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16 octobre 2008

ALTERGENEVOIS(ES)

medium_Copie_de_collage.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Je veux parler, notamment, des Genevois « alternatifs ». Des citoyens un peu « écolos » [c’est le mot français], un peu « bios », un peu « marginaux » [par rapport à quoi, d’ailleurs ?], un peu squatteurs, un peu dissidents de l’intérieur, un peu romantiques et beaucoup en rupture avec la culture bourgeoise dominante.

Ils dessinent la carte secrète d’une Genève inconnue, bien loin des boutiques de la rue du Rhône et des salons tendus de reps vert Empire où les banquiers privés confessent leurs clients. Une Genève faite d’adresses parallèles, inconnues des guides officiels [même le Guide du routard les méconnaît], et d’échoppes improbables où se négocient des calebasses des laboureurs de l’Oubangui, des cotonnades péruviennes et des conserves de fruits miraculeux récoltés en Ouzbékistan. Une Genève « a-normale », inimaginable de l’extérieur, à mille lieues du Jet d’Eau et des palaces internationaux.

Une Genève d'anciennes usines réoccupées par des artistes conceptuels, de balcons plantés de cultures pas forcément licites et de salles de concert improvisées dont on découvre les affiches sauvages dans la rue.

Rue du Stand, une discrète épicerie de cette galaxie alternative. Petites annonces incompréhensibles pour les non-initiés, thérapeutiques exotiques, rayons de produits bios et buffet de présentation. On s’y presse à midi pour s’y offrir des salades composées vendues au gramme pour ne rien gaspiller [on pèse l’assiette avant et après son remplissage, mais chacun peut doser ses ingrédients]. Des plats arrosées de thés bizarres qui garantissent relaxation mentale et tonus musculaire . Sourires légèrement bouddhistes du personnel et des clients qui se mettent patiemment en file avant d’aller dévorer leurs légumes dans la grande salle de l’arrière-cuisine ou, s’il fait beau, dans la cour de l’immeuble. On est « en famille », dans un des relais secrets de la « grande famille » altergenevoise.

Pas de service : chacun met son couvert et son set de table, s’empare d’un verre et tranche lui-même son pain. Instants de calme et d'anti-civilisation loin des autobus qui déferlent dans la rue. Espace sans fumée évidemment [je parle du tabac], sans éclats de voix et sans préparations industrielles. En cravate ou en jupe bariolée, en socques de bois ou en cuirs griffés, les altergenevois(es) se restaurent dans le calme, en mâchant consciencieusement leurs fibres, sans la moindre pollution audiovisuelle [ce qui relève de l’exploit ailleurs dans Genève].

Qui sont-ils, ces insoumis du calvinisme, rebelles à la dictature des modes, du luxe et de la finance ? Difficile de le savoir : les altergenevois(es) semblent à la fois parfaitement intégrés et très distants. Leur désobéissance intérieure relève d’un choix de vie sans ostentation. Ils « sont ». Tout simplement. Dans cette ville, une longue tradition d’accueil tolère les réfractaires sans les parquer, ni les stigmatiser pour leur discrète sédition sociétale. Tolérance : une valeur disparue du quotidien de cette « France voisine » si volontiers donneuse de leçons sur les droits de l'homme...

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.