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01 novembre 2017

Mais pourquoi les horlogers suisses sont-ils aussi affreusement radins ?

Ils ont de bonnes raisons de l'être, puisque les autorités de Genève font tout pour les dissuader d'enrichir les collections de la Ville...

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04 juin 2014

INDÉCENCE ÉTHIQUE : « J’irai cracher sur ta tombe ! » (Nick Hayek face à Marie-Antoinette, place de la Concorde)

C’est vrai : il est difficile de cracher sur la tombe de la reine décapitée, dont le corps a été jeté à la fosse commune, à l’emplacement de l’actuelle chapelle expiatoire de Paris. Sauf que faire de l’humour sur ce crime de la Révolution française est une insulte à l’histoire de France…

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22 février 2013

Où les socialistes genevois ont-ils la tête ?

Il n'y avait sans doute pas le feu au lac pour le socialiste genevois Charles Beer, président du Conseil d'Etat de Genève. Il vient de réagir à la fermeture du bureau genevois du COSC, transféré à Saint-Imier. Il était temps !

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20 janvier 2013

Genève, capitale... strictement confidentielle de l’horlogerie

Les salons horlogers permettent aux autorités genevoises mobilisées pour la circonstance de nous resservir l’inusable couplet de la « Genève, capitale horlogère de la Suisse ». Ce qui correspond à rien dans la réalité...

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Les salons horlogers permettent aux autorités genevoises, immuablement mobilisées pour la circonstance, de nous resservir l’inusable couplet de la « Genève, capitale horlogère de la Suisse ».

Discours en copié-collé d’une année sur l’autre : la posture avantageuse des élus ne doit cependant faire oubier que la capitale horlogère en question n’a pas une seule – pas une ! – rue dédiée à un quelconque horloger, hormis le pont Hans-Wilsdorf dont nous n’aurons pas la cruauté de rappeler qu’il relève d’une initiative... privée et qu’il n’a pu être lancé sur l’Arve que grâce aux fonds privés de la fondation du même nom (propriétaire de la marque Rolex).

Et nous n'aurons pas l'indécence de rappeler que « Genève, capitale horlogère » n'a toujours pas ouvert au public le moindre musée horloger digne de ce nom, alors que la plus récente des expositions sur son patrimoine horloger a connu un brillant succès. Le seul musée de la ville capable de présenter des montres est un musée privé, créé par la maison Patek Philippe avec des fonds privés et une collection privée...

À Genève, pour les autorités, l'horlogerie est avant tout une affaire d'emplois (frontaliers ?) et de retombées économiques. La République aime bien discourir sur les montres, mais elle préfère avant tout l'argent des montres (et, une fois par an, le champagne et les petits fours des montres). Pas très étonnant que les touristes chinois – qui aiment les montres suisses – préfèrent les découvrir ailleurs en Suisse : hormis les boutiques du Rhône, rien n'est organisé pour eux par la ville. Ah si, on oublie : il existe bien une sympathique « route de l'horlogerie » imaginée par l'office du tourisme, mais elle consiste à cartographier... les boutiques des marques !

Et les salons horlogers ? Il faut savoir que « Genève, capitale horlogère » n’a pas, dans l'année, une seule – pas une ! – manifestation publique horlogère ouverte aux Genevois. Les multiples salons qui permettent cette semaine à 85 marques de montres d’organiser un événement à Genève fonctionnent à guichets fermés, uniquement sur invitation. Et ne vous avisez pas d’essayer d’entrer au SIHH ou au GTE, qui se tiennent pourtant dans des lieux publics (Palexpo ou le Bâtiment des forces motrices) : ce sont des rendez-vous privés, sans la moindre journée oou le moindre horaire pendant lesquels le grand public serait admis à s'informer ou à admirer des montres. On ne va quand même pas mélanger les torchons et les serviettes : les citoyens et les résidents genevois sont priés de circuler – il n’y a rien à voir...

Une fois par an, un jour par an, ce n’est pourtant pas beaucoup demander. Ces salons seraient pourtant l'occasion d'instaurer, à Genève, une seule fois par an, une « journée de la montre » qui rassemblerait tout le monde (professionnels et grand public) autour des collections patrimoniales du canton (publiques et privées) et autour des valeurs non marchandes d'une horlogerie enracinée ici depuis plus de quatre siècles.

Ah oui, dernière précision : Genève n’est pas, et de loin, la « capitale horlogère » dont se flattent ses élus. C’est, selon le mode de calcul (chiffre d’affaires, personnel, nombre d’entreprises, etc.), soit le troisième, soit le quatrième, soit même le cinquième canton suisse dans ce domaine. C’est officiellement la seule ville suisse qui tienne à afficher son nom sur les cadrans, mais c’est aussi la ville suisse dont les élus affichent la plus grande indifférence à l’horlogerie réelle – celle des hommes et des femmes qui en vivent, qui font des montres ou qui en rêvent...

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30 août 2012

POURQUOI UN TEL MÉPRIS DE GENÈVE POUR SES HORLOGERS ?

Réflexions intempestives en traversant le nouveau pont Hans-Wilsdorf : pourquoi Genève est-elle un tel désert pour évoquer les horlogers dont elle semble si fière dans ses discours officiels ? Je t'aime, moi non plus...

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25 novembre 2010

De plus en plus fou : même L'Aiguille d'Or du Grand Prix d'Horlogerie de Genève est « Made in China » !

Révélé recemment, le gag de la "montre chinoise" (très bas de gamme) offerte aux jurés du Grand Prix d'Horlogerie de Genève serait bénin, si les responsables de ce Grand Prix n'aggravaient maintenant leur cas : même l'Aiguille d'Or, le trophée qui se veut réservé au meilleur des meilleurs horlogers du monde, est "Made in China". Là, c'est la mascarade et on se paie vraiment notre tête... Au secours !

 

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Avec les paillettes et les girls emplumées du final (on parle des danseuses), l'industrie chinoise
s'invite parmi les membres du jury à travers le trophée Made in China (au centre, sur son podium).
Les Chinois n'auraient pas rêvé mieux. Le Grand Prix l'a fait...

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27 février 2010

Son cerveau dissociant main droite et poignet gauche, Mouammar Kadhafi est-il dyslexique ?

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La question est posée après sa fatwa anti-suisse : il y a quelques mois, il commandait un plein chargement de montres suisses pour fêter ses quarante ans de pouvoir. Business Montres s’interroge sur ce trouble cognitif évident...

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01 février 2010

LES DIX-HUIT SIÈCLES DU « COUTEAU SUISSE »

 

 

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Victorinox n’a qu’à bien se tenir ! Les Romains pratiquaient déjà le couteau multi-lames et multi-fonctions, 1 800 ans avant nos technologies contemporaines.

 


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14 janvier 2010

Simple question un peu naïve : A quand une solidarité du luxe horloger avec Haïti ?

 

 

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Alors que s’ouvre à Genève une série de salons horlogers dégoulinants de luxe, de diamants, détiquettes superlatives et de milliards insolents, ne serait-il pas normal qu’une profession aussi soucieuse de respectabilité fasse un geste (ou plusieurs) de compassion à l’égard des sinistrés caraïbes ?

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07 juin 2009

ENCRE NOIRE

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Montblanc édite un stylo en hommage à un dignitaire du IIIe Reich, maître-espion, archéologue et prédicateur de la « guerre sainte » chez les Arabes : une marque qui s’engage avec l’Unicef peut-elle simultanément se permettre une telle amnésie en célébrant l’Indiana Jones du Führer ?

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12 novembre 2008

COMMÉMORAS-LE-BOL

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Ces Genevois ne cessent de m’épater.

Pour un Français, c’est étonnant de les voir travailler un 11 novembre, sacro-saint jour férié dans une République qui préfère allègrement sacrifier un lundi de Pentecôte plutôt que la commémoration « fériée » d’un armistice signé voici 90 ans [je n’écris pas nonante parce que cela ne m’est pas encore naturel].

Le contraste était frappant, hier, entre...

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04 novembre 2008

FAUSSE COLOGNOTE

ObelisqueAdor.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

En particulier pour leur aptitude à régler les situations conflictuelles. Pour un Français de France, les subtilités de l’histoire genevoise sont parfois obscures. En promenade sur les bords du lac, du côté de Port-Noir, je m’arrête un instant devant l’obélisque qui marque le « débarquement des Suisses sur cette rive » en 1814 [ci-dessus].

Ah bon, mais n’était-ce pas la Suisse auparavant ? Oui et non, m’affirme-t-on : c’était encore un peu la France, et même le défunt mais pas regretté « département du Léman », Genève n’étant plus alors qu’une commune française comme les autres. Cette annexion a pris fin avec l’entrée des troupes autrichiennes – les voleurs de canons ! – en 1813 et avec le fameux débarquement des Confédérés de Soleure et de Fribourg l’année suivante. Il s'agissait d'ancrer la République de Genève à la Confédération. D’où, sans doute, les... ancres de marine qui couronnent l'obélisque, monument à vrai dire assez discret pour un événement aussi marquant pour les patriotes suisses : n’est-ce pas une forme de modestie discriminatoire de la part de ces Genevois en quête d'une intemporelle singularité culturelle ?

Parfait, mais je découvre que cette opération Overlord à la sauce genevoise n’a pas eu lieu à l’emplacement de l’obélisque, mais à quelques centaines de mètres de là, plus au nord, du côté de la Nautique. Un peu comme si on avait, toutes proportions gardées, déplacé les plages du D-Day en Normandie vers les falaises du pays de Caux. D’autant que la Nautique n’est pas en territoire genevois, mais à Cologny. Ainsi donc, les farouches patriotes helvétiques n’auraient pas libéré en priorité Genève, mais Cologny [pas d'humour déplacé : Cologny n'était pas alors le bantoustan pour milliardaires que la commune est aujourd'hui !]

Nous avons ainsi une vérité historique [Cologny, et non Genève] qui ne se traduirait pas par une vérité topographique, ni même par un témoignage patriotico-tumulaire probant [Genève, et non Cologny]. Un intéressant décalage spatio-temporel ! Sauf que les Genevois et les Colognotes sont des petits malins : pour que l’obélisque reste définitivement en terre colognote [on ne révise pas l’histoire], même après la construction du port de la Nautique et le déplacement du monument, la ville de Genève a cédé à la ville de Cologny la poignée de mètres carrés où l’obélisque est à présent érigée. On se demande tout de même pourquoi la stèle commémorative de débarquement n'est pas restée à la Nautique...

Cette enclave extra-territoriale prouve en tout cas que les talents de négociateurs des Suisses ne sont pas usurpés. On comprend mieux qu’ils aient été les acteurs des grandes organisations internationales d’après la Première Guerre mondiale. C’est à l’hôtel des Bergues de Genève, en 1921, que s’est tenu le premier dîner de gala au cours duquel des Français, des Anglais et des Allemands ont officiellement accepté de partager le même repas, qui était présidé par Gustave Ador. Celui-là même qui a donné son nom au quai sur lequel se dresse l’obélisque du débarquement. Dans cette ville, tout se tient de génération en génération…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

23 octobre 2008

LAW PROFILE

300px-John_Law.jpgHommage non admiratif au plus fabuleux arnaqueur financier de son temps.

Un peu en marge de ma chronique genevoise, une parenthèse pas éloignée que ça de l’actualité. De passage à Venise, je n’ai pas manqué de faire une petite méditation sur un grand oublié des récentes tempêtes financières.

Dans le quartier San Marco, entre palaces et boutiques de luxe, l’église San Moisé propose son ébouriffante façade baroque et s’offre le luxe d’« inventer » un saint – le bon vieux Moïse de l’Ancien Testament – qui n’avait pas besoin de cette canonisation, puisqu’il est déjà reconnu comme un des Pères fondateurs de la religion juive, de l’Islam et de la foi chrétienne. Un faux saint alors que l’Eglise en oublie tant, c’est déjà très moderne et follement médiatique.

Une fois poussée la porte de cette vraie église [ce qui n’est pas évident, à Venise, tant les monuments religieux sont détournés en musées ou en salles de concert], une surprise : non loin de l’entrée, un losange de pierre claire dans le damier qui pave le sol de l’église. Quelques inscriptions effacées, mais on lit clairement le nom : « Alexander Law Lauriston ». C’est bien lui : nous sommes sur la pierre tombale (30 cm x 30 cm) du fameux John Law de Lauriston (Edimbourg, 1671-Venise, 1729 : ci-contre), l’homme qui a été considéré comme responsable du plus grand krach financier de l’Ancien régime. Curieux temps où les banqueroutiers étaient inhumés dans les églises...

Pour ceux qui auraient oublié, John Law (devenu Alexander à San Moisé) a été le plus célèbre aventurier économique de son temps et le plus inventif des banquiers. Il a même été ministre des Finances d'un royaume de France en état virtuel de faillite à la mort du roi Louis XIV (1715). Law invente alors le billet de banque et parvient à convaincre les élites de toute l’Europe que l’argent n’est qu’un moyen d’échange et qu’il doit circuler pour créer des richesses. Du papier contre l'or : il fallait oser ! Law est donc le fondateur de l’ingéniérie financière et il entreprend de remplacer, dans les échanges économiques, le métal précieux par du papier-monnaie. La prospérité est instantanée et des fortunes s'édifient en quelques mois sans réelle contrepartie en productivité. Les empires coloniaux sont alors ce que les marchés émergents seraient aujourd'hui : des relais de croissance...

On voit tout de suite se dessiner le parallèle avec la récente situation des marchés internationaux : une richesse virtuelle née d’échanges incontrôlés de « monnaie non-métallique » et une spéculation effrénée, attisée par la cupidité des grands de ce monde. Jérôme Kerviel, le bricoleur aux sept milliards d'euros, n'est qu'un gamin maladroit : si un génie du calibre de Law avait connu l’informatique, il aurait mis le feu à la planète !

On trouve, dans l’histoire du « système de Law » [que les Français appellent curieusement Lass, peut-être pour Law’s], les mêmes ingrédients qu’au XVIIIe siècle : des « gourous » auto-proclamés qui appâtent les nigauds, des spéculateurs qui emballent la machine à profits [multiplication par 40 du cours des actions], quelques Cassandre qui crient au loup mais que personne ne veut entendre, un reflux brutal qui prend les naïfs au piège et une fabuleuse banqueroute qui ruine les actionnaires, détruit la confiance générale dans le système et plombe durablement l’économie du royaume, qui mettra près de quinze à s’en remettre.

Les émeutes sont telles [une vingtaine de morts à la porte des établissements qui garantissaient la convertibilité entre or et monnaie-papier] que Law doit s’enfuir à Venise en 1720. Il y mourra, dénué de tout et surtout d'amis, un peu moins de dix ans plus tard.

C’est le Venises de Paul Morand qui m’a mis sur la piste de Law à San Moisé. L'ex-M. de Lauriston avait contracté une pneumonie mortelle, un soir de froidure, en traversant le Rialto. Aujourd'hui, après une arnaque aussi monumentale que la sienne [toutes proportions gardées], c'est l'économie mondiale qui a la fièvre. 

Le bedeau de San Moisé doit être habitué. Il m’a désigné la pierre tombale sans hésiter et, pour que je puisse mieux lire l’inscription, il a posé deux lumignons votifs autour, à même le carrelage de marbre. Les bigotes qui les avaient allumé en invoquant saint Antoine de Padoue n'en sauront rien. Light show très terre-à-terre à trois siècles de distance : deux flammes vacillantes dans la pénombre du choeur. Alors que les bourses valsent et que les hedge funds rockent n' rollent dans toutes les capitales, c’est pour John Law, qui fut un des plus puissants financiers du monde, le dernier tango à Venise. 

Hit the road, John, et ne reviens plus jamais, jamais, jamais !

C’est pour ça que l’histoire est formidable, mais comprenons-nous ses leçons ?

15 octobre 2008

STOÏCIENS EN CULOTTES COURTES

image1.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Mieux que post-modernes, les Suisses sont méta-historiques ! J'ai ai eu la preuve à la première réunion de parents d’élèves dans l’école genevoise de mon fils. Une école publique, dois-je préciser, les écoles privées de ce pays étant hors de portée des salariés même honorablement rémunérés [ce qui n’est pas le cas en France, où une large partie des établissements « privés » est plus ou moins directement subventionnée par l’Etat].

Quelques bonnes surprises par rapport à la France, comme les quatre jours d’absence non justifiables par les parents [ce qui signifie ni plus ni moins que quatre départs anticipés en week-end] ou une « Semaine sans écran », destinés à priver ces pauvres chéris de leurs agaçantes prothèses high-tech. Sans parler du petit buffet qui permet de terminer la réunion en échangeant quelques idées avec les autres parents.

La plus étonnante de ces découvertes reste le fait qu’il n’y a pas de vrai programme d’histoire pour les enfants de sixième, sinon des thématiques tellement optionnelles que la plupart des parents n’y ont rien compris. Normal : ni les papas, ni les mamans ne sont rassurés quand on leur annonce que leurs enfants vont apprendre à « appréhender des problématiques » [en clair : découvrir à quoi servent les transports urbains], « se familiariser avec différentes représentations du temps » [traduction : différencier le XIXe siècle du XXe siècle] et « comparer des solutions passées et présentes » [comprenez : la différence entre la télévision et la grand-mère au coin du feu].

Cuistres pédagomaniaques de tous les pays, unissez-vous !

Apparemment, les enfants des rues basses auront cette année le choix entre quelques explications sur l’Escalade [c‘est quand même la moindre des choses], de vagues données sur la Seconde Guerre mondiale et un survol de l'Antiquité, le tout en fonction des saisons et des vacances, voire de l'humeur des maîtresses.

Ce grand flou est assez révélateur des étranges relations qu’entretiennent les Genevois, et plus généralement les Suisses, avec l’histoire, celle qui s'écrit avec un grand H. Une Histoire dont leurs ancêtres ont choisi de s’abstraire par une stratégie de neutralité qui leur a permis de nous léguer des paysages remaquablement préservés, aux alpages parfaits pour le chocolat au lait, des cités inviolées depuis des siècles, des manufactures d'horlogerie de précision et des banques réputées pour leur secret. Soit une estimable aisance collective...

Après tout, à quoi bon enseigner aux enfants d’une nation aussi pacifique les leçons forcément tragiques de l’histoire du monde ? Pourquoi troubler leurs jeunes années du fracas de batailles, de l’effondrement des empires et des illusions du progrès ? Admirez donc le flegme suisse dans les tempêtes financières : ces pépéties boursières empêchent-ils les banquiers de l’UBS d'aller festoyer au champagne en jet privé [notre blog d’hier] ? « Faire l’expérience subjective des durées » annonce le programme d'histoire : c’est sur les bancs de l’école qu’un tel stoïcisme peut s'enraciner.

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

14 octobre 2008

BULLES PRIVÉES

Sparkling_Champagne,_Holidays-1.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

A quoi pensent nos banquiers de l’UBS, alors que la planète financière est à feu et à sang ? A organiser un voyage d’agrément, en Champagne (France), pour une dizaine de jeunes patrons romands ! Dans quelques heures, on les emmènera en jet privé visiter les caves de la maison Perrier-Jouët et de la maison Mumm, avant de leur faire déguster quelques-uns des meilleurs flacons qui se bonifient dans les galeries creusées en pleine craie.

Oui, vous avez bien lu : un voyage en jet et une dégustation privée dans les caves champenoises pour des managers qui, bien entendu, n’ont rien de mieux à faire alors que la récession mondiale affole les boussoles économiques !

Même en admettant que les banques suisses sont absolument crisis proof, que l’UBS est parfaitement inoxydable et que le patronat romand est incontestablement best of show, ces bulles privées sonnent aussi faux que le « séminaire » organisé par AIG, le premier assureur américain, au St Regis de Monarch Bay, en Californie : 444 000 dollars de facture, alors qu’AIG vient d’échapper à la faillite grâce à un prêt de 85 milliards de dollars consenti par la banque centrale des Etats-Unis…

Le plus choquant est moins dans la discordance des temps – entre krach et champagne – que dans le fait que personne, à la direction de l'UBS, n’ait émis la moindre réserve à propos d’une manifestation pour le moins déplacée. En pleine tempête boursière, alors que les déposants s’inquiètent pour leurs économies et que les retraités tremblent pour la garantie de leurs pensions, un tel cynisme force le respect. Manifestement, le credit crunch excite la créativité des communicants de l’UBS. Au mieux, c'est une gaffe insensée en termes d'image. Au pire, un royal mépris pour les clients et les interlocuteurs de la banque.

On prête à la reine de France Marie-Antoinette un mot malheureux, sans doute apocryphe, à propos d’affamés qui réclamaient du pain : « Qu’on leur donne de la brioche » ! La reine martyre était gardée par des Suisses, vrais héros qui se feront massacrer pour elle par honneur et fidélité. Leurs descendants font sauter les bouchons à l’heure où les Bourses s’effondrent : qui mourra pour eux ?

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.