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20 octobre 2008

LIBÉRATION ANTICIPÉE

bureaucratie.jpg[Ceci n'est pas un commentaire de la votation du week-end. Quoique, à bien y réfléchir...]

Ces Genevois ne cessent de m’épater.

Sans le vouloir, ils ont inventé un style d’auto-gouvernance citoyenne, dont le dossier de l’interdiction de fumer dans les lieux publics est un bon exemple.

Modèle classique de l’autoritarisme bureaucratique : élaboration d’un projet de loi au nom de l’« intérêt général », faible concertation avec les parties intéressées, édiction et application unilatérale d’un nouveau règlement, gestion hasardeuse des remous dans l’opinion publique, répression des contrevenants et répliques immédiate de la société civile (terrasses chauffées, clubs privés, etc.). Bref, un cran de plus dans l’hypersurveillance sécuritaire d’une société de plus en plus normée et enrégimentée au nom de considérations hygiénistes (tabac, alcool, obésité, sexualité, vitesse, etc.).

Malheureusement pour les petits seigneurs des bureaucraties occidentales, nous vivons dans un Etat de droit et toute loi hâtivement bricolée se heurte au juridisme implacable des textes fondamentaux. L’interdiction de fumer se voit désormais frappée d’illégalité, et donc interdite. Retour à la case départ pour les stratèges de l’autoritarisme étatique, qui s’empressent de rebricoler à la hâte un nouveau texte.

Pendant ce temps, la société civile s’organise. Dans les bistrots, la liberté reste la règle : ici, on fume ; là, on préfère s’abstenir. Décision du patron et des clients, et d'eux seuls. Certains changent de comptoir et arbitrent souverainement entre tel et tel établissement. Les citoyens ont le choix et décident eux-mêmes – apparemment sans émeutes, ni « troubles à l’ordre public » – de l’oxygénation ou de l'empoisonnement de leur sang.

Conscients des dangers du tabac [ne pas confondre information et répression], les citoyens sont assez adultes pour décider un jour d’être en compartiment fumeurs, et un autre jour en salle non-fumeurs. Chacun accepte la norme spontanément établie au sein de chaque établissement, sans rigidités administratives. C’est un problème personnel, pas celui des technocrates de la santé et des dictateurs du bien-être à tout prix.

Et tout a l’air de bien se passer : l’atmosphère est devenue beaucoup plus respirable dans les bars et les restaurants. Comme rien n’est plus vraiment interdit, mais que tout n’est pas non plus permis, les tenanciers en profitent pour améliorer l’aspiration et rendre leur établissement plus supportables pour les non-fumeurs. On se reprend à apprécier l’arôme délicat d’un cigare là où on devait subir l’écoeurante tabagie des « clopes » ou, récemment encore la puanteur des transpirations dans les boîtes de nuit sans fumée…

Pour ce qui est de fumer devant sa tasse de café, pourquoi ne pas en rester à cette absence salutaire de contrainte législative ? Moins de réglementation abusive, plus d’efficacité, sans les classiques effets pervers de toute tentative administrée d’organiser par la contrainte le chaos social : on fume beaucoup moins et les citoyens autogèrent leur ventilation pulmonaire dans une brillante démonstration de subsidiarité.

C’est pour ça que les Genevois sont formidables !

 

On pourrait trouver d’autres exemples de auto-gouvernance pragmatique et de subsidiarité dans la façon dont les Suisses – qui n’y étaient pas du tout obligés – ont mieux résolu que les Français la question du passage à l’euro. Nous y reviendrons.

02 octobre 2008

MISE EN EXAMEN


Absinthe.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Je viens de découvrir qu’il existe ici un examen obligatoire pour devenir cafetier-restaurateur. C’est une première source d’étonnement : il faut donc être diplômé pour servir cafés et apéritifs, passer sur le torchon sur le comptoir et préparer des sandwiches au fond du bistrot. Bizarrement, les questions touchent à la cuisine et au service de la table ont été retirées du programme de cet examen, mais les prétendants à l’empire bistrotier sauront tout de l’hygiène et de la gestion du personnel.

Donc, c’est en autodidacte qu’on doit s’initier à l’art du sandwich. En revanche, la pratique du tire-bouchon se trouve sévèrement encadrée par les services officiels de la ville de Genève. C’est sûr : respect pour le « diplômé » qui encaisse les cinq francs de mon déci de chardonnay [terrasse de La Clémence] ! Je vais le regarder d’un autre œil (le diplômé, pas la verre) maintenant que je le sais breveté, tamponné et certifié par les autorités.

Que faut-il à un Français pour tenir un bistrot ? Une ascendance auvergnate [c’est la tradition dans la limonade gauloise] ou une grande famille asiatique [ce sont les immigrés chinois qui rachètent actuellement près de la moitié des cafés-tabacs parisiens]. Quand on découvre l’incroyable densité des petits estaminets, cafés, bars, zincs, buvettes et autres tavernes qui ponctuent les trottoirs populaires de Genève [densité nettement supérieure, en proportion, à celle des comptoirs parisiens], on se dit que cette mise en examen est pour le moins stimulante pour la création d'entreprises qui tiennent une place indispensable dans notre quotidien.

Mon second étonnement de ce jour n’a qu’un rapport indirect avec le précédent, quoiqu’il concerne l’univers cabaretier : on pourra désormais fumer dedans comme dehors. Nul n’est censé ignorer la loi : les diplômés ès-verrées ne devront plus faire la police en salle. Bonne nouvelle pour ceux qui étaient condamnés à déguster leur cigare sous les « grille-pains » installés en terrasse [crâne bouillant, pieds gelés dès les premiers froids], mais navrante parenthèse législative pour les allergiques à la fumée. Un bon conseil pour les rebelles du front anti-Nicot : passez votre diplôme de cafetier et ouvrez des bistrots non-fumeurs…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.