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22 octobre 2015

Comment on a jeté aux chiens, pour rien, l’honneur et le patrimoine d’un grand monsieur de la montre…

En 2007, éclatait l’affaire Patrizzi : éjecté par ses associés, Osvaldo Patrizzi, le fondateur d’Antiquorum, était accusé d’être une fripouille, un escroc, un voleur et un trafiquant tout juste digne de la prison genevoise où ceux qui venaient de de le putscher d’Antiquorum rêvaient de le jeter. Huit ans plus tard, le dossier est clos : les juges de Genève n’ont rien retenu des 71 accusations criminelles portées contre Osvaldo Patrizzi. Qui a presque tout perdu dans cette affaire, fors l’honneur…

Osvaldo Patrizzi, Antiquorum, enchères horlogères


Qui dira jamais ce que peuvent représenter, pour un innocent, huit années de batailles judiciaires incessantes ? Huit années à répondre mot à mot, chiffre par chiffre, fait par fait, à 71 accusations criminelles gravissimes formulées devant les juges genevois ? Huit années à supporter les calomnies et les articles diffamatoires des médias dont aucun – hormis Business Montres, à Genève – n’a jamais mis en doute ces diffamations parfois grotesques formulées par les nouveaux maîtres d’Antiquorum ? Huit années à tenter de nettoyer la boue où les adversaires d’Osvaldo Patrizzi ne cessaient de le traîner ?

Qui dira jamais quel soulagement doit être, aujourd’hui, celui d’Osvaldo Patrizzi, intégralement lavé par la justice de Genève de tous les soupçons et de toutes ces accusations, mais qui dira jamais son accablement face aux irréparables dégâts de cette « affaire Patrizzi », fomentée par ceux qui lui ont volé son entreprise, Antiquorum, et son patrimoine horloger ?

Osvaldo Patrizzi, Antiquorum, enchères horlogères

Il y a huit ans, Antiquorum était la référence mondiale pour les enchères de montres de collection. Ses concurrents marchaient loin derrière une maison qui avait non seulement inventé ce type d’enchères (jamais pratiquées auparavant), mais aussi les catalogues de référence, les ventes thématiques et toutes sortes d’aménagements innovants dans ce métier. Il y a huit ans, Osvaldo Patrizzi (ci-contre) était l’expert le plus reconnu sur la scène internationale. Sa maison réalisait un chiffre d’affaires annuel de 145 millions de francs suisses, avec un bénéfice moyen avant impôt de 12,9 %.

Huit ans plus tard, la société Antiquorum SA – celle dont ses ex-associés voulaient spolier Osvaldo Patrizzi – a été minablement mise en faillite à Genève, ses biens ayant été transformés à une structure new-yorkaise, dont la survie est désormais questionnable au-delà de cette année 2015. On parle de 60 millions de passif ! La marque Antiquorum n’est plus que celle d’une maison d’enchères de troisième ordre, sans crédibilité dans la communauté des collectionneurs et sans crédit auprès des professionnels de la montre. Les péremptoires « putschistes » de 2007 ont tout gaspillé par incompétence, incurie et peut-être malhonnêteté. Ils ont dilapidé le patrimoine personnel d’Osvaldo Patrizzi, que la justice vient de rétablir dans la totalité de ses droits de propriété : les plus belles des montres du fondateur d’Antiquorum – notamment deux Calibre 89 de Patek Philippe – avaient échappé à la voracité des naufrageurs, mais elles étaient séquestrées : les juges de Genève viennent de les restituer à Osvaldo Patrizzi. Les autres montres de son stock ont été pillées et revendues à des prix sacrifiés un peu partout dans le monde : Osvaldo Patrizzi, qui avait patiemment constitué ce « trésor de guerre » pour Antiquorum, s’en voit confirmer la propriété par la justice, mais les voleurs ont fait table rase de son patrimoine…

Les juges n’en reviennent pas. Ils ont été sidérés par l’avalanche et la gravité des accusations initiales, qui étaient d’ailleurs « confirmées » par les affirmations pour le moins imprudentes (manipulées ?) et très peu professionnelles de l’auditeur comptable PricewaterhouseCoopers. Dans un premier temps, sur la foi de documents tronqués et en l’absence de pièces qui avaient été (volontairement ?) dissimulés par la nouvelle direction d’Antiquorum, les magistrats de Genève n’ont pas accordé de crédit aux premiers arguments défensifs d’Osvaldo Patrizzi. Il s’en est fallu de peu pour que l’auctioneer de réputation mondiale ne soit jeté en prison, à la demande de ceux qui voulaient non seulement le spolier, mais encore le tuer socialement. Il aura fallu attendre qu’on retrouve des doubles – inconnus des « putschistes » – des documents comptables concernés pour que la vérité commence à émerger de son puits genevois et que les juges admettent qu’Osvaldo Patrizzi n’était pas la crapule dénoncée par ses anciens associés.

Les médias, qui avaient accablé le fondateur d’Antiquorum sur la foi des accusations lancées par ses remplaçants, n’en sont pas non plus revenus. Pas un mot pour rectifier les fausses informations qui avaient ébranlé l’opinion publique de la communauté horlogère. Pas une ligne pour réparer les calomnies accumulées au fil des semaines, alors que le « western » se continuait en vendetta anti-Patrizzi, puis en règlements de compte entre « puschistes », à l’instigation de l’équipe d’Antiquorum New York. Pas le moindre titre pour expliquer à leurs lecteurs qu’Osvaldo Patrizzi a été acquitté et lavé de toutes les accusations criminelles proférées contre lui. Tant la responsabilité morale des médias, suivistes comme d’habitude, que l’irresponsabilité financière de l’auditeur PricewaterhouseCoopers sont accablantes…

Ainsi, la conjuration des imbéciles a explosé en vol. On n’entend plus les violons du bal des faux culs, où les foireux dansaient avec les escrocs. Les délinquants n’étaient pas ceux qu’on croyait : comme toujours, ceux qui criaient « Au voleur ! » étaient de vrais experts. Il ne reste rien des accusations, pas un centime n'a été détourné, même les procédures de l'éviction du fondateur d'Antiquorum sont suspectes et probablement illégales. Osvaldo Patrizzi est plus blanc que blanc, mais qui s'en soucie à présent ?

Reste que l’honneur personnel et la considération professionnelle d’un grand monsieur de la communauté horlogère ont été jetés aux chiens, pour rien, au prix d’un retentissant fiasco économique. Reste qu’un patrimoine, le fruit d’une vie de travail, a été dilapidé avec la complicité – au moins passive – des témoins médiatiques qui n’ont pas eu le réflexe d’aller voir ce qu’il y avait derrière le rideau de ce théâtre de marionnettes présomptueuses. Seule exception : Business Montres où j’ai tenté – un grand moment de solitude – de prendre en compte, dans un premier temps, les deux points de vue avant de comprendre, au bout de quelques jours, à quel point les escrocs avaient pignon sur rue et qu’ils en faisaient trop, non sans morgue et stupidité, contre un innocent que tout accablait en apparence.

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