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10 avril 2018

ÉLECTIONS GENEVOISES : Mesdames et messieurs les futur(e)s élu(e)s de Genève, il serait temps de vous soucier d’horlogerie !

Vous savez bien, Mesdames et Messieurs les élu(e)s, l’horlogerie ! Ces petites montres qui font gagner tant d'argent au canton de Genève et qui sont toujours traitées par-dessus la jambe ! En fin de semaine, le 15 avril, les électeurs de Genève décideront des élus d’une nouvelle législature en envoyant une centaine de représentants au Grand Conseil (le législatif de la République et Canton de Genève) et en désignant ceux qui gouverneront le canton (le Conseil d’État). Comment se fait-il qu’on ne compte que quatre « horlogers » sur les 623 candidats en piste.

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Autoproclamée « capitale internationale de l’horlogerie », la ville de Genève a toujours préféré l’argent des montres aux intérêts réels de l’industrie des montres. Business Montres en a fait la première démonstration en estimant, dès le mois de février, qu’il risquait de n’y avoir qu’un seul représentant de l’horlogerie parmi les 623 candidats des 13 listes en piste pour l’élection du Grand Conseil, le 15 avril prochain (alerte Business Montres du 21 février). Ce candidat déclaré était Patrick Wehrli, 39 ans, inscrit sur la liste du Parti démocrate-chrétien (PDC, centre droit). Depuis, nous avons refait nos comptes et épluché les listes définitives pour finir par dénicher… quatre « horlogers » capables de prendre en charge les intérêts de l’horlogerie genevoise pendant les sessions de travail du Grand Conseil (100 sièges à pourvoir). Et pas un seul parmi les 31candidats aux 7 sièges Conseil d’État : l’horlogerie peu bien attendre…

Quatre sur six cent vingt-trois : une chance sur 155 de voir l’horlogerie représentée, on est loin du compte pour une capitale horlogère – même autoproclamée. Quatre sur six cent vingt-trois : 0,6 % des candidats qui comprennent quelque chose à l’horlogerie, ce n’est pas vraiment le signal d’une élémentaire légitimité horlogère pour les décisions qui seront prises par le Grand Conseil et qui affecteront directement les marques horlogères installées à Genève. Examinons d’abord qui sont les membres de ce quatuor fatidique, qui ne compte pas une seule femme et qui aura le privilège de porter sur ses épaules les espoirs et les craintes de l’industrie horlogère genevoise (par ordre alphabétique). Nous avons listé…

• Olivier Cohen (liste Genève en marche). Il est propriétaire d’un magasin d’horlogerie de la rue du Mont-Blanc, à Genève

• Jean-Pierre Pasquier (liste PLR). Plus connu sous le surnom de « JPP », ce sous-directeur de Rolex (Plan-les-Ouates) a été colonel dans les rangs de l’armée suisse et il est ingénieur en génie chimique de formation.

• Jean-François Ruchonnet (liste Genève en marche d’Éric Stauffer). Oui, vous avez bien lu, c’est bien « notre » Ruchonnet, le père de la Cabestan et de tant d’autres innovations horlogères (développées pour les plus grandes marques), qui travaille aujourd’hui comme spécialiste du private label pour des grands groupes extra-horlogers et comme consultant horloger. Le voici lancé en politique, sur la liste d’un mouvement qui affiche donc deux candidats issus des rangs horlogers (Olivier Cohen et lui)…

• Patrick Wehrli (liste PDC). Ancien juré du Grand Prix d’Horlogerie de Genève, cycliste impénitent, formateur horloger et animateur de cercles horlogers, cet estimé confrère a publié sur son blog, en parallèle à nos articles, plusieurs textes sur les rapports entre l’horlogerie et les élections au Grand Conseil.

Comme on ne peut pas voter pour quatre listes à la fois, mais comme les démocrates genevois sont des petits malins, il est possible de voter pour chacun de ces « horlogers » sans renoncer à donner ses voix à d’autres listes de sa couleur politique préférée. Il suffit de les ajouter les quatre ou ceux ou celui que vous souhaitez au bas de votre liste favorite à la main. Ceci en faisant bien attention que le total de personnes sur votre liste ne dépasse pas 100 qui est le chiffre maximum de candidats que vous pouvez mettre sur votre liste. Si vous choisissez la liste du MCG qui est la seule qui compte 100 candidats il vous suffira d'en barrer quatre au hasard pour ajouter nos quatre "horlogers". Aussi si vous choisissez une des trois listes qui présentent des horlogers n'oubliez pas idéalement de barrer la totalité des colistiers non horloger ce qui favorisera le ou les candidats horloger de votre liste sans péjorer le parti inscrit en tête de liste. Si vous voulez éviter de barrer des dizaines de noms à la main, prenez juste la liste neutre à la fin du cahier des liste et écrivez à la main le nom de votre parti favori en tête de liste et son numéro ainsi que le ou les candidats horlogers que vous souhaitez favoriser sans oublié bien entendu de mettre au minimum le nom d'un candidat qui est du parti que vous choisirez en tête de liste. Tout ceci est admis à Genève, terre d’ancienne démocratie, et ça poussera les intérêts de toute l’horlogerie au plus haut niveau. On aura noté, au passage, que le PDC de Patrick Wehrli (centre droit, ci-dessous à droite, sur une affiche de « Plan-les-Watches », cité horlogère stratégique dans le canton) est sans doute le parti politique genevois le plus fidèle à l’horlogerie puisque Carlo Lamprecht, l’ancien président du Grand Prix de Genève et ex-conseiller d’État, en était issu et que Raymond Loretan, l’actuel président du GPHG, ex-candidat au Conseil des États et ex-conseiller personnel du conseiller fédéral PDC Arnold Koller, en est lui aussi issu.

Maintenant, des « députés » horlogers, pourquoi faire ? Les grands chantiers horlogers ne manquent pas dans la République et Canton de Genève. Parmi les cinq dossiers plus urgents [plus une sixième tranche, histoire de créer un peu de chahut], il faut citer…

• La création d’un pôle d’exposition horloger digne de ce nom, en parallèle ou avec le SIHH, à peu près aux mêmes dates, pour offrir aux marques genevoises [à commencer par Rolex, Patek Philippe, Chopard ou Hublot] qui commencent à déserter Baselworld une alternative crédible au salon des bords du Rhin. Pour toute la planète horlogère et dans le monde entier, le choix de Genève en janvier s’impose : pourquoi pas à Palexpo ?

• La mise en place d’un musée d’horlogerie digne de Genève : alors que Genève a une des plus belles collections mondiales d’émaillerie et d’horlogerie, ces chefs-d’œuvre sont condamnés à la pénombre des réserves. C’est un pur scandale : personne ne comprend pourquoi la « capitale mondiale » de l’horlogerie n’a pas ouvert un espace muséographique digne de ce nom. Il ne s’agit plus d’attendre dix ans la définition d’un nouveau musée d’Art et d’Histoire. Alors, c’est pour quand, ce musée d’horlogerie ?

• La consolidation d’un Grand Prix d’Horlogerie qui ne serait plus « de Genève », mais fédéral et donc capable d’entraîner toutes les marques de tous les cantons [ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui]. Il faut pour cela reformater radicalement le GPHG et changer son modèle économique : pourquoi les autorités de Genève, qui sont propriétaires de ce prix municipal, ne s’entendraient-elles pas pour le pousser au niveau confédéral ?

• La refondation du Poinçon de Genève, maladroitement muté en Timelab [concept complexe et composite que personne n’a compris, ni soutenu], qu’il faut impérativement transformer en véritable Poinçon de l’Observatoire de Genève, mêlant bienfacture et précision horlogère, pour le rendre capable d’attirer les plus grandes marques [le quasi-abandon de ce Poinçon de Genève par Cartier, dont l’arrivée avait provoqué le départ de Patek Philippe] devrait être l’occasion d’une reprise en main de ce label en déshérence…

• L’encouragement aux jeunes (et aux moins jeunes) marques horlogères qui veulent s’établir à Genève, mais qui ne trouvent plus les terrains disponibles dans la périphérie, ni les espaces nécessaires en centre-ville : ça fait désordre pour ce qui fut une « capitale horlogère » de référence mondiale pour les plus beaux objets du temps. Genève, capitale horlogère : c'est une ambition et une ardente obligation, pas une figure rhétorique pour communicants en panne d'idées. Les futurs élus du Grand Conseil ont du pain sur la planche pour faire revivre cet âge d’or et pour recréer un pôle horloger digne de ce nom, qui ne soit plus réductible aux seules grandes marques de luxe : pourquoi pas faire venir toujours plus de marques horlogères à Genève ?

• (non prioritaire et non urgent, mais singulièrement stratégique) Il serait intéressant de voir transférer à Genève le siège de la Fédération horlogère suisse, puisque les plus grandes marques suisses sont genevoises (à quelques exceptions près) et qu’il serait donc logique de voir la FH défendre leurs intérêts au plus près du terrain. Est-ce trop demander ? On vous laisse réfléchir là-dessus...

En conclusion, Mesdames et Messieurs les futurs élus genevois, il serait temps de vous soucier enfin d’horlogerie, dont l’activité est un des poumons économiques du canton, en termes d’emploi, de richesses créées et de notoriété internationale. Tout ceci compose un substantiel programme de législature, non ? Il serait temps de songer aux intérêts des entreprises de ce tissu industriel incomparable, qu’on parle ici des marques, des fournisseurs et de tous les partenaires de cette branche. Avec 0,6 % de représentants horlogers parmi les possibles élus, il ne s’agit pas de se louper : à chaque électeur d’écrire les bons noms sur ses bulletins…

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••• TEXTE ORIGINAL : Business Montres & Joaillerie (9 avril 2018)

••• Voir notre précédente note sur ce sujet : « Si on comprend bien, il n'y qu'une chance sur 623 oour voir un horloger siéger au Grand Conseil » (Genevois rien venir, 1 février 2018)

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