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29 octobre 2008

RACINES EN PLAQUES

Region Centre.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Le débat sur les plaques d’immatriculation concerne désormais tous les Européens : faut-il conserver une indication d’origine géographique (locale) sur les nouvelles plaques automobiles ? En Suisse, où les plaques sont personnelles et non liées à l'automobile [en soi, une excellente idée pour limiter l’inflation des fichiers d’immatriculation], la discussion porte sur les chiffres et sur les écussons des cantons qui figurent sur ces plaques : chacun semble attaché à marquer une appartenance à un territoire donné. Pourquoi pas ?

L'administration française vient de choisir, avec son fantastique aplomb bureaucratique, un régime de… « liberté obligatoire ». Les plaques françaises porteront obligatoirement un « identifiant territorial », assorti du « logo de la région correspondante », mais le propriétaire du véhicule « pourra faire figurer l’indicatif du département avec lequel il ressent les attaches les plus fortes ». L’obligation optionnelle et la liberté sous contrainte : une vraie décision à la française !

Bon courage pour décoder les nouvelles plaques françaises : trois groupes de lettres (F pour le pays en plus des deux doubles lettres de la référence administrative), deux groupes de chiffres (la série administrative et le numéro du département) et un logo pour le moins difficile à déchiffrer (dessin et lettrage) !

Si on imagine bien les Bretons, les Alsaciens, les Antillais ou les Corses [encore que chacun de ces espaces ethno-culturels soit scindé en plusieurs départements] revendiquer une identité régionale assez clairement délimitée, on se perd en conjectures sur le département choisi par tous ceux qui n’ont que de vagues racines ici ou là. Je parle ici de tous les Français issus de multiples siècles d'immigration intérieure, européenne ou exotique, et ils sont les plus nombreux.

D’autant que les départements n’ont jamais réussi, en France, à dépasser le stade de la référence purement administrative, sans jamais incarner une vraie « patrie charnelle ». Les Bretons de Nantes auront du mal à se trouver définis par leur 44 (Loire-Atlantique, département qui relève de la région Pays de Loire) et les Gascons du Gers ne se reconnaîtront sans doute pas dans un 32 midi-pyrénéen qui les fait échapper à leur espace culturel aquitain. Un curieux réflexe départemental, alors que l'Etat songe par ailleurs à simplifier les échelons territoriaux d'une administration locale qui compte déjà sept niveaux...

Pire : les logos des régions en question sont généralement de vraies catastrophes esthétiques, dénuées de toute légitimité historique et de toute considération citoyenne. Non seulement ces logos ne signifient rien, mais ils sont en plus très mal connus du grand public !

« Parisien, tête de chien ! », criaient hier les enfants des campagnes aux immatriculés 75. Lesquels répondaient dans le même goût : « Provinciaux, têtes de veaux ! ». Que dira-ton demain à ceux qui auront choisi le 9-3 (Seine Saint-Denis, surtout pas « nonante-trois », personne ne comprendrait) ?

On ne peut que préférer à ces futures plaques françaises le système hélvétique des blasons cantonaux assortis du blason confédéral suisse : il n’y  a que 26 cantons à mémoriser [contre 98 départements + 22 régions en France]. Et ils « parlent » mieux à l’esprit que les graphismes abstraits et parfois absurdes choisis par les bureaucrates régionaux français [ci-dessus, le logo officiel de la région Centre : une des plus belles illustrations de ce degré zéro de la culture historico-technocratique française]. L’héraldique enracinée contre la logique administrée…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.