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14 octobre 2008

BULLES PRIVÉES

Sparkling_Champagne,_Holidays-1.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

A quoi pensent nos banquiers de l’UBS, alors que la planète financière est à feu et à sang ? A organiser un voyage d’agrément, en Champagne (France), pour une dizaine de jeunes patrons romands ! Dans quelques heures, on les emmènera en jet privé visiter les caves de la maison Perrier-Jouët et de la maison Mumm, avant de leur faire déguster quelques-uns des meilleurs flacons qui se bonifient dans les galeries creusées en pleine craie.

Oui, vous avez bien lu : un voyage en jet et une dégustation privée dans les caves champenoises pour des managers qui, bien entendu, n’ont rien de mieux à faire alors que la récession mondiale affole les boussoles économiques !

Même en admettant que les banques suisses sont absolument crisis proof, que l’UBS est parfaitement inoxydable et que le patronat romand est incontestablement best of show, ces bulles privées sonnent aussi faux que le « séminaire » organisé par AIG, le premier assureur américain, au St Regis de Monarch Bay, en Californie : 444 000 dollars de facture, alors qu’AIG vient d’échapper à la faillite grâce à un prêt de 85 milliards de dollars consenti par la banque centrale des Etats-Unis…

Le plus choquant est moins dans la discordance des temps – entre krach et champagne – que dans le fait que personne, à la direction de l'UBS, n’ait émis la moindre réserve à propos d’une manifestation pour le moins déplacée. En pleine tempête boursière, alors que les déposants s’inquiètent pour leurs économies et que les retraités tremblent pour la garantie de leurs pensions, un tel cynisme force le respect. Manifestement, le credit crunch excite la créativité des communicants de l’UBS. Au mieux, c'est une gaffe insensée en termes d'image. Au pire, un royal mépris pour les clients et les interlocuteurs de la banque.

On prête à la reine de France Marie-Antoinette un mot malheureux, sans doute apocryphe, à propos d’affamés qui réclamaient du pain : « Qu’on leur donne de la brioche » ! La reine martyre était gardée par des Suisses, vrais héros qui se feront massacrer pour elle par honneur et fidélité. Leurs descendants font sauter les bouchons à l’heure où les Bourses s’effondrent : qui mourra pour eux ?

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.