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10 octobre 2008

CE N’EST QU’UN TCHÔ REVOIR

TCHÖ.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Je les écoute me dire au revoir dans la vie, mais c'est surtout au téléphone qu'ils m'éprouvent. Tout bon Suisse romand se transforme aussitôt en locomotive qui crache sa vapeur : « Allez, salut, tchô, tchô, tchô, tchô ! ». Interminable…

A prononcer en réduisant le son de tchô en tchô, mais à toute vitesse, jusqu’à ce que les derniers tchôs soient pratiquement inaudibles.

Les vrais Romands vont ajouter « Allez, tout de bon, tchô, tchô », avant de se relancer dans une longue série de tchôs plus ou moins asphyxiés. Les purs et durs des hauts plateaux préciseront même « Adjeu », mais ils se font rares à Genève.

Personne n'a encore pu me préciser jusqu'à combien de tchôs il fallait tenir pour demeurer dans le genevoisement correct.

Quand cette locomotive un peu oppressante se met en marche, Je me demande toujours si elle ne continue pas à souffler tout seule bien après mon départ. Au téléphone, c’est encore pire : comment rester poli en coupant la conversation au beau milieu de ces halètements ? J’ai l’impression que la série des tchôs de politesse se poursuit même quand j’ai pressé la touche rouge. Je ne comprend pas encore très bien quand m’arrêter moi-même de tchôter en chœur. Du coup, j’ai toujours peur d’avoir raccroché trop tôt, au risque de laisser mon correspondant suffoquer en solitaire. Merci aux copains de me pardonner mon tchôtus interruptus...

Ces formalités post-conversationnelles sont d’une banalité absolument déconcertante en terre genevoise. A tel point que les Romands en ont fait le titre d’un magazine local de bandes dessinées, Tchô !, dans lequel sévit Titeuf [héros national auquel GENEVOIS RIEN VENIR se doit de consacrer un jour quelques lignes].

Que déduire de ces tchôs sussurés ad libitum ? Sans doute qu’ils consonnent parfaitement avec les structures du caractère national lémanique. Ils traduisent une gêne inconsciente à la pensée de quitter quelqu’un par un mot bref ou une simple poignée de main : peut-être un souvenir des siècles obscurs où, dans ces lointains parages lacustres, partir était toujours mourir un peu. Les tchôs débordent d’une affection blessée par une prochaine rupture. Inlassablement répétés et enchaînés, ils témoignent finalement d’une chaleureuse tendresse pour l’autre…

« Ce n’est qu’un au-revoir, mon frère » chanté au rythme d’une motrice à vapeur : il fallait y penser. Côté bande-son, on a l’impression d’agiter son mouchoir sur le quai d’une gare un peu rétro…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

09 octobre 2008

REQUIEM JARDINIER

url.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Il existe à Genève un lieu un peu magique, qui s’appelle à la fois cimetière des Rois et cimetière de Plainpalais, mais qui n’a qu’une lointaine ressemblance avec les autres cimetières du pays genevois. On m'assure que Jean Calvin est enterré ici, mais je n'ai pas trouvé sa tombe, pas plus d'ailleurs que celle de Jorge Luis Borges. J'ai fini par les repérer grâce à la visite virtuelle que propose le site du cimetière : aujourd'hui, même les cimetières ont leur adresse Internet : http://www.cimetieredesrois.ch/index_flash.html...

Au premier rayon de soleil, c’est un simple parc public, planté de grands arbres et semé de pelouses accueillantes, avec quelques tombes – pour la plupart anciennes – en guise de ponctuation minérale. Les jeunes mamans y promènent leurs poussettes et les fumeurs s’y engoudronnaient les poumons avant la récente levée de la Prohibition.

A midi, chacun s’y régale d’un sandwich ou d’un salade rapide, à proximité immédiate des marbres funéraires. Les poubelles débordent de reliefs de pique-nique plus que de bouquets fanés. C’est, pour certains philosophes du quotidien, l’occasion de méditer sur les avanies de la Fortune : que sont ces vanités évanouies, aujourd'hui si bourgeoisement jardinées ? Je soupçonne même quelques païens d’offrir des libations secrètes aux dieux du passé, du présent et de l’avenir. Dans la Rome antique, les vivants et les morts partageaient ainsi la même existence vernaculaire…

Les premiers temps, je pensais ce cimetière des Rois désaffecté. Sa situation centrale – exceptionnelle par ces temps de grignotage immobilier – en ferait une cible de choix pour les lotisseurs. Le calme de ses espaces verts l’a voué à devenir le « poumon » d’un quartier très construit, mais qui ne manque pourtant pas de jardins publics. En fait, j’ai constaté qu’on y creusait encore quelques rares tombes, à défaut de fleurir ou d'entretenir celles qui s’érodent lentement sous la lassitude des années.

L’atmosphère est toujours nostalgique, aux confins de la mélancolie. Un lieu « entre deux ». Ni très urbanisé, ni très sauvage. Ni trop envahi, ni trop déserté. Ni cimetière d’élite, ni pêle-mêle de défunts anonymes. Ni végétalement luxuriant, ni taillé à la française. Ni désolant pour les morts, ni désespérant pour les vivants. Un « entre deux » très genevois, non ?

On me dit que l’inhumation dans le cimetière des Rois est réservée aux célébrités locales ou aux personnalités marquantes de la vie genevoise. Est-ce pour cette raison que les allées sont désertes et les tombes dispersées ? Une République comme Genève se doit, apparemment, de ne pas tolérer les moindres… rois, pas même leurs fantômes dans un cimetière qui s'auto-exorcise en jardin public !

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

08 octobre 2008

PANIQUE EN CENTRE VILLE

prosperite.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Quand j’ai lu sur une affiche dans la rue « Panique en centre-ville » (Tribune de Genève d’hier), je me suis dit que j’avais raté quelques scènes d’anthologie provoquées par la panique boursière. J’imaginais déjà les Genevois assiégeant le quartier des banques, pillant les distributeurs de billets, pendant les traders aux réverbères et s’immolant par le feu pour apaiser le courroux des dieux monétaires.

Il ne s’agissait en fait que d’un « appartement piégé » qui ne l’était pas [sinon pour piéger les policiers en les mystifiant], mais qui a tout de même mobilisé des forces de police considérables pour être dépiégé de ses faux pièges. Encore une belle histoire suisse, après celles des policiers neuchâtelois qui confondent cannabis et roses trémières...

Cette panique [de qui, au fait, sinon des policiers ?] était certes désagréable, mais somme toute moins éprouvante que la situation économique planétaire. Laquelle n’avait sans doute rien de préoccupant aux yeux des Genevois, du moment qu'il n'y avait « paas le feu aau lac » ! Pas un sourcil froncé alors que les banques du monde entier s’attendent au pire, que les bourses européennes s’effrondrent et que Wall Street panique : un sang-froid épatant ! Ce lundi soir n’était pas « noir » à Genève : mêmes jeunes gens décravatés en costume gris sur les tabourets des bars à vins, mêmes jeunes femmes aux sourires éclatants sous leurs franges soigneusement brushées, mêmes verres de sauvignon dans le nuage de fumée reconstitué après trois mois d’abstinence, même tapas à grignoter et mêmes conversations de retour de week-end.

Pas la moindre inquiétude dans la capitale mondiale de la banque ; tout juste quelques frémissements, moins méchants qu’ailleurs, sur les marchés financiers helvétiques. La question de savoir si la Confédération pourrait ou non – la réponse est non ! – renflouer l’UBS et le Crédit suisse ne soulève d’ailleurs pas le moindre débat politique. Chacun s’imagine apparemment rester crisis proof, surtout chez les jeunes professionnels de l’univers bancaire. On commente beaucoup plus la campagne électorale américaine que le krach boursier, qui ne sera signalé qu’en page 13 du nouveau Matin. Pas un mot plus haut que l’autre. Vivent-ils sur une autre planète ? Business as usual. Une telle confiance en soi coupe le souffle...

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

07 octobre 2008

COLONNES INFERNALES

capt2032113db3.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

L’Enfer, pour tout bibliophile qui se respecte, ce sont ces étagères plus ou moins inaccessibles où sont rangés les livres qui ne doivent pas tomber entre toutes les mains, surtout les plus innocentes. A Paris, l’Enfer de la Bibliothèque nationale renferme ainsi un stock de vénérables ouvrages à lire, disons... d’une seule main. C’est sans doute pourquoi les jeunes conservatrices de cet Enfer vous prient de consulter les in-12 libertins du rayon Erotica avec des… gants !

Dans une capitale aussi marquée par le calvinisme que Genève, je n’imaginais pas qu’on mettrait l’Enfer à portée de tous les yeux, surtout les plus innocents [mais quel enfant peut encore le rester dans une société de consommation aussi érotisée que la nôtre ?]. On me disait les Genevois rebelles à la gauloiserie. On me les peignait comme volontiers choqués par ces allusions un peu lestes qui sont de bon ton dans toute conversation parisienne de haut vol. Je les découvre assez... avancés, pour ne pas dire délurés !

Même en France, terre – comme chacun sait – des Lettres et des Arts de l’amour, les « quotidiens de référence » [disons, pour ne pas faire de jaloux, Le Monde et Le Figaro, mais j’irais même jusqu’à Libération] n’ont jamais consacré autant de place à la gaudriole que la Tribune de Genève. C’est par colonnes entières, ouvertes à tous les lecteurs, que se négocient, en petites annonces, les mille et une nuits de Babylone, quand ce ne sont pas les cent-vingt jours de Sodome chers au marquis de Sade.

C’est le grand marché aux épices sensuelles, la foire aux jambons et même à la ferraille, le déstockage massif des chairs mûries sous toutes les latitudes, avec spécialités anatomiques [il ne manque plus qu'un GPS physiologique pour s'y retrouver], catalogues des options, valorisation arithmétique des actifs, dates de limites de fraîcheur et numéros de téléphone portable, 24 x 24 bien entendu.

Ayant largement passé l’âge de rougir devant une quelconque impudeur érotique (même aussi impunément étalée), j’ai quand même été légèrement choqué de voir des collégiens hurler de rire en épluchant ce qu’on propose dans ces colonnes infernales, dont les lois du marché (l’offre et la demande) m’obligent à penser que les Genevois disposent. C'est parce qu'il y a des consommateurs que ces colonnes sont si bien achalandées en futur(e)s consommé(e)s...

N’allez pas croire que je passe mes journées à tenir une comptabilité précise de ces félicités tarifées, mais j’ai tenté de comparer la densité des colonnes infernales dans Le Matin (Lausanne) et dans les quotidiens genevois. Eh bien, les Vaudois battent proportionnellement tous les records de grivoiseries typographiques. Faut-il en déduire que les Genevois sont les champions de l’extase furtive et du coup de canif hypocrite ? A moins qu’ils ne soient finalement plus sages que la lecture de leur presse ne le laisse penser. Troublante ambigüité…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

06 octobre 2008

GRANDS CHEVAUX

DSC02587.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Hier, si j’étais resté Parisien, j’aurais été faire un tour au Salon de l’auto. Qu’ai-je fait de ce dimanche genevois ? Un tour dans un Salon de l’auto de format cantonal, comprenez Geneva Classics 08 (Palexpo), où se mêlaient allègrement voitures vintage, avions des premiers fous volants et canots automobiles. Sans oublier les inévitables vitrines horlogères : les manufactures Jaeger-LeCoultre, Chopard, Girard-Perregaux, Audemars Piguet, Porsche Design et même Horus [la première « manufacture » de montres jamais installée à Monaco] avaient tenu à démontrer leur cousinage avec les belles mécaniques.

Ce week-end, la planète automobile vivait à Paris dans le grand frisson des énergies hybrides, en donnant au monde entier des leçons d’écologie pas forcément probantes.

Au même moment, Genève s’offrait une bouffée de nostalgie pour les grosses américaines chromées miroir, les Bugatti d’avant la crise et plein de charmantes vieilles dames de la route, toutes très gourmandes en indice d’octane et très amoureuses de nos pompistes.

A Paris, les voitures « vertes ». A Genève, les bolides rouges, grâce à une remarquable série de Ferrari de l’âge d’or…

Le moins qu’on puisse dire est que les Genevois n’ont pas un rapport très simple avec leurs voitures. Genève est sans doute la capitale mondiale de la voiture de luxe, qu’il s’agisse d’insolents 4 x 4, de sportives allemandes ou d’anglaises de haut lignage. On y croise d’imposantes berlines blindées, immatriculées au Proche-Orient : on doute qu’elles aient jamais été garées sur d’autres trottoirs que ceux de Genève [c’est plus facile avec des plaques d’immatriculation emirati, la ville de Genève semblant dépourvue de préposés arabisants pour taxer ces limousines].

La « belle bagnole » est, à Genève, la cabine privilégiée de l’ascenseur social. Pour exister au volant, il faut du long capot, du lourdement cylindré et du millésimé de l’année. Avoir du répondant, c’est en avoir sous la pédale d’accélérateur…

Ici, on aime tellement les voitures qu’on fait tout pour les admirer en ralentissant la circulation, et tout pour les retenir en garrotant les voies qui entrent et sortent de la ville. Plusieurs heures par jour, pour passer d’une rive à l’autre, on va plus vite en Mouette qu’en voiture.

Un plan de circulation aberrant en centre ville : la liberté de conduire sans la liberté de rouler ! Des gros moteurs qui hurlent d’impatience, avec des radars partout où il est possible de piéger leurs conducteurs.  Des feux qui repassent par l’orange pour qu’on démarre plus vite quand le vert est mis, assortis de couloirs de circulation qui zigzaguent en désordre entre les sens interdits. Des rues qui se rétrécissent sans prévenir et qui se mêlent par instants aux lignes de tramway, jusqu’à transformer certains quartiers en cauchemar pour les non-initiés…

Avoir une voiture pour être quelqu’un, monter sur ses grands chevaux pour avancer au pas, pouvoir accélérer sans savoir où se garer, brûler de l’essence pour éteindre ses éraflures d’amour-propre : complexité des mœurs automobiles genevoises…

Ne jamais klaxonner d’impatience. Respecter courtoisement les règles de la ciculation. S’indigner des « voitures poubelles » [généralement immatriculées… 01 ou 74, je sais !]. Payer ses contraventions. Supporter héroïquement les feux rouges les plus lents d’Europe. S’arrêter systématiquement devant les piétons qui traversent. Séductions locales de la morale au volant…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

05 octobre 2008

LINGE SALE


knuttz_ueba_22.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Toujours en quête d’un logement en centre-ville [je sais, cette quête relève de la douce utopie], j’ai noté que la quasi-totalité des cuisines et des salles de bains genevoises n’étaient pas équipées de prises d’eau et de vidange pour les machines à laver le linge.

« Mais vous avez une buanderie avec un sèche-linge au sous-sol », me rétorque la demoiselle de la régie, qui me précise tout de même qu’il s’agit là d’un service payant.

Sacrés Genevois, qui ne perdent jamais le nord, financièrement parlant…

Une taxe modeste, certes, mais légèrement abusive pour un Français habitué à la machine à laver personnelle : c’est une conquête sociale des mères de famille françaises depuis les années trente, quand ces machines avaient détrôné notre bonne vieille lessiveuse, laquelle avait elle-même succédé – autre avancée sociale majeure – au lavoir municipal et aux lavandières au bord des rivières.

Difficile de comprendre pourquoi les Genevois tiennent tant à ne pas laver leur linge à la maison, mais dans une buanderie collective, ce qui oblige à surveiller les temps de lavage avec méticulosité pour ne pas empiéter sur le créneau horaire retenu par la voisine. C’est peut-être grâce à ce devoir de précision que Genève est devenue la « capitale internationale de l’horlogerie » [voir la note d’hier]. En plus, ces buanderies sont généralement situées dans des caves ou dans d’étroits réduits humides, dénués de toute cette poésie qui peut rendre piquantes les rencontres des beautiful laundrettes à l’américaine.

Là encore, ce point de détail buandier vaut son pesant de signification culturelle (à ranger dans la case sociologie du quotidien). Ce n’est peut-être qu’un relent nostalgique des grandes lessives communautaires de jadis et des planches de bois polies par les années sur lesquelles on savonnait en papotant draps et chemises.

A Genève, pas question de blanchir en solitaire ou en douce : je ne parle évidemment pas de l’argent pas trop propre qu’on me dit circuler dans le secret des comptes bancaires. Encore que, à la réflexion… [le dictionnaire m’affirme qu’on doit ici parler de blanchiment : nuance !]

En tout cas, à défaut de blanchiment, le blanchissage relève ici de l’artisanat manuel, et non d’une quelconque technologie domestique asservi à la multi-programmation d’un micro-processeur individuel.

Est-il indifférent que la culture calviniste dominante (qui ignore la confession individuelle) oblige ainsi chacun à laver son linge sale en famille ? A mon avis, ces buanderies en disent plus long que leur dosette de lessive...

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

04 octobre 2008

LE SENTIER DE LA GUERRE

Vue_lac.pngCes Genevois ne cessent de m’épater.
 
C’est encore sur les bords du lac de Genève qu’on découvre l’amour des Suisses pour la propriété privée et leur attachement viscéral aux droits que donne la fortune.
 
Passés les parcs publics qui tapissent l’entonnoir formé par le sud du lac, commencent les clôtures qui cernent les parcs privés. Fin brutale de la promenade le long du lac et retour à la case voie publique. La vue sur le lac est un privilège privé, réservé aux heureux propriétaires des berges, au nom d’une tradition que ne saurait remettre en cause une quelconque notion de domaine public ou de « droit de passage » pour les usagers.
 
On ne peut pas affirmer que les Français n'ont fait leur Révolution que pour s'offrir expressément ce bris de clôtures devenues insupportables, mais la République n’a cessé de sanctuariser, par de multiples lois, ce principe intangible du libre accès au domaine public, c'est-à-dire aux bords de mer, aux rives des lacs aussi bien qu'aux chemins de halage le long des canaux ou des voies fluviales. L’immense « sentier des douaniers » qui serpente le long des cinq mille kilomètres des côtes françaises est une conquête symbolique, au nom de laquelle les juges envoient parfois leurs bulldozers pour rectifier des grillages ou des murs qui feraient obstacle à la circulation des personnes. La démocratie est au bout du soulier...
 
Si rien ne doit entraver le regard lancé par les Français sur les vastes mers,  les Suisses acceptent sans sourciller ce morcellement des accès à l'eau et cette privatisation des paysages : à Genève, on peut marcher sur les pelouses [contrairement à la pratique des parcs et jardins parisiens], mais on ne s'écarte pas des sentiers battus. On ne dépasse pas les bornes et on respecte les panneaux d'interdiction. Constat purement piétonnier, qui trouve forcément quelques prolongations dans les structures mentales de citoyens qui ne jalousent apparemment pas les privilèges dont jouissent leurs voisins.
 
D’où l’étonnement d’un expatrié qui rêverait de faire le tour du lac, au ras des berges, mais qui se contente de rêver, au loin, des pontons privés et des terrasses les pieds dans l’eau. Entre la liberté (des propriétaires) et l’égalité (des citoyens), les Genevois ont choisi la liberté. Aux portes de Genève, quelques immenses jardins offerts au public par de riches philanthropes témoignent malgré tout de leur estimable souci de fraternité.
 
C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

03 octobre 2008

DOU-OUCES NUITS

DSR.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Hier soir, je traînais au rayon Linge de maison, chez Globus, à Genève, en quête d'un article que je ne trouvais pas. Tout grand magasin est un dédale absurde quand on ne le connait pas bien. Je tourne et je me perds. J'essaie de m'expliquer. En vain. Quand une jolie vendeuse me propose, avec un sourire prometteur, d'aller guigner sa « fourre de duvet », je me demande un instant si ce n’est une proposition un peu épicée. Un bref instant d’égarement entre les piles de draps du quatrième étage. Un intermède libertin plutôt inattendu à Genève. L’expression est en tout cas prometteuse, mais on se fait toujours des illusions...

Mon regard ahuri la rend plus attentive. Mes sourcils froncés la font sourire. Triomphante, elle me montre du doigt une étagère : « Regardez seulement les taies d’édredon ». Mauvaise pioche, chère mademoiselle ! Bon prince, un brin complice, je lui sussure : « Ah oui, des housses de couette ! ». Du coup, c'est son regard innocent qui se trouble comme la transparence d'une eau de source peut frissonner sous la goutte d'absinthe. Comme si je n'étais pas le seul à penser à autre chose, dans cet environnement propice aux évasions horizontales...

Soyons un peu sérieux ! Quand cette zélée petite Romande entreprend de m’initier aux particularités de la poutse pour sa fourre en métis, j’ai du mal à ne pas craquer, et encore plus à l’écouter avec la componction qui sied à tout acheteur de linge de maison griffé par un créateur parisien. Entre deux escalators, je vis un grand moment de pure poésie, quelque part entre M. Hulot et André Breton. Et je comprends dans un éclair de lucidité ce qui a poussé Ionesco à écrire sa Cantatrice chauve.

J’adore ce parler romand qui sonne autrement plus vrai que le français basique démonétisé et usé jusqu'à la corde par ses tortionnaires médiatiques. Je vais donc de ce pas chez mon libraire pour trouver un Dictionnaire suisse romand devenu indispensable à ma survie en TOE lémanique [T.O.E. pour théâtre d’opération extérieur]. Heureusement et très courtoisement, la plupart du temps, on veut bien me parler un français qu'un pauvre Français expatrié peut comprendre.

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

02 octobre 2008

MISE EN EXAMEN


Absinthe.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Je viens de découvrir qu’il existe ici un examen obligatoire pour devenir cafetier-restaurateur. C’est une première source d’étonnement : il faut donc être diplômé pour servir cafés et apéritifs, passer sur le torchon sur le comptoir et préparer des sandwiches au fond du bistrot. Bizarrement, les questions touchent à la cuisine et au service de la table ont été retirées du programme de cet examen, mais les prétendants à l’empire bistrotier sauront tout de l’hygiène et de la gestion du personnel.

Donc, c’est en autodidacte qu’on doit s’initier à l’art du sandwich. En revanche, la pratique du tire-bouchon se trouve sévèrement encadrée par les services officiels de la ville de Genève. C’est sûr : respect pour le « diplômé » qui encaisse les cinq francs de mon déci de chardonnay [terrasse de La Clémence] ! Je vais le regarder d’un autre œil (le diplômé, pas la verre) maintenant que je le sais breveté, tamponné et certifié par les autorités.

Que faut-il à un Français pour tenir un bistrot ? Une ascendance auvergnate [c’est la tradition dans la limonade gauloise] ou une grande famille asiatique [ce sont les immigrés chinois qui rachètent actuellement près de la moitié des cafés-tabacs parisiens]. Quand on découvre l’incroyable densité des petits estaminets, cafés, bars, zincs, buvettes et autres tavernes qui ponctuent les trottoirs populaires de Genève [densité nettement supérieure, en proportion, à celle des comptoirs parisiens], on se dit que cette mise en examen est pour le moins stimulante pour la création d'entreprises qui tiennent une place indispensable dans notre quotidien.

Mon second étonnement de ce jour n’a qu’un rapport indirect avec le précédent, quoiqu’il concerne l’univers cabaretier : on pourra désormais fumer dedans comme dehors. Nul n’est censé ignorer la loi : les diplômés ès-verrées ne devront plus faire la police en salle. Bonne nouvelle pour ceux qui étaient condamnés à déguster leur cigare sous les « grille-pains » installés en terrasse [crâne bouillant, pieds gelés dès les premiers froids], mais navrante parenthèse législative pour les allergiques à la fumée. Un bon conseil pour les rebelles du front anti-Nicot : passez votre diplôme de cafetier et ouvrez des bistrots non-fumeurs…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

01 octobre 2008

DES MONTRES PAS MONTRÉES


horloge_orsay_spirit_of_paris.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

J’ai cherché en vain un musée d’horlogerie dans cette ville qui se présente comme la « capitale mondiale de la haute horlogerie ». J’ai bien trouvé quelques musées privés, créés par des marques genevoises (Patek Philippe, Piaget, Vacheron Constantin), ainsi qu'une vague promesse de visite pour « la collection privée de M. Wilsdorf » chez Rolex. Mais pas le moindre musée public pour exposer des montres.

Dans un vieux guide touristique, je trouve enfin mention d'un musée de l'Horlogerie, route de Malagnou. Un vrai désert. Je suis accueilli par une sorte de sculpture rouillée, dans laquelle je crois deviner une vague forme d’horloge à eau (pas sûr !). Les portes du musée genevois de l’Horlogerie et de l’Emaillerie sont malgré tout désespérément closes et les herbes folles poussent sur le perron. Bizarre, ces montres pas montrables…

A force d’explications [pas facile de trouver le bon interlocuteur dans un hôtel de ville qui semble avoir beaucoup d’autres dossiers urgents à régler], on m’explique que le musée en question est fermé depuis à peu près… cinq ans ! Deux cambriolages successifs auraient fait perdre au musée quelques pièces rares, mais on m’assure que plusieurs centaines de montres et d’horloges sont toujours bien rangées, quelque part dans les réserves, qui n’ont d’ailleurs pas cessé d’être enrichies de superbes pièces offertes par les marques genevoises d’horlogerie.

Excuse avancée par les services culturels concernés (ville et canton) : la future ouverture d’une future galerie d’horlogerie dans un futur Musée d’art et d’histoire. Quand ? Pas tout de suite, m’a-t-on fait comprendre. Qu'est-ce que cinq années de patience, quand on se réclame de cinq siècles de tradition horlogère ?

Là, je suis bluffé. Dans cette ville, je ne cesse pas de recevoir des cartons d’invitation pour des présentations de montres organisées dans des banques : l’autre jour, chez Pictet, aux Acacias ; la semaine prochaine à l’UBS Corraterie. On ne voit que des publicités pour les montres dans tous les couloirs de l'aéroport ou sur tous les toits qui entourent la rade. On trouve une boutique Swatch entre croissants et journaux à la gare Cornavin. La rue du Rhône semble tapissée de vitrines horlogères, qui nous poursuivent jusque dans les couloirs des hôtels. En novembre, entre deux opéras, le Grand Théâtre sera même mobilisé par le Grand Prix d'Horlogerie de Genève : ici, la montre infuse jusqu'à la culture lyrique ! 

Partout, des montres, sauf dans un quelconque musée ! Impossible de trouver la moindre exposition un tant soit peu pédagogique sur l’histoire ou le patrimoine de ce qui m’avait pourtant semblé être une des industries capitales de cette République de Genève.

Aimer autant les montres et les montrer si peu…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

30 septembre 2008

PIÈCE RAPPORTÉE


45772.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

« Une, deux, trois, quatre et cinq pièces », m’annonce la demoiselle de la régie. Je n’en compte et recompte que quatre, plus la cuisine. Ce n'est tout de même pas ce petit « gabion » [nom local du cagibi] qui est considéré comme un pièce. Non, c'est la cuisine !

Apparemment, pour les Genevois, la cuisine est une pièce à part entière. Non seulement on ne compte jamais les mètres carrés [à Paris, on en est au demi-mètre carré, rectifié loi Carrez – qui est une spécialité bien parisienne !], mais la cuisine fait partie, pour les Genevois, des pièces qui entrent dans le standing de l’appartement. Comme si un logement du XXIe siècle pouvait ne pas avoir de cuisine !J'en reste perplexe...

A moins que cette ennoblissement de la cuisine ne participe d’un concept socioculturel plus fondamental. Promue vraie pièce à vivre (on en doute à découvrir certains « gabions » encombrés d'un réfrigérateur et d'un évier), la cuisine s’impose en cœur palpitant du quotidien familial. Ses fourneaux sont le creuset des immenses bonheurs domestiques. Dans les parfums de la soupe de légumes qui embue cette « pièce » à part entière, on sent que s’incarne la nostalgie d’un lointain paradis perdu. Il n'y manque plus que les jambons au plafond et les champignons qui sèchent sur une corde au-dessus de la cuisinière. On voit se dessiner l’idéalisation post-moderne d’un temps où les femmes attendaient autour du feu primitif le retour de leur chasseur. Une living kitchen : de quoi refaire de chaque papa un « gastrosexuel » et de chaque maman une petite fée des casseroles. La félicité est au bout du torchon.

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

29 septembre 2008

LA TROUBLANTE TRAÎTRISE DU PINOT GRIS


saloon_night.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Pourtant, ce week-end, ce sont les Neuchâtelois qui m’ont le plus impressionné. Vendredi après-midi, en quelques heures, les rues pavées du centre de Neuchâtel ont vu se monter des dizaines de cabarets provisoires : un auvent de toile, quelques planches et des ampoules nues pour éclairer le tout. La multiplication des tentes aux toits pointus donnait aux places une allure de campement tartare entre les vieux murs chargés d’histoire.

Pas besoin de rafraîchir les flacons : la bise s’en chargeait bien, tout en poussant les amateurs à se réchauffer le cœur avec quelques « canons » supplémentaires. Plus une seule voiture en ville, sauf pour livrer des piles de cartons de vin. Avant même le coucher du soleil, les rues étaient pleines et les gobelets vides. Il fallait jouer du coude pour se frayer un chemin entre les cabanes à saucisses, les débits d’improbables sandwiches guatemaltèques et les cadavres de bouteilles sacrifiées aux dieux de la fête.

On ne peut pas qualifier Neuchâtel de grande ville, mais je ne me souviens pas d’avoir vu autant de monde en France, dans n’importe quelle capitale viticole, pour une quelconque fête des vins. Tout le monde descendait à Neuchâtel, et le mot descente est dans ce cas d’une précision chirurgicale…

D’où venaient-ils tous, par familles entières, de tous les âges, en rangs serrés et sérieux comme des Suisses ? Apparemment de partout, des petits villages perdus dans les vignobles voisins, des hautes vallées horlogères, du Jura français, des cantons limitrophes. Français, Romands et Alémaniques rassemblés autour de la même préoccupation et convivialement imbibés.

200 000 fêtards pour une ville de 30 000 citoyens : on a du mal à imaginer Genève avec trois millions d’assoiffés dans les rues [même pour l’Euro, il n’y en avait pas le centième] ou Paris avec 10 millions de joyeux couche-tard décidés à faire la fermeture de tous les comptoirs [même pour le Mondial de 1998, il n’y en avait pas le dixième].

Que venaient-ils faire à Neuchâtel, ces naufragés de l’eau minérale ? Tout simplement boire un coup. Ce qu’il faut traduire par plusieurs séries de gobelets, les plus ardents allant jusqu’à quelques bouteilles de ce chasselas délicieux qui fait trouver jolies toutes les Neuchâteloises aux joues rosies par la fraîcheur de la nuit et le feu de l’action. Troublants, leurs regards chavirés par la traîtrise moelleuse du pinot gris ! Le tout sans tensions, violences ou débordements : une fête bon enfant, pleine de musique, d’orphéons et de flonflons comme il se doit en Suisse. Une longue et joyeuse parenthèse, où chacun au coeur de cette foule paisible sait pourquoi il vient et tient donc à la faire avec méthode, humour et goût du partage.

Là encore, je ne me souviens pas d’avoir ressenti une telle soif collective, ni un tel empressement bacchique dans les Saint-Vincent françaises ou les Fêtes du vin qui marquent les vendanges à la gauloise. C’est seulement pour trinquer ensemble que les Neuchâtelois se sont retrouvés ce week-end, en se donnant rendez-vous de comptoir improvisé en bar éphémère. Impressionnant ! L’année prochaine, je resterai pour le Corso fleuri, un des derniers sur cette planète.

Une ville entière consacrée au seul plaisir de boire, de s’amuser et d’être ensemble : sacrés Suisses ! Du coup, on trouve les Genevois assez sages, alors qu’ils ont des crus fantastiques à faire découvrir et partager. Apparemment, ils ne galvaudent pas leurs précieux flacons, mais ils ont la gentillesse d’en mettre quelques-uns de côté, juste assez pour les petits Français expatriés…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

28 septembre 2008

FACE AU DRAPEAU

N_Suisse_Diesbach_2.gifCes Genevois ne cessent de m’épater.

C’est décidément un week-end très militaire. Après les fusils d’assaut dans les tramways (Genevois rien venir d’hier), les légionnaires français aux Bastions : ils défilaient en présence de leur général, en musidque, « chapeau chinois » en tête, avec la Compagnie des Vieux-Grenadiers de Genève et le Noble contingent des Grenadiers fribourgeois, sans oublier les adolescents des Fifres et tambours de Genève. Le tout devant l’Uni Bastions et la Bibliothèque, autant dire sur un campus.

Une bonne occasion de découvrir qu’un million de Confédérés ont servi sous les drapeaux français au cours des six derniers siècles, une centaine de milliers y ayant trouvé la mort. On a même compté jusqu’à onze régiments suisses au sein des armées françaises ! Ce sont des Suisses qui sont à l’origine de la création de la Légion étrangère, un des corps d’élite les plus célèbres du monde, dont le premier colonel était, en 1831, un Suisse. C’est même au régiment de Diesbach (drapeau ci-contre) que la Légion étrangère a emprunté sa fameuse devise, « Honneur et fidélité ».

Me reviennent en mémoire la pièce d’eau des Suisses (creusée au château de Versailles par les Gardes suisses de Louis XIV), le massacre des Suisses qui protégeaient le roi Louis XVI sous la Révolution française [une honte pour la France, qui n’a pas rendu hommage à leur sacrifice exemplaire, mais aussi pour la Suisse, qui n’a dédié qu’une très modeste et trop discrète plaque commémorative à la mémoire de leur loyauté], les « Suisses » dans les églises, l'écrivain suisse Blaise Cendrars engagé volontaire dans la Légion étrangère dès 1914 (il sera grièvement blessé en 1915, mais 10 000 Suisses laisseront leur peau dans les tranchées) et toutes les expressions qui découlent de la fréquentation de ces Confédérés engagés au service de la France…

Ces Suisses ont décidément un rapport assez inhabituel à leur armée, que personne ne semble prendre très au sérieux, mais qui ne déclenche pas non plus cet antimilitariste presque instinctif, quoique mêlé de fascination, qui est de bon ton en France. J’ai du mal à imaginer la même situation à Paris : une section de fusiliers suisses paradant en armes devant la Sorbonne, sous les applaudissements de la foule, avec les képis blancs de la Légion étrangère pour leur rendre hommage…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

27 septembre 2008

Autobus et coutumes


280px-Milouf-suisse.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Dans ce pays, les conscrits – pardon, les recrues en Suisse romande – traînent dans les transports publics avec leur fusil d’assaut, en tenue de combat. J’ose espérer qu’ils n’ont pas les cartouches du bon calibre avec eux, mais on m’assure que tout bon Genevois a son paquet de munitions réglementaires à la maison. Je découvre que mes copains de bureau sont non seulement des « grenadiers », mais aussi des « fusiliers d’élite » ! Je préfère ne pas imaginer ce qui se passerait en France si les « jeunes » déambulaient dans les gares de banlieue avec des armes automatiques : avez-vous remarqué que les patrouilles militaires qu’on voit circuler dans les gares françaises (plan anti-terrorisme) ont l’obligation d’enchaîner leurs armes de guerre à leur brelage [de peur qu’on ne les leur arrache] ? Ici, au contraire, ces jeunes gens se faufilent avec agilité dans les autobus et les trains, l’arme en bandoulière et les bottes plus ou moins cirées. Ils sont pressés de rejoindre leur fiancée ou leur maman, mais pas gênés par leur harnachement militaire. Je remarque qu’ils portent presque tous des noms allemands ou italiens, et non des patronymes romands comme on pourrait s’y attendre. Le melting pot citoyen est-il au bout de la culasse ?

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

26 septembre 2008

Le sexe des têtes de gondole

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Ces Genevois ne cessent de m’épater.

Pas un n’a été capable de m’expliquer pourquoi « la » Migros et pas « le » Migros, faute grossière que je pouvais commettre en débarquant ici, contaminé par « le » Monoprix, « le » Champion, « le » Super-U » ou « le » Carrefour. Les supermarchés ont-ils un sexe ? Grave débat, dont les profondeurs ne m’effleuraient pas auparavant. D’autant que ce sexe pourrait muter en passant la douane de Bardonnex. Féminiser une enseigne induit une forme de réassurance maternante, une régression vers la matrice originelle qui fournissait les fluides essentiels à la vie, une révolte larvée contre le quotidien paternaliste de la vie d’entreprise ou de la politique. Puisqu’il faut de toute façon passer à la caisse, autant le faire à « la » Migros : c’est moins râpeux et plus velouté, un peu comme la joue de Maman juste avant d’entrer à l’école.Une ultime douceur avant la nécessaire corvée...

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

22 septembre 2008

Urbanités nouvelles

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Ces Genevois ne cessent de m’épater. Me voici chez eux, nanti d’un Ausweis B, d’un « Natel » (c’est comme ça qu’on appelle un portable au pays de Calvin) et de quelques idées reçues glanées auprès d’anciens expatriés. Quelques illusions aussi, sur la fausse ressemblance entre les Français et les Suisses, qui parlent la même langue, mais qui ne vivent pas tout-à-fait dans le même univers. Il va bien falloir que j’explique toutes ces différences à mes copains restés du mauvais côté de la douane.

Parce que tout m’étonne en ce moment dans ces rues qu’il me faut explorer : les feux rouges qui passent par l’orange avant se mettre au vert, les tramways qui circulent en sens inverse des automobiles, le plan de circulation aberrant dans le secteur de Cornavin, les voitures qui freinent devant des piétons qui traversent absolument et très poliment au bon endroit. C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

C’est pour raconter tout ça que je vais créer ce blog…

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22:17 Publié dans Genève | Tags : calvin, natel, tramway | Lien permanent | Commentaires (2)