usagers »…

Je n’imagine pas, en France, un exécutif régional prendre fait et cause contre une décision de l’administration parisienne et partir en campagne, tous étendards déployés, contre l’exécutif central. Eh bien, en Suisse, ça se fait. Et, à Genève, ça passionne les élites au nom de principes démocratiques qui dépassent infiniment les seuls intérêts d’une station de radio, aussi écoutée soit-elle. Peut-être aussi au nom d'une exception culturelle genevoise et d'une autonomie dont on ressent la sourde revendication dans la plupart des domaines…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.