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13 octobre 2015

Une Prune qui n’a pas sa plume dans sa poche

Naissance d’un nouveau talent littéraire en Romandie, aux frontières de l'horlogerie et de l'eau de rose. Prune – c’est son vrai prénom – nous raconte les coulisses pas très prestigieuses d’une grande marque horlogère de prestige. Ce « roman » pas si romancé se passe à Bienne, au coeur d'une Suisse franco-alémanique dont elle dévoile aussi quelques pans de la vie quotidienne...

Prune, 10 heures 10, Bienne, Gameo


 Il y a la Suisse horlogère bien ripolinée des publicités sur papier glacé, des ambassadrices reliftées avec glamour, du salon de Bâle et des événements soigneusement formatés. Et il y a les coulisses, l’envers du décor, la petite cuisine quotidienne par des petites mains démotivées, la désespérance des conversations de cantine, les ambitions mesquines et cruelles des petits chefs pas toujours compétents, les « bombasses » qui jouent les stars dans les services, la conjuration des imbéciles et la vie qui roule ses dés dans le décor de Bienne, la cité horlogère où Prune – le vrai prénom de l’auteur – a situé le siège de Gameo, la grande marque de montres dont elle nous raconte les misères plus que les splendeurs.

La plume est alerte, incisive et néanmoins tendre, voire même sensuelle pour les inévitables situations torrides qui jalonnent le parcours dans toute bureaucratie d’entreprise. L’œil est vif et les neurones affûtés pour capter les ridicules de la morgue des chefs de service et la vanité des triomphes autour de la machine à café. Quelle désespérance dans le nihilisme existentiel de cette vie quotidienne dans les entreprises de luxe, où chacun « se la pète » pour tenter en vain de se conformer à l’esprit de la maison et aux chimères d son improbable identité ! Chez Gameo [merci de ne pas intervertir les phonèmes pour découvrir le nom de la marque], à Bienne, on cherche déjà qui peut bien être cette Prune et qui sont les originaux des portraits intempestifs qu’elle brosse : c’est navrant, accablant et désolant tellement c’est bien vu.

Chick litt, jetteront les contempteurs de la « littérature de poulettes » – la nouvelle Bibliothèque à l’eau de rose. Pas sûr qu’ils aient tout compris : le vrai talent littéraire consiste à tailler au scalpel dans les réalités de nos routines contemporaines, pour en dessiner les boursouflures et en souligner les impostures. Prune n’a pas sa plume dans sa poche pour traduire les désillusions d’une génération de trentenaires que ces marques horlogères de luxe ne font plus rêver, même si leur prestige international demeure vivace. La tension souvent érotique de la trame de son faux roman contraste singulièrement avec la dépression de ces employés qui brassent de l’air en y projetant des paillettes. Son coup de projecteur est d’autant plus cruel que des centaines de milliers d’employés des grandes entreprises se reconnaîtront dans ce récit, bien au-delà des marchés de l’horlogerie de prestige.

Prune n’a pas d’éditeur – seraient-ils si frileux, ou si soucieux de ne pas déplaire aux puissants ? On trouve cependant son livre sur Amazon, en version papier et électronique, ainsi que dans quelques librairies répertoriées par son site. Elle vient d’entamer une tournée de spectacles-lectures dans les grandes villes romandes : on est curieux de voir comment ça se passera, à Bienne, le 24 octobre, face à ses collègues de chez Gameo…

Prune, 10 Heures 10, Gameo

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