UA-68817146-1

28 octobre 2008

SEX N'ROLL

paris_hilton_tout_en_or_dans_le_desert_du_mojave_reference.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater. Surtout pour ce qui concerne l’actualité du sexe Made in Romandie.

Ces jours-ci, j’ai adoré le fait que…

… La place du Molard ait été transformée, pendant une heure, en piste de danse pour démontrer que les Genevois étaient « les Suisses les plus sexuellement coincés » (Dania Schiftan, sexologue). Précision de Francesco Bianchi-Demicheli, responsable de l’unité de sexologie aux HUG : « Un Suisse sur cinq bande mou et 500 000 ont des problèmes érectiles »…

… La Suisse découvre tardivement une faille législative incroyable dans le droit helvétique : celle qui rend parfaitement légale la prostitution des étudiantes de seize ans [l’Union européenne n’en est qu’à dix-huit ans, ce qui est déjà en soi étonnant]

... Après un étude financée par Durex (les préservatifs), nous soyons désormais certains que les Genevois(es) font l'amour tous les trois jours et qu'ils affichent une quinzaine de partenaires à leur tableau de chasse : c'est moins que les Lausannois(es), champion(ne)s helvétiques de la bagatelle, mais plus que la moyenne confédérale...

… Selon une doctoresse lausannoise, médecin-chef du CHUV, les femmes qui boivent plus de trois tasses de café par jour ont des plus petits seins que les autres : une anti-pub déguisée pour Nespresso ou un détournement viral pour Wonderbra ?

… Un scanner « déshabilleur », détecteur de faux seins et de prothèses cachées, soit en cours d’installation à l’aéroport de Zürich et à l’étude à Genève : un vrai strip-tease virtuel, dont les meilleures images passeront très vite, j’imagine, sur Internet…

… Le Français Dominique Strauss-Kahn, revigoré par le grand air de la montagne, ait choisi la Suisse (Davos) pour son coup de canif extra-conjugal, « consensuel et de courte durée » : s’il avait su, il serait resté à Genève avec des jeunes étudiantes qui ne boivent pas de café…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables !

27 octobre 2008

MARE NOSTRUM

1521142.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Ils ont certes les pieds sur terre, mais ils ne manquent pas d’aplomb sur les eaux. Une rapide détour par la Nautique de Genève, où on m’a raconté ce qui se passe actuellement autour de l’America’s Cup, m’a laissé perplexe.

Déjà, qu’un équipage sous pavillon helvétique s’empare de cette aiguière d’argent [à la fois filiforme et boursouflée, en tout cas sans le moindre charme esthétique] est, en soi, assez extravagant ! Surtout face à des adversaires néo-zélandais [là-bas, on sait naviguer avant de savoir marcher], américains, allemands, suédois, français, espagnols, italiens et autres grandes nations maritimes…

Je veux bien admettre que les Suisses sont aussi de grands marins. Je sais que les eaux et les vents du lac de Genève [nommé par ailleurs lac Léman, mais je n'ai pas encore compris où l’un commence et l’autre finit] sont assez subtils pour initier les régatiers à toutes les finesses de la voile . Je reconnais qu’Ernesto Bertarelli, le pacha d’Alinghi, a su recruter les meilleurs équipiers du moment. Reste que cette double consécration nautique (deux coupes !) est assez surprenante pour une nation dénuée de toute façade maritime.

C’est pourquoi je suis encore plus étonné par l’évolution des querelles juridiques autour de la prochaine America’s Cup. Voici Alinghi en guerre contre Oracle, contre Team New Zealand, contre les Espagnols, contre Louis Vuitton (qui organise du coup, à Auckland, une sorte de contre-America’s Cup en format XXS), contre à peu près tout le monde. Les attendus sont assez obscurs et portent sur des points de détail plutôt ésotériques, mais les juges tranchent désormais à la place des marins ! Voici un vainqueur [defender] suisse qui prend le risque de torpiller la plus ancienne épreuve sportive du monde, après un double triomphe inattendu. S'agirait-il vraiment de conserver ce « pichet » à la Nautique ! C’est à n’y plus rien comprendre...

N’importe quel autre peuple aurait été soulevé d’enthousiasme par ce trophée ramené pour la première fois depuis un siècle et demi en Europe et par deux fois déjà à la Nautique de Genève. J’imagine bien les Français [qui ne font en général que de la figuration dans cette Coupe de l’America], l’arrivée sur les Champs-Elysées, la réception à l’Elysée, la pluie de Légions d’honneur et la création d’un « grand projet national » autour de cette victoire. A Genève, on a préféré à la mobilisation populaire une célébration soft et sans ostentation [sauf pour des montres en nombreuses éditions limitées]. Un juridisme formel l’a emporté, faisant dériver l’épreuve vers la seule confrontation d’armateurs milliardaires qui vident devant les tribunaux une querelle d’égos née sur les bassins. « Marins d'eau douce », tonnerait le capitaine Hadock !

Après tout, pendant toute la belle saison, il y a assez de régates sur les eaux du lac pour assouvir n’importe quelle passion vélistique, assez de banques privées pour les financer et assez d’horlogers pour les doter en montres de luxe. Qui verrait la différence si le « broc » en argent n’était plus à la Nautique ?

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

23 octobre 2008

LAW PROFILE

300px-John_Law.jpgHommage non admiratif au plus fabuleux arnaqueur financier de son temps.

Un peu en marge de ma chronique genevoise, une parenthèse pas éloignée que ça de l’actualité. De passage à Venise, je n’ai pas manqué de faire une petite méditation sur un grand oublié des récentes tempêtes financières.

Dans le quartier San Marco, entre palaces et boutiques de luxe, l’église San Moisé propose son ébouriffante façade baroque et s’offre le luxe d’« inventer » un saint – le bon vieux Moïse de l’Ancien Testament – qui n’avait pas besoin de cette canonisation, puisqu’il est déjà reconnu comme un des Pères fondateurs de la religion juive, de l’Islam et de la foi chrétienne. Un faux saint alors que l’Eglise en oublie tant, c’est déjà très moderne et follement médiatique.

Une fois poussée la porte de cette vraie église [ce qui n’est pas évident, à Venise, tant les monuments religieux sont détournés en musées ou en salles de concert], une surprise : non loin de l’entrée, un losange de pierre claire dans le damier qui pave le sol de l’église. Quelques inscriptions effacées, mais on lit clairement le nom : « Alexander Law Lauriston ». C’est bien lui : nous sommes sur la pierre tombale (30 cm x 30 cm) du fameux John Law de Lauriston (Edimbourg, 1671-Venise, 1729 : ci-contre), l’homme qui a été considéré comme responsable du plus grand krach financier de l’Ancien régime. Curieux temps où les banqueroutiers étaient inhumés dans les églises...

Pour ceux qui auraient oublié, John Law (devenu Alexander à San Moisé) a été le plus célèbre aventurier économique de son temps et le plus inventif des banquiers. Il a même été ministre des Finances d'un royaume de France en état virtuel de faillite à la mort du roi Louis XIV (1715). Law invente alors le billet de banque et parvient à convaincre les élites de toute l’Europe que l’argent n’est qu’un moyen d’échange et qu’il doit circuler pour créer des richesses. Du papier contre l'or : il fallait oser ! Law est donc le fondateur de l’ingéniérie financière et il entreprend de remplacer, dans les échanges économiques, le métal précieux par du papier-monnaie. La prospérité est instantanée et des fortunes s'édifient en quelques mois sans réelle contrepartie en productivité. Les empires coloniaux sont alors ce que les marchés émergents seraient aujourd'hui : des relais de croissance...

On voit tout de suite se dessiner le parallèle avec la récente situation des marchés internationaux : une richesse virtuelle née d’échanges incontrôlés de « monnaie non-métallique » et une spéculation effrénée, attisée par la cupidité des grands de ce monde. Jérôme Kerviel, le bricoleur aux sept milliards d'euros, n'est qu'un gamin maladroit : si un génie du calibre de Law avait connu l’informatique, il aurait mis le feu à la planète !

On trouve, dans l’histoire du « système de Law » [que les Français appellent curieusement Lass, peut-être pour Law’s], les mêmes ingrédients qu’au XVIIIe siècle : des « gourous » auto-proclamés qui appâtent les nigauds, des spéculateurs qui emballent la machine à profits [multiplication par 40 du cours des actions], quelques Cassandre qui crient au loup mais que personne ne veut entendre, un reflux brutal qui prend les naïfs au piège et une fabuleuse banqueroute qui ruine les actionnaires, détruit la confiance générale dans le système et plombe durablement l’économie du royaume, qui mettra près de quinze à s’en remettre.

Les émeutes sont telles [une vingtaine de morts à la porte des établissements qui garantissaient la convertibilité entre or et monnaie-papier] que Law doit s’enfuir à Venise en 1720. Il y mourra, dénué de tout et surtout d'amis, un peu moins de dix ans plus tard.

C’est le Venises de Paul Morand qui m’a mis sur la piste de Law à San Moisé. L'ex-M. de Lauriston avait contracté une pneumonie mortelle, un soir de froidure, en traversant le Rialto. Aujourd'hui, après une arnaque aussi monumentale que la sienne [toutes proportions gardées], c'est l'économie mondiale qui a la fièvre. 

Le bedeau de San Moisé doit être habitué. Il m’a désigné la pierre tombale sans hésiter et, pour que je puisse mieux lire l’inscription, il a posé deux lumignons votifs autour, à même le carrelage de marbre. Les bigotes qui les avaient allumé en invoquant saint Antoine de Padoue n'en sauront rien. Light show très terre-à-terre à trois siècles de distance : deux flammes vacillantes dans la pénombre du choeur. Alors que les bourses valsent et que les hedge funds rockent n' rollent dans toutes les capitales, c’est pour John Law, qui fut un des plus puissants financiers du monde, le dernier tango à Venise. 

Hit the road, John, et ne reviens plus jamais, jamais, jamais !

C’est pour ça que l’histoire est formidable, mais comprenons-nous ses leçons ?

15 octobre 2008

STOÏCIENS EN CULOTTES COURTES

image1.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Mieux que post-modernes, les Suisses sont méta-historiques ! J'ai ai eu la preuve à la première réunion de parents d’élèves dans l’école genevoise de mon fils. Une école publique, dois-je préciser, les écoles privées de ce pays étant hors de portée des salariés même honorablement rémunérés [ce qui n’est pas le cas en France, où une large partie des établissements « privés » est plus ou moins directement subventionnée par l’Etat].

Quelques bonnes surprises par rapport à la France, comme les quatre jours d’absence non justifiables par les parents [ce qui signifie ni plus ni moins que quatre départs anticipés en week-end] ou une « Semaine sans écran », destinés à priver ces pauvres chéris de leurs agaçantes prothèses high-tech. Sans parler du petit buffet qui permet de terminer la réunion en échangeant quelques idées avec les autres parents.

La plus étonnante de ces découvertes reste le fait qu’il n’y a pas de vrai programme d’histoire pour les enfants de sixième, sinon des thématiques tellement optionnelles que la plupart des parents n’y ont rien compris. Normal : ni les papas, ni les mamans ne sont rassurés quand on leur annonce que leurs enfants vont apprendre à « appréhender des problématiques » [en clair : découvrir à quoi servent les transports urbains], « se familiariser avec différentes représentations du temps » [traduction : différencier le XIXe siècle du XXe siècle] et « comparer des solutions passées et présentes » [comprenez : la différence entre la télévision et la grand-mère au coin du feu].

Cuistres pédagomaniaques de tous les pays, unissez-vous !

Apparemment, les enfants des rues basses auront cette année le choix entre quelques explications sur l’Escalade [c‘est quand même la moindre des choses], de vagues données sur la Seconde Guerre mondiale et un survol de l'Antiquité, le tout en fonction des saisons et des vacances, voire de l'humeur des maîtresses.

Ce grand flou est assez révélateur des étranges relations qu’entretiennent les Genevois, et plus généralement les Suisses, avec l’histoire, celle qui s'écrit avec un grand H. Une Histoire dont leurs ancêtres ont choisi de s’abstraire par une stratégie de neutralité qui leur a permis de nous léguer des paysages remaquablement préservés, aux alpages parfaits pour le chocolat au lait, des cités inviolées depuis des siècles, des manufactures d'horlogerie de précision et des banques réputées pour leur secret. Soit une estimable aisance collective...

Après tout, à quoi bon enseigner aux enfants d’une nation aussi pacifique les leçons forcément tragiques de l’histoire du monde ? Pourquoi troubler leurs jeunes années du fracas de batailles, de l’effondrement des empires et des illusions du progrès ? Admirez donc le flegme suisse dans les tempêtes financières : ces pépéties boursières empêchent-ils les banquiers de l’UBS d'aller festoyer au champagne en jet privé [notre blog d’hier] ? « Faire l’expérience subjective des durées » annonce le programme d'histoire : c’est sur les bancs de l’école qu’un tel stoïcisme peut s'enraciner.

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

14 octobre 2008

BULLES PRIVÉES

Sparkling_Champagne,_Holidays-1.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

A quoi pensent nos banquiers de l’UBS, alors que la planète financière est à feu et à sang ? A organiser un voyage d’agrément, en Champagne (France), pour une dizaine de jeunes patrons romands ! Dans quelques heures, on les emmènera en jet privé visiter les caves de la maison Perrier-Jouët et de la maison Mumm, avant de leur faire déguster quelques-uns des meilleurs flacons qui se bonifient dans les galeries creusées en pleine craie.

Oui, vous avez bien lu : un voyage en jet et une dégustation privée dans les caves champenoises pour des managers qui, bien entendu, n’ont rien de mieux à faire alors que la récession mondiale affole les boussoles économiques !

Même en admettant que les banques suisses sont absolument crisis proof, que l’UBS est parfaitement inoxydable et que le patronat romand est incontestablement best of show, ces bulles privées sonnent aussi faux que le « séminaire » organisé par AIG, le premier assureur américain, au St Regis de Monarch Bay, en Californie : 444 000 dollars de facture, alors qu’AIG vient d’échapper à la faillite grâce à un prêt de 85 milliards de dollars consenti par la banque centrale des Etats-Unis…

Le plus choquant est moins dans la discordance des temps – entre krach et champagne – que dans le fait que personne, à la direction de l'UBS, n’ait émis la moindre réserve à propos d’une manifestation pour le moins déplacée. En pleine tempête boursière, alors que les déposants s’inquiètent pour leurs économies et que les retraités tremblent pour la garantie de leurs pensions, un tel cynisme force le respect. Manifestement, le credit crunch excite la créativité des communicants de l’UBS. Au mieux, c'est une gaffe insensée en termes d'image. Au pire, un royal mépris pour les clients et les interlocuteurs de la banque.

On prête à la reine de France Marie-Antoinette un mot malheureux, sans doute apocryphe, à propos d’affamés qui réclamaient du pain : « Qu’on leur donne de la brioche » ! La reine martyre était gardée par des Suisses, vrais héros qui se feront massacrer pour elle par honneur et fidélité. Leurs descendants font sauter les bouchons à l’heure où les Bourses s’effondrent : qui mourra pour eux ?

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.