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01 septembre 2014

Pourquoi Arnaud Montebourg a-t-il renoncé à porter une montre suisse ?

Non content de polariser l’attention par ses discours à l’Université d’Eté du Parti socialiste, Arnaud Montebourg attise la curiosité avec sa nouvelle montre. « Made in France », forcément, très exclusive et très étudiée dans son positionnement…

Montebourg, March LA.B, Made in France


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09 juillet 2013

François Fillon poussé à la rébellion par une montre suisse

L'ex-Premier ministre français ne peut pas envoyer d'autre message de démarcation politique que le nom de sa montre suisse : il ne s'en prive pas...

François Fillon, UMP, montre suisse, Rebellion


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23 décembre 2012

Il est vraiment épatant, ce « Gen’vois Staïle » !

Genève, argent, Gen'vois Staïle, humour, Laurent Nicolet,

Un blog comme « Genevois rien venir » ne peut que saluer « Gen’vois Staïle », le clip désopilant de l'humoriste genevois Laurent Nicolet. On peut même parier que ce sera l'hymne officiel/officieux du prochain Salon international de la haute horlogerie (SIHH), en janvier. En attendant, voici un décodage pour les non-local speaking...


 

 

 

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07 octobre 2011

Faut-il baisser son pantalon au point de gommer la croix suisse de nos montres ?

PETITS RENONCEMENTS ENTRE AMIS – ET GRANDES LÂCHETÉS ENTRE DHIMMIS

Drapeau suisse.jpgQuelques marques horlogères suisses ont commencé à retirer les croix suisses de leurs logos : il ne faudrait pas, craignent-elles, froisser la sensibilité des Musulmans dans les pays arabes. Une reculade éthiquement choquante. Et une démission identitaire stratégiquement aberrante...

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22 novembre 2010

L'horlogerie suisse offre des montres Made in China aux jurés du Grand Prix de Genève

Défense de rire : pour le Grand Prix d'Horlogerie de Genève, on a offert aux membres du jury international une montre érotique Made in China ! Qui se moque de qui dans cette affaire ? Et qui cautionne ce genre de pitreries ?

 

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27 février 2010

Son cerveau dissociant main droite et poignet gauche, Mouammar Kadhafi est-il dyslexique ?

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La question est posée après sa fatwa anti-suisse : il y a quelques mois, il commandait un plein chargement de montres suisses pour fêter ses quarante ans de pouvoir. Business Montres s’interroge sur ce trouble cognitif évident...

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22 février 2010

La nouvelle montre suisse de Nicolas Sarkozy

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Nicolas Sarkozy commence à se monter une belle collection de montres suisses : il a débuté par Breitling, avant de continuer par Rolex, Patek Philippe et, récemment, Girard-Perregaux, grâce à une 1966 Calendrier annuel Equation du temps reçue pour son cinquante-cinquième anniversaire, le 28 janvier dernier.

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13 octobre 2009

UN VRAI TRIBUN POPULISTE PEUT-IL PORTER DES FAUSSES MONTRES ?

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Eric Stauffer, vainqueur (avec le MCG) des récentes élections genevoises, parade avec une fausse Panerai au poignet : peut-on affirmer qu'on défend les emplois suisses et se rendre complice des contrefacteurs qui détruisent des emplois dans l'industrie horlogère ? Ceci n'est pas une prise de position politique, mais une simple question de bon sens et de logique : comment dit-on "faux et usage de faux" à Genève ?

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07 juin 2009

ENCRE NOIRE

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Montblanc édite un stylo en hommage à un dignitaire du IIIe Reich, maître-espion, archéologue et prédicateur de la « guerre sainte » chez les Arabes : une marque qui s’engage avec l’Unicef peut-elle simultanément se permettre une telle amnésie en célébrant l’Indiana Jones du Führer ?

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05 novembre 2008

MACRO-ONDES

2771923676_fafb625872_o.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Surtout quand ils se mobilisent. On voit tout à coup circuler une énergie collective assez étonnante et on sent battre le cœur d’une très ancienne culture d’indépendance et de liberté d’expression. Ce sont peut-être des grands mots, mais – pour un œil extérieur – c’est assez remarquable dans l’affaire de la concession refusée à la radio genevoise One FM.

Je précise que je ne suis pas (encore) auditeur de cette radio privée, ayant beaucoup de mal à ne plus écouter les radios françaises, tant sur les ondes que par Internet. Je ne pensais d’ailleurs pas qu’il était aussi difficile de changer d’habitudes radiophoniques : on se fait plus au changement de presse quotidienne qu’à celui de la presse audiovisuelle. Donc, je n’ai pas le moindre parti-pris en faveur ou en défaveur de One FM.

Ce qui me frappe, c’est la flambée de solidarité autour de cette station, dont on m’assure qu’elle est, avec ses 100 000 auditeurs quotidiens, la première à Genève. Pourquoi pas ? Et je vois le président du Conseil d’Etat genevois, et le procureur général, et les mouvements politiques de tout bord [ou presque : apparemment, la gauche n’est pas au rendez-vous], et même les responsables des transports publics genevois se mobiliser pour clamer leur attachement à One FM.

C’est d’autant plus étonnant que la décision que le refus d’accorder une nouvelle concession à One FM émane d'un Office fédéral de la communication, dont l’autorité me semblait a priori supérieure à celle des décideurs genevois.

Les attendus politico-administratifs de cette décision m’ont paru assez burlesques, une porte-parole de l’Office en question expliquant en substance qu’un bon dossier administratif présenté par une radio sans audience valait largement un moins bon dossier proposé par une station leader régional : là, j’avoue, c’est très fort ! Berne attribue donc les fréquences sans tenir compte du taux d’écoute [gage objectif de pertinence socio-économique], mais sur la base d’obscurs critères bureaucratiques : un magnifique exemple de respect des « usagers »…

Je n’imagine pas, en France, un exécutif régional prendre fait et cause contre une décision de l’administration parisienne et partir en campagne, tous étendards déployés, contre l’exécutif central. Eh bien, en Suisse, ça se fait. Et, à Genève, ça passionne les élites au nom de principes démocratiques qui dépassent infiniment les seuls intérêts d’une station de radio, aussi écoutée soit-elle. Peut-être aussi au nom d'une exception culturelle genevoise et d'une autonomie dont on ressent la sourde revendication dans la plupart des domaines…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

30 octobre 2008

PEAU D'OUANE

image021(1).pngCes Genevois ne cessent de m’épater.

Surtout les douaniers. Avez-vous remarqué, en franchissant la ligne de démarcation franco-suisse, que ce soit en voiture, en train ou en avion, à quel point les gardiens des frontières helvétiques sont peu envahissants et généralement pas curieux du tout ? Un coup d’œil sur le passeport leur suffit, de nuit [quand ils sont à leur poste] comme de jour. Et encore, pas toujours, loin de là ! Cette bonhomie est plutôt rassurante pour les libertés individuelles, dont la première est d’aller et venir sans contraintes abusives.

Quelques mètres plus loin, les douaniers français nous attendent de pied ferme : avec la même voiture, en descendant du même train ou en quittant le même avion, c’est systématiquement un tout autre accueil.

Qu’on entre ou qu’on sorte de France : suspicion des regards, questions indiscrètes, reniflements de la brigade canine anti-drogue, inspection des coffres et des bagages, voire fouilles corporelles et analyses détaillés des agendas professionnels. Il paraît que les douaniers français et les policiers des frontières ont tous les droits ; je ne sais pas, mais, en tout cas, ils prennent un malin plaisir à les exercer pleinement. Comme disent les jeunes, « ils se la jouent grave ».

Entre les deux postes-frontières, le contraste est aussi frappant qu’immédiatement sensible : le citoyen libre se mue en suspect potentiel l’espace de deux ou trois enjambées. A croire que toute entrée ou sortie du territoire national est une grave menace pour la sécurité intérieure, les finances publiques et le nouvel ordre mondial. Le Rideau de fer a survécu !

Les premières fois, quand on est encore habitué au caporalisme hexagonal, ça ne surprend pas. Après quelques semaines de liberté non surveillée en zone helvétique, le ton comminatoire et la défiance systématique des bureaucrates tricolores deviennent vite agaçants, pesants et même insuportables. Surtout quand on a rien à déclarer. Surtout quand le fonctionnaire-œil de lynx psalmodie la liste interminable de ce qu’il ne faudrait pas avoir sur soi pour aborder ou abandonner ce pays de cocagne français, où l’on estime louche de franchir la frontière avec 10 000 euros sur soi…

Ces gabelous inquiets sont les témoins de l’inquiétant climat mental d’une nation paranoïaque devenue tout aussi inquiétante. « Rien à déclarer » ? Contrainte et coercition par là, fluidité et respect par ici. Qui a peur de qui et qui fait peur à qui ? La liberté et la prospérité doivent être des maladies contagieuses, dont il faut à tout prix immuniser ceux qui sont restés du mauvais côté…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

21 octobre 2008

EUROCCASION MANQUÉE

108euro.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Il suffit de voir comment ils ont adopté l’euro pour s’en convaincre. En France et dans la plupart des pays de la « zone euro », la décision de passer à l’euro a été prise de façon autoritaire et imposée à des peuples pas vraiment consultés auparavant. D’où bon nombre de réticences, de malentendus et de ressentiments autour de cet euro, d’autant que les commerçants ont profité de l’occasion et de la confusion collective dans la perception des prix pour gonfler de façon assez dramatique leurs tickets de caisse.

Les Suisses, qui ont conservé leur légendaire franc suisse, ont été beaucoup plus malins. Ils sont passés à l’euro sans le dire, ni à leurs gouvernants, ni à leurs voisins. Et même sans se l’avouer à eux-mêmes. Là où ils auraient résisté à une décision fédérale entachée d’arbitraire [j'ai remarqué que les débats politiques étaient assez vifs sur les rives du lac], Les citoyens hévétiques ont librement opté pour un subtil bi-monétarisme.

Partout dans Genève, et pratiquement dans toute la Suisse romande, il m’arrive de payer en euros, uniquement en billets, et on me rend la monnaie en francs suisses. Le taux de change est parfois défavorable, mais il est la plupart du temps plus qu’honnête, par exemple à la Migros. Les deux monnaies coexistent ainsi sans problème et la plupart des détaillants ont une double comptabilité, de même que tous les frontaliers ont une poche pour leur monnaie suisse et une pour leur monnaie française. L’euro s’est librement imposé comme une seconde devise, sans que les autorités s’en mêlent, en particulier dans les relations économiques : toute entreprise suisse commerçant un tant soit peu avec un pays limitrophe de la zone euro a son compte en euros. Le passage a l'euro a été naturel.

Voilà un bel exemple de cette subsidiarité dont je notais récemment qu’elle imprégnait le pragmatisme auto-responsabilisant des Genevois [blog GRV « Libération anticipée » du 20 octobre].

Imaginons que le gouvernement français ait décidé, en 2002, de créer un euro optionnel, chacun ayant le choix de continuer ses paiements en francs ou en euros. Au lieu de nous rançonner en faisant valser les étiquettes, les commerçants et les entreprises auraient mis en place une double caisse et la meilleure des deux devises l’aurait emporté. On peut rester sûr que l’euro aurait eu toutes les chances de triompher du franc français, mais la transition se serait opérée en douceur, naturellement, par le libre consentement des citoyens

On ne peut plus aujourd'hui gouverner par le « fait du prince », comme on le pense encore trop souvent dans les vieux Etats-nations de notre continent. Plus l’autorité se raidit, plus les citoyens prennent de la distance pour entrer en dissidence. Plus les interventions bureaucratiques prolifèrent, plus les effets pervers se multiplient. Plus on décide à la place d’un peuple, plus ce peuple s’empresse de disqualifier ces décideurs. C’est à Genève qu’ont été posés un certain nombre des principes qui garantissent la liberté de penser et de se gouverner. Au quotidien, qu’il s’agisse d’euro ou de tabac, on peut vérifier que ces réflexes ont résisté à cinq siècles de normalisation. Les espaces à décoloniser des tyrannies contemporaines restent cependant démesurés…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables !

20 octobre 2008

LIBÉRATION ANTICIPÉE

bureaucratie.jpg[Ceci n'est pas un commentaire de la votation du week-end. Quoique, à bien y réfléchir...]

Ces Genevois ne cessent de m’épater.

Sans le vouloir, ils ont inventé un style d’auto-gouvernance citoyenne, dont le dossier de l’interdiction de fumer dans les lieux publics est un bon exemple.

Modèle classique de l’autoritarisme bureaucratique : élaboration d’un projet de loi au nom de l’« intérêt général », faible concertation avec les parties intéressées, édiction et application unilatérale d’un nouveau règlement, gestion hasardeuse des remous dans l’opinion publique, répression des contrevenants et répliques immédiate de la société civile (terrasses chauffées, clubs privés, etc.). Bref, un cran de plus dans l’hypersurveillance sécuritaire d’une société de plus en plus normée et enrégimentée au nom de considérations hygiénistes (tabac, alcool, obésité, sexualité, vitesse, etc.).

Malheureusement pour les petits seigneurs des bureaucraties occidentales, nous vivons dans un Etat de droit et toute loi hâtivement bricolée se heurte au juridisme implacable des textes fondamentaux. L’interdiction de fumer se voit désormais frappée d’illégalité, et donc interdite. Retour à la case départ pour les stratèges de l’autoritarisme étatique, qui s’empressent de rebricoler à la hâte un nouveau texte.

Pendant ce temps, la société civile s’organise. Dans les bistrots, la liberté reste la règle : ici, on fume ; là, on préfère s’abstenir. Décision du patron et des clients, et d'eux seuls. Certains changent de comptoir et arbitrent souverainement entre tel et tel établissement. Les citoyens ont le choix et décident eux-mêmes – apparemment sans émeutes, ni « troubles à l’ordre public » – de l’oxygénation ou de l'empoisonnement de leur sang.

Conscients des dangers du tabac [ne pas confondre information et répression], les citoyens sont assez adultes pour décider un jour d’être en compartiment fumeurs, et un autre jour en salle non-fumeurs. Chacun accepte la norme spontanément établie au sein de chaque établissement, sans rigidités administratives. C’est un problème personnel, pas celui des technocrates de la santé et des dictateurs du bien-être à tout prix.

Et tout a l’air de bien se passer : l’atmosphère est devenue beaucoup plus respirable dans les bars et les restaurants. Comme rien n’est plus vraiment interdit, mais que tout n’est pas non plus permis, les tenanciers en profitent pour améliorer l’aspiration et rendre leur établissement plus supportables pour les non-fumeurs. On se reprend à apprécier l’arôme délicat d’un cigare là où on devait subir l’écoeurante tabagie des « clopes » ou, récemment encore la puanteur des transpirations dans les boîtes de nuit sans fumée…

Pour ce qui est de fumer devant sa tasse de café, pourquoi ne pas en rester à cette absence salutaire de contrainte législative ? Moins de réglementation abusive, plus d’efficacité, sans les classiques effets pervers de toute tentative administrée d’organiser par la contrainte le chaos social : on fume beaucoup moins et les citoyens autogèrent leur ventilation pulmonaire dans une brillante démonstration de subsidiarité.

C’est pour ça que les Genevois sont formidables !

 

On pourrait trouver d’autres exemples de auto-gouvernance pragmatique et de subsidiarité dans la façon dont les Suisses – qui n’y étaient pas du tout obligés – ont mieux résolu que les Français la question du passage à l’euro. Nous y reviendrons.

19 octobre 2008

POUDRE AU JE

2025.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Ils ne sont plus les mêmes quand ils ont une ligne de mire devant les yeux. J’ai eu l’occasion de pratiquer un des sports nationaux dont les Suisses n’avouent pas aisément la pratique – laquelle n’est pas très « politiquement correcte » aux yeux des autres Européens. J’étais invité hier dans un stand de tir en plein air, avec d’honorables grenadiers, fusiliers, gunmen, pistoleros et autres accros helvétiques de l’arme à feu.

En soi, le décor était singulier pour un Français qui ne peut tirer, en France, que dans le cadre de lieux soigneusement clos et de réglementations rendues plus sévères et contraignantes d’année en année. Nous étions à ciel ouvert, dans une carrière en exploitation, c’est-à-dire face à des monticules de terre qui garantissaient la sécurité des voisins [mais sans doute pas la tranquilité sonore qu’on peut attendre d’un délicieux week-end ensoleillé d’arrière-saison : cette tolérance pour la fusillade est aussi un trait marquant de la culture suisse].

Les tireurs sont arrivés dès le début de l’après-midi, avec de longues valises souples à la main. Pas de criblage sociologique précis : des jeunes et des vieux, des bourgeois et des prolétaires, des seigneurs et des gueux, des jeans et des treillis militaires, des Ray-Ban et des cheveux blancs, des grands secs et des buveurs de bière bedonnants, mais évidemment presque tous des hommes, à une ou deux accompagnantes près [il y a des liturgies qui se pratiquent mieux sans les dames]. Un curieux mélange de para-militaires et de joyeux drilles, malicieux comme savent l’être les Romands, mais très appliqués à vider en quelques dizaines de minutes et avec le sourire leur impressionnant stock de munitions.

Le moins qu’on puisse dire est qu’ils étaient tous lourdement armés : un minimum de deux armes de poing par personne (une sur la cuisse, une à la ceinture ou dans un holster d’épaule), des fusils de guerre plus ou moins réglementaires et historiques, des versions « civiles » de fusils d’assaut contemporains (y compris celles des commandos de l’armée suisse), des riot guns à pompe et d’autres raretés singulières, comme un pistolet-mitrailleur de fabrication artisanale croate, souvenir des guerres de Yougoslavie.

A peine posées sur leurs chevalets, les cibles étaient copieusement arrosées par une rangée de tireurs enragés, surveillés de très près – mais sans caporalisme – par un débonnaire chef de stand, qui corrigeait la position de l’un et donnait des instructions techniques à un autre. Chaque jour, on doit brûler moins de cartouches dans toute l'Afghanistan ! Tous les calibres sont bons, surtout les plus détonnants : les armes de la Seconde Guerre mondiale réveillent de puissants échos dans la campagne...

C’est là – entre autres, mais pas exclusivement – qu’on voit se dessiner l’âme d’un peuple. Croisés dans la rue, ces farouches videurs de chargeurs n’auraient pas attiré l’attention. Là, dans cette carrière, l’arme au poing, ils se révèlent citoyens libres, autonomes, maîtres de leur personne et apparemment déterminés à défendre leurs biens et leurs valeurs. S’il y a des tels tireurs derrière chaque buisson, je comprends que la Suisse soit restée inviolée depuis tant de siècles : même Hitler a eu peur de ces bourgeois bonnasses et ventripotents, mais dotés d’une impressionnante artillerie personnelle !

Armes à feu qui circulent et qu'on s'échange libéralement, munitions en abondance, passionnés de tir regroupés librement l’espace d’un week-end de plaisirs à partager, défoulement évident dans les milliers de cartouches grillées sans ménagement, pour la précision du tir ou pour le simple bonheur d’« arroser » en faisant beaucoup de bruit et de fumée… C’est très étonnant pour un Français, né dans un pays où la République interdit toute possession d’armes à feu à ses citoyens et assimile leur possession à une possible tentative de coup d’Etat : les collectionneurs y sont traqués et même les tireurs sportifs sont dissuadés par une bureaucratie tatillonne.

« Le pouvoir est au bout du fusil », répétait volontiers le fameux Che Guevara. C’est encore plus vrai en Suisse, où faire parler la poudre est peut-être un excellent moyen de souder une communauté des citoyens. Je connais l'histoire de Guillaume Tell. On m’a raconté les anciens concours de tir, véritables fêtes populaires dans les villes et les villages. Je devine, dans cette pratique et dans les plaisanteries d’après-tir, autour d’une bonne bière, dans le soleil couchant de cet été indien, l’attachement viscéral d’un peuple à un droit élémentaire des anciens Européens : celui de posséder et de porter une arme, symbole de liberté personnelle, de rigueur morale et de solidarité collective. Bien sûr, il y a un peu d'égocentrisme dans cette capacité à déclencher la foudre, la violence et la mort d'un coup de doigt : c'est la règle du je, mais je sens beaucoup de pacifiques pulsions dans cette passion.

Les armes se sont tues et la carrière revient à son silence minéral. Ramassage des étuis des munitions tirées. On brûle les cibles percées d'une dentelle de trous dans un vieux baril d’essence. Sans la moindre ostentation, les fusils d’assaut sont ensuite remballés et les revolvers rengainés. Retour à la voiture, aux embouteillages et à la vraie vie. Fin de la parenthèse guerrière, mais tout le monde se sent un peu plus léger…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

18 octobre 2008

POST TENEBRAS CANTHARELLUS

arme-geneve.gifCes Genevois ne cessent de m’épater.

Vue de l’extérieur, pour un Français, et sans le moins du monde prendre parti, l’élection de la Constituante genevoise de ce week-end est assez surprenante. D’abord par le fait qu’elle passionne fortement une infime minorité de Genevois, mais qu’une grande majorité semble totalement indifférente tant aux enjeux qu’à la mobilisation qui agite le microcosme politique. On doit même constater que l’élection américaine provoque plus de commentaires (« McCain est-il bon, Obama est-il noir, Palin est-elle folle, etc. ? ») et de prises de position que le débat citoyen purement genevois.

Ensuite, je dois avouer que pas un de mes amis genevois n’a pu clairement m’expliquer les pièces de ce puzzle politique complexe qu’est l’élection d’une Constituante, alors qu’il existe déjà un texte fondamental (certes ancien) et une Constitution fédérale. Pour me faire une idée approximative de la discussion en cours [et sachant qu’un des points du débat me concernera directement : je veux parler du droit de vote des étrangers au niveau cantonal], il a fallu que j’aille pêcher quelques informations où je pouvais. Pour un non-initié, impossible de comprendre ce dont parlaient les affiches électorales, souvent très intelligentes sur le plan graphique, mais totalement absconses dans leur rhétorique citoyenne.

D’autant plus fouillis qu’ils étaient très fouillés, les nombreux blogs de la Tribune de Genève ne m’ont guère été d’un grand secours. Très utile et devenue centrale pour le débat politique, cette blogosphère votationnelle manque encore d’un minimum de clarté pédagogique. On s’y sent brutalement projeté au cœur de discussions dont personne ne prend plus la peine de nous expliquer, ne serait-ce que de temps en temps, les tenants et les aboutissants. Faute de recadrages périodiques des discussions, on glose à l’infini, quoique toujours avec profit, sur des détails d’un tout qui semble échapper aux Genevois de base. Malheur à celui qui rate un seul épisode de ce feuilleton quotidien : il est est largué dès le lendemain matin !

Je dois en conclure que le Genevois de base est très intelligent et que les citoyens de cette douce République genevoise n’ont pas besoin – comme nous, pauvres électeurs hexagonaux – de ces éclaircissements didactiques et de ces infographies de style école primaire qu’adorent nous servir les services officiels d’une République française une, indivisible, autoritaire et surplombante…

Enfin, et toujours du seul point de vue de la rue, cette floraison de panneaux électoraux est pour le moins surprenante : 18 listes aux dénominations et aux frontières politiques pas toujours explicites pour 527 candidats à la Constituante, c’est beaucoup pour un aussi petit Etat. D’autant qu’on peut (semble-t-il) panacher ! Le facteur rassurant reste le modeste niveau des dépenses en marketing électoral : on est très loin du tapage américain et à peu près au niveau d’une humble élection locale française. Abondance de biens ne nuit-elle pas ?

On déduira de cette ultra-motivation des uns une idée très positive de l’insolente santé démocratique manifestée lors de cette campagne pour une nouvelle Constitution, sujet difficile s'il en est. On corrigera cette impression par le taux de participation réel des autres à l'issue de ce week-end. En France, on parle des abstentionnistes comme du parti des pêcheurs à la ligne. Le choix n’étant pas simple face à un tel parterre d'ardents constituants, certains Genevois risquent, au petit matin, d’aller traquer les derniers champignons de l’été indien plutôt que la votation.  La sécession citoyenne comme nouveau droit dans la Constitution : Post Tenebras Cantharellus*...

C’est pour ça que les Genevois sont formidables !

 

* La chanterelle ou la girolle pour les profanes...