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03 juillet 2015

HERMÈS : Les crocodiles de la honte (comment on torture des animaux pour faire des sacs à main et des bracelets de montres)...

Sans son bracelet, une montre-bracelet est un des objets les plus prodigieusement inutiles qui soient. Si les montres ont tant d’importance dans nos vies quotidiennes, c’est aussi grâce aux bracelets qui les maintiennent à notre poignet. Autant dire que tout ce qui touche à ces bracelets doit nous intéresser. Or, vous êtes-vous posé la question de savoir d’où venaient ces peaux de crocodile ou d’alligator qui sont, nous dit-on, ce qui se fait de mieux en matière de bracelets en cuir. Une vidéo de la PETA nous donne un aperçu de ce qui se passe dans des « fermes à crocodiles » liées aux tanneries du groupe Hermès, spécialiste de ces peausseries de luxe, notamment pour ses fameux sacs à main Kelly ou Birkin

 

La PETA (People for Thical Treatment of Animals) est une ONG américaine qui a pris en main la protection des animaux. Tout le monde se souvient de ses campagnes contre les fourrures, qui ont fini par sinistrer ce marché. Le film tourné en caméra cachée dans ces « fermes » est insoutenable, par la cruauté des traitements réservés aux animaux comme par le mépris de toutes les règles éthiques en matière d’abattage et de souffrances infligées à des êtres vivants. Curieusement, ma maison Hermès se drape dans son silence, alors que l’industrie horlogère avait rapidement réagi, en 2010, quand un film télévisé sur les « reptiles de la honte » avait dévoilé dans quelles conditions fonctionnait le marché asiatique des peaux de reptile.

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Une telle vidéo est accablante pour une marque de luxe si soucieuse de son image et de sa respectabilité : ces images sont révoltantes et elles changent le regard qu’on pose ensuite sur ces somptueux sacs à main ou sur les bracelets de nos montres. Certes, l’espèce crocodilienne n’est pas la plus follement sympathique du monde animal, mais ces reptiles ont une conscience, un cerveau, une intelligence et des usages sociaux qui les élèvent très au-dessus du lombric. Un élevage, c’est théoriquement mieux qu’un prélèvement sauvage de Niloticus ou de Mississippiensis dans la nature, mais la course au profit n’excuse pas qu’on fasse très méchamment la peau à des animaux pour le seul plaisir de gainer notre bûcher des vanités d’écailles ostentatoires et de dépouilles statutaires. Les célébrités resteront célèbres sans ces sacs à main éclaboussés de sang et de souffrances…

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02 juin 2015

SOLAR IMPULSE : Pourquoi on peut avoir du mal à s’extasier devant la promotion d'une hypothétique aviation solaire

Générosité apparente de héros charismatiques, habillage scientifique d’un exploit personnel, défi culturel enraciné dans les plus anciens mythes de l’humanité : l’unanimité du mainstream médiatique est louable, mais toujours suspecte. Restons lucides...

Solar Impulse, Bertrand Piccard, aviation solaire

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16 octobre 2008

ALTERGENEVOIS(ES)

medium_Copie_de_collage.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Je veux parler, notamment, des Genevois « alternatifs ». Des citoyens un peu « écolos » [c’est le mot français], un peu « bios », un peu « marginaux » [par rapport à quoi, d’ailleurs ?], un peu squatteurs, un peu dissidents de l’intérieur, un peu romantiques et beaucoup en rupture avec la culture bourgeoise dominante.

Ils dessinent la carte secrète d’une Genève inconnue, bien loin des boutiques de la rue du Rhône et des salons tendus de reps vert Empire où les banquiers privés confessent leurs clients. Une Genève faite d’adresses parallèles, inconnues des guides officiels [même le Guide du routard les méconnaît], et d’échoppes improbables où se négocient des calebasses des laboureurs de l’Oubangui, des cotonnades péruviennes et des conserves de fruits miraculeux récoltés en Ouzbékistan. Une Genève « a-normale », inimaginable de l’extérieur, à mille lieues du Jet d’Eau et des palaces internationaux.

Une Genève d'anciennes usines réoccupées par des artistes conceptuels, de balcons plantés de cultures pas forcément licites et de salles de concert improvisées dont on découvre les affiches sauvages dans la rue.

Rue du Stand, une discrète épicerie de cette galaxie alternative. Petites annonces incompréhensibles pour les non-initiés, thérapeutiques exotiques, rayons de produits bios et buffet de présentation. On s’y presse à midi pour s’y offrir des salades composées vendues au gramme pour ne rien gaspiller [on pèse l’assiette avant et après son remplissage, mais chacun peut doser ses ingrédients]. Des plats arrosées de thés bizarres qui garantissent relaxation mentale et tonus musculaire . Sourires légèrement bouddhistes du personnel et des clients qui se mettent patiemment en file avant d’aller dévorer leurs légumes dans la grande salle de l’arrière-cuisine ou, s’il fait beau, dans la cour de l’immeuble. On est « en famille », dans un des relais secrets de la « grande famille » altergenevoise.

Pas de service : chacun met son couvert et son set de table, s’empare d’un verre et tranche lui-même son pain. Instants de calme et d'anti-civilisation loin des autobus qui déferlent dans la rue. Espace sans fumée évidemment [je parle du tabac], sans éclats de voix et sans préparations industrielles. En cravate ou en jupe bariolée, en socques de bois ou en cuirs griffés, les altergenevois(es) se restaurent dans le calme, en mâchant consciencieusement leurs fibres, sans la moindre pollution audiovisuelle [ce qui relève de l’exploit ailleurs dans Genève].

Qui sont-ils, ces insoumis du calvinisme, rebelles à la dictature des modes, du luxe et de la finance ? Difficile de le savoir : les altergenevois(es) semblent à la fois parfaitement intégrés et très distants. Leur désobéissance intérieure relève d’un choix de vie sans ostentation. Ils « sont ». Tout simplement. Dans cette ville, une longue tradition d’accueil tolère les réfractaires sans les parquer, ni les stigmatiser pour leur discrète sédition sociétale. Tolérance : une valeur disparue du quotidien de cette « France voisine » si volontiers donneuse de leçons sur les droits de l'homme...

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.