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01 novembre 2017

Mais pourquoi les horlogers suisses sont-ils aussi affreusement radins ?

Ils ont de bonnes raisons de l'être, puisque les autorités de Genève font tout pour les dissuader d'enrichir les collections de la Ville...

Horlogerie, Genève, GPHG, MAH, luxe


Alors que le Grand Prix d'horlogerie de Genève (GPHG, fondation qui est plus ou moins cogérée par la Ville de Genève) a distribué 189 prix depuis sa création, en 2000, et alors qu'il s'est institué une sympathique tradition (celle d'offrir les montres ainsi récompensées au Musée d'art et d'histoire), on ne compte que 26 montres issues du GPHG dans les collections de la Ville, comme on peut le vérifier, en ce moment, au Musée d'art et d'histoire qui expose, en plus de 72 montres présélectionnés de l'édition du GPHG 2017, les 26 montres offertes par les lauréats des éditions précédentes...

Bien sûr, il n'est pas toujours possible d'offrir une des montres primées, surtout quand il s'agit de pièces uniques déjà vendues ou de très précieuses montres de joaillerie. L'élévation aberrante du prix moyen des montres récompensées – on dépasse cette année les 148 000 francs suisses ! – n'aide pas non plus à enrichir les collections du MAH. Bien sûr, on compte quelques personnalités ou des institutions parmi les bénéficiaires de ce Grand Prix, qui ne récompense pas que des montres. Reste que 26 montres sur 189 prix en seize ans, dont seize "Aiguille d'or", c'est 86 % d'une radinerie qui est parfaitement explicable par le comportement des autorités de la Ville.

Pourquoi les horlogers offriraient-ils des montres pour enrichir les collections de la Ville, si ces montres restent confinés dans les coffres des sous-sols du MAH ? Pourquoi feraient-ils un effort sans la moindre visibilité pour leurs créations ? À quoi bon les inciter à mécéner le MAH si celui-ci thésaurise et occulte le fruit de ces dons ? Plus généralement, pourquoi une ville qui se flatte d'être la capitale horlogère de la Suisse, sinon du monde [ce qui est faux et démenti par les chiffres comme par l'histoire] n'a-t-elle toujours pas de musée d'horlogerie digne de ce nom, pour présenter les trésors de son patrimoine horloger et de ses quatre siècles de familiarité ininterrompue avec les beaux-arts de la montre ? S'il y a un record à battre, c'est bien celui de Genève, seule "métropole mondiale de l'horlogerie" à ne pas disposer de son musée d'horlogerie [rappelons que le musée Patek Philippe est un musée privé, lancé à l'initiative d'une marque] ! À ce niveau de honte, on en vient à désespérer : si le vrai art politique est la capacité de rendre possible ce qui est souhaitable, les élus genevois sont des... incapables !

S'il faut aller voir au MAH l'impressionnante série de ces montres présélectionnées pour ce GPHG 2017 (très intelligemment présentées, de façon accessible et pédagogique) et constater en même temps la pauvreté des dons horlogers depuis la création du GPHG, il ne faut surtout pas manquer la dizaine de montres très créatives imaginées par les élèves en design horloger de la HEAD Genève. Ces élèves assurent la relève et incarnent l'avenir : l'histoire de l'horlogerie genevoise ne fait que (re)commencer...

 

••• Pour en savoir plus : Business Montres.

 

 

 

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