UA-68817146-1

30 septembre 2008

PIÈCE RAPPORTÉE


45772.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

« Une, deux, trois, quatre et cinq pièces », m’annonce la demoiselle de la régie. Je n’en compte et recompte que quatre, plus la cuisine. Ce n'est tout de même pas ce petit « gabion » [nom local du cagibi] qui est considéré comme un pièce. Non, c'est la cuisine !

Apparemment, pour les Genevois, la cuisine est une pièce à part entière. Non seulement on ne compte jamais les mètres carrés [à Paris, on en est au demi-mètre carré, rectifié loi Carrez – qui est une spécialité bien parisienne !], mais la cuisine fait partie, pour les Genevois, des pièces qui entrent dans le standing de l’appartement. Comme si un logement du XXIe siècle pouvait ne pas avoir de cuisine !J'en reste perplexe...

A moins que cette ennoblissement de la cuisine ne participe d’un concept socioculturel plus fondamental. Promue vraie pièce à vivre (on en doute à découvrir certains « gabions » encombrés d'un réfrigérateur et d'un évier), la cuisine s’impose en cœur palpitant du quotidien familial. Ses fourneaux sont le creuset des immenses bonheurs domestiques. Dans les parfums de la soupe de légumes qui embue cette « pièce » à part entière, on sent que s’incarne la nostalgie d’un lointain paradis perdu. Il n'y manque plus que les jambons au plafond et les champignons qui sèchent sur une corde au-dessus de la cuisinière. On voit se dessiner l’idéalisation post-moderne d’un temps où les femmes attendaient autour du feu primitif le retour de leur chasseur. Une living kitchen : de quoi refaire de chaque papa un « gastrosexuel » et de chaque maman une petite fée des casseroles. La félicité est au bout du torchon.

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.