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31 octobre 2008

DUCK TOY

10141-mini-canard-sex-toy-sexe-toys.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Hier soir, aux Bastions, une fête avec la ration habituelle de jolies filles et de jeunes gens bien mis : la nouvelle génération horlogère s’est rassemblée autour du magazine de montres GMT – Great Magazine of Timepieces, un des leaders mondiaux de la spécialité et un titre qui se décline aujourd’hui dans une dizaine de pays [Bravo, les Suisses !].

La vraie surprise nous attend à la sortie. Dans le « cornet » proposé aux filles à la sortie du vestiaire, un joli petit écrin, griffé d’un grand D. Un parfum, un bijou, pas une montre tout de même ? Non, un Duck Toy. Le jeu de mots a déjà de quoi faire rosir les joues les plus pudiques. Le petit canard en plastique qui nous sourit dans la soie de l’écrin fait passer un petit frisson d’étonnement ! C’est d’ailleurs sa fonction première, puisqu’il provient d’une boutique genevoise spécialisée dans les plaisirs de la vie à deux.

La carte de visite jointe ne manque pas d’humour : elle nous promet que « GMT vous donne du plaisir toute l’année ». Avec ce qu'il faut de Veuve Clicquot pour faire pétiller les sens, c'est vraiment un vibrant hommage à la passion qui anime les horlogers !

A Paris, les grands couturiers ont créé plusieurs lignes de ces « jouets » pour grands adultes consentants, mais je ne crois pas qu’une marque de luxe en ait jamais offert une cargaison à ses invitées : bravo pour le décalage de ce « buzz » genevois plein d’esprit…

A Genève, à plus forte raison dans un milieu horloger généralement plus cravaté, c’est beaucoup plus étonnant, et d’autant plus inattendu que cette fête se passait au restaurant des Bastions, à quelques mètres du Mur des Réformateurs. J’imagine que le respectacle M. Calvin en aurait avalé sa barbe de fureur, lui qui avait tout simplement interdit le commerce des colifichets féminins et même des bijoux profanes. Sic transit gloria mundi

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

23 octobre 2008

LAW PROFILE

300px-John_Law.jpgHommage non admiratif au plus fabuleux arnaqueur financier de son temps.

Un peu en marge de ma chronique genevoise, une parenthèse pas éloignée que ça de l’actualité. De passage à Venise, je n’ai pas manqué de faire une petite méditation sur un grand oublié des récentes tempêtes financières.

Dans le quartier San Marco, entre palaces et boutiques de luxe, l’église San Moisé propose son ébouriffante façade baroque et s’offre le luxe d’« inventer » un saint – le bon vieux Moïse de l’Ancien Testament – qui n’avait pas besoin de cette canonisation, puisqu’il est déjà reconnu comme un des Pères fondateurs de la religion juive, de l’Islam et de la foi chrétienne. Un faux saint alors que l’Eglise en oublie tant, c’est déjà très moderne et follement médiatique.

Une fois poussée la porte de cette vraie église [ce qui n’est pas évident, à Venise, tant les monuments religieux sont détournés en musées ou en salles de concert], une surprise : non loin de l’entrée, un losange de pierre claire dans le damier qui pave le sol de l’église. Quelques inscriptions effacées, mais on lit clairement le nom : « Alexander Law Lauriston ». C’est bien lui : nous sommes sur la pierre tombale (30 cm x 30 cm) du fameux John Law de Lauriston (Edimbourg, 1671-Venise, 1729 : ci-contre), l’homme qui a été considéré comme responsable du plus grand krach financier de l’Ancien régime. Curieux temps où les banqueroutiers étaient inhumés dans les églises...

Pour ceux qui auraient oublié, John Law (devenu Alexander à San Moisé) a été le plus célèbre aventurier économique de son temps et le plus inventif des banquiers. Il a même été ministre des Finances d'un royaume de France en état virtuel de faillite à la mort du roi Louis XIV (1715). Law invente alors le billet de banque et parvient à convaincre les élites de toute l’Europe que l’argent n’est qu’un moyen d’échange et qu’il doit circuler pour créer des richesses. Du papier contre l'or : il fallait oser ! Law est donc le fondateur de l’ingéniérie financière et il entreprend de remplacer, dans les échanges économiques, le métal précieux par du papier-monnaie. La prospérité est instantanée et des fortunes s'édifient en quelques mois sans réelle contrepartie en productivité. Les empires coloniaux sont alors ce que les marchés émergents seraient aujourd'hui : des relais de croissance...

On voit tout de suite se dessiner le parallèle avec la récente situation des marchés internationaux : une richesse virtuelle née d’échanges incontrôlés de « monnaie non-métallique » et une spéculation effrénée, attisée par la cupidité des grands de ce monde. Jérôme Kerviel, le bricoleur aux sept milliards d'euros, n'est qu'un gamin maladroit : si un génie du calibre de Law avait connu l’informatique, il aurait mis le feu à la planète !

On trouve, dans l’histoire du « système de Law » [que les Français appellent curieusement Lass, peut-être pour Law’s], les mêmes ingrédients qu’au XVIIIe siècle : des « gourous » auto-proclamés qui appâtent les nigauds, des spéculateurs qui emballent la machine à profits [multiplication par 40 du cours des actions], quelques Cassandre qui crient au loup mais que personne ne veut entendre, un reflux brutal qui prend les naïfs au piège et une fabuleuse banqueroute qui ruine les actionnaires, détruit la confiance générale dans le système et plombe durablement l’économie du royaume, qui mettra près de quinze à s’en remettre.

Les émeutes sont telles [une vingtaine de morts à la porte des établissements qui garantissaient la convertibilité entre or et monnaie-papier] que Law doit s’enfuir à Venise en 1720. Il y mourra, dénué de tout et surtout d'amis, un peu moins de dix ans plus tard.

C’est le Venises de Paul Morand qui m’a mis sur la piste de Law à San Moisé. L'ex-M. de Lauriston avait contracté une pneumonie mortelle, un soir de froidure, en traversant le Rialto. Aujourd'hui, après une arnaque aussi monumentale que la sienne [toutes proportions gardées], c'est l'économie mondiale qui a la fièvre. 

Le bedeau de San Moisé doit être habitué. Il m’a désigné la pierre tombale sans hésiter et, pour que je puisse mieux lire l’inscription, il a posé deux lumignons votifs autour, à même le carrelage de marbre. Les bigotes qui les avaient allumé en invoquant saint Antoine de Padoue n'en sauront rien. Light show très terre-à-terre à trois siècles de distance : deux flammes vacillantes dans la pénombre du choeur. Alors que les bourses valsent et que les hedge funds rockent n' rollent dans toutes les capitales, c’est pour John Law, qui fut un des plus puissants financiers du monde, le dernier tango à Venise. 

Hit the road, John, et ne reviens plus jamais, jamais, jamais !

C’est pour ça que l’histoire est formidable, mais comprenons-nous ses leçons ?

21 octobre 2008

EUROCCASION MANQUÉE

108euro.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Il suffit de voir comment ils ont adopté l’euro pour s’en convaincre. En France et dans la plupart des pays de la « zone euro », la décision de passer à l’euro a été prise de façon autoritaire et imposée à des peuples pas vraiment consultés auparavant. D’où bon nombre de réticences, de malentendus et de ressentiments autour de cet euro, d’autant que les commerçants ont profité de l’occasion et de la confusion collective dans la perception des prix pour gonfler de façon assez dramatique leurs tickets de caisse.

Les Suisses, qui ont conservé leur légendaire franc suisse, ont été beaucoup plus malins. Ils sont passés à l’euro sans le dire, ni à leurs gouvernants, ni à leurs voisins. Et même sans se l’avouer à eux-mêmes. Là où ils auraient résisté à une décision fédérale entachée d’arbitraire [j'ai remarqué que les débats politiques étaient assez vifs sur les rives du lac], Les citoyens hévétiques ont librement opté pour un subtil bi-monétarisme.

Partout dans Genève, et pratiquement dans toute la Suisse romande, il m’arrive de payer en euros, uniquement en billets, et on me rend la monnaie en francs suisses. Le taux de change est parfois défavorable, mais il est la plupart du temps plus qu’honnête, par exemple à la Migros. Les deux monnaies coexistent ainsi sans problème et la plupart des détaillants ont une double comptabilité, de même que tous les frontaliers ont une poche pour leur monnaie suisse et une pour leur monnaie française. L’euro s’est librement imposé comme une seconde devise, sans que les autorités s’en mêlent, en particulier dans les relations économiques : toute entreprise suisse commerçant un tant soit peu avec un pays limitrophe de la zone euro a son compte en euros. Le passage a l'euro a été naturel.

Voilà un bel exemple de cette subsidiarité dont je notais récemment qu’elle imprégnait le pragmatisme auto-responsabilisant des Genevois [blog GRV « Libération anticipée » du 20 octobre].

Imaginons que le gouvernement français ait décidé, en 2002, de créer un euro optionnel, chacun ayant le choix de continuer ses paiements en francs ou en euros. Au lieu de nous rançonner en faisant valser les étiquettes, les commerçants et les entreprises auraient mis en place une double caisse et la meilleure des deux devises l’aurait emporté. On peut rester sûr que l’euro aurait eu toutes les chances de triompher du franc français, mais la transition se serait opérée en douceur, naturellement, par le libre consentement des citoyens

On ne peut plus aujourd'hui gouverner par le « fait du prince », comme on le pense encore trop souvent dans les vieux Etats-nations de notre continent. Plus l’autorité se raidit, plus les citoyens prennent de la distance pour entrer en dissidence. Plus les interventions bureaucratiques prolifèrent, plus les effets pervers se multiplient. Plus on décide à la place d’un peuple, plus ce peuple s’empresse de disqualifier ces décideurs. C’est à Genève qu’ont été posés un certain nombre des principes qui garantissent la liberté de penser et de se gouverner. Au quotidien, qu’il s’agisse d’euro ou de tabac, on peut vérifier que ces réflexes ont résisté à cinq siècles de normalisation. Les espaces à décoloniser des tyrannies contemporaines restent cependant démesurés…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables !

13 octobre 2008

PARIS PUE-T-IL ?

ListeP201.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Ils grognent souvent, et les blogs voisins [y compris le mien] témoignent d’un esprit volontiers ronchon. Pourtant, ont-ils de vraies raisons de râler ? Sans doute, et c’est le signe d’un vigoureux esprit démocratique que de voir des citoyens se mêler de tout sans rien s’interdire. Ceci dit, un retour de week-end à Paris permet de moduler sa propre grogne et de poser quelques limites aux critiques faites à Genève.

Soyons clairs : quand on se déhabitue, Paris prend à la gorge. Et c’est un Parisien de Paris qui se permet de le dire ! L’arrivée dans la capitale est une agression olfactive dont j’avais oublié la puissance et la ténacité. Pollution automobile à la limite de l’insupportable dans les étroites rues du centre ; fumées noirâtres et malodorantes qui enveloppent les camionnettes de livraison, invariablement garées en double file, moteur allumé ; vapeurs grasses et collantes dans les bistrots qui alignent des rafales de croque-monsieur et de portions de frites à l’heure du déjeuner, sans parler des effluves généreusement dispensées, à des dizaines de mètres de distance, par les marchands de hamburgers ; inévitables « déjections canines » [on ne dit plus crottes de chien] qui empuantissent les trottoirs et transforment toute promenade lèche-vitrines en dangereux parcours du combattant ; odeurs fortes dans le métro, qui oblige chacun à mettre le nez sur l'épaule du voisin, pour le pire plutôt que le meilleur [quand se décidera-t-on à considérer qu'il est inhumain de transporter plus de passagers payants que n'en peuvent contenir les wagons] ; passons vite sur les toilettes publiques innommables [il n’y a pas d’autre mot], quoique sévèrement tarifées, et ce n’est guère mieux dans les restaurants qui ne sont pas étoilés [un conseil aux amis suisses : à Paris, réservez-vous pour les toilettes des palaces, les seules correctes]

Jamais aucun indice international n’a encore classé les grandes villes par intensité de puanteur, mais, par endroits, Paris devrait côtoyer dans ce stink-parade Istambul, Addis-Abeba et Bombay, Genève s’offrant sans doute un podium d’étincelante fraîcheur. Après quelques rayons de soleil, même la Seine ne m’a pas semblé pas très saine à respirer, et les Champs pas du tout champêtres pour ce qui est de leur bouquet. Paris a une odeur propre [tous les poètes vous le diront], mais elle n’est pas/plus propre…

Paris pue, mais les Parisiennes restent les femmes les mieux parfumées de cette planète. Faut-il y trouver un rapport de cause à effet ? Je serais à présent tenté par cette hypothèse : une forme de compensation, héritée de ces élites du XVIIe siècle, qui répugnaient à l’usage hygiénique de l’eau pour mieux s’inonder de lotions et d’élixirs aromatiques capables de masquer de terribles mais aristocratiques odeurs sui generis. Sans le sillage quasi-hallucinatoire qui enveloppe les Parisiennes lancées à grands pas sur les trottoirs, Paris serait souvent une décharge quasi-pestilentielle. Pourtant, le rêve passe vite, et les remugles retrouvent leur emprise sur les nez...

Les rues de Genève respirent le propre et les Genevoises encore plus. Elles semblent inspirées par un souci permanent de l’hygiène plus que par la magie des fragrances prestigieuses griffées par les grands parfumeurs parisiens. Genève n’a pas d’odeur. Quelques relents de fondue en Vieille Ville, des fumets de brochettes nord-africaines aux Pâquis, quelques exhalaisons de cannabis du côté des Forces motrices. Genève ne sent rien et n’impose rien aux odorats les plus exigeants. Genève joue, une fois de plus, de sa neutralité – et c’est pour le coup assez bienfaisant…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

12 octobre 2008

GROSS PARIS

gross_paris.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

A peine arrivé à Paris, « mes » Genevois me manquent déjà. On essaie sournoisement de m’écraser sur chaque passage piéton, où je sers de cible vivante à une horde de scooters terroristes et de paranoïaques casqués. Les trottoirs sont envahis de crottes de chiens, dans un écoeurant camaïeu de teintes et de consistances soigneusement étalées. Les vendeuses dans les boutiques sont plus hautaines que des duchesses à panier sur les tabourets, quand la cour de Louis XIV posait à Versailles [relire Saint-Simon pour les précisions hiérarchiques]. Le plus infect des cafés en terrasse se négocie au prix du lingot d'or à Genève, tasse pas nette et gaz d’échappement en prime. Les autobus passent quand ils ont le temps et secouent impitoyablement leur chargement d’« usagers », sans ces moelleuses secousses qui font le charme des tramways griffés TPG.

Au fait, Paris, c’est nettement… plus grand que Genève ! Mais alors vraiment plus grand, immense, interminable en fait : c’est pour ça qu’on s’y perd et que les Parisiens n’y sont jamais pour personne [surtout pas pour un passant inconnu] et qu’ils font la tête en permanence. Et, je dois l’avouer, en attendant de les retrouver ce lundi…

…C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

11 octobre 2008

FRENCH CANCAN

FrenchCancan.jpgCe week-end, je reviens à Paris. Et je vais regarder la capitale de la France à la fois avec les yeux d'un paléo-Parisien et ceux d'un néo-Genevois, ce qui me changera un peu.

Je serai très heureux de retrouver tout mon petit monde genevois dès lundi, avec plein d'idées et d'impressions à échanger avec mes nouveaux amis des bords du lac.

Les Genevois adorent qu'on leur rapporte quelques bouffées d'une atmosphère parisienne dont ils sont loin de soupçonner les ferments toxiques et une pollution qui les rendraient malades. Inconscience ou politesse à l'égard de voisins dans la gêne ?

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

10:02 Publié dans France | Tags : paris, pollution, genevois | Lien permanent | Commentaires (1)