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01 septembre 2014

Pourquoi Arnaud Montebourg a-t-il renoncé à porter une montre suisse ?

Non content de polariser l’attention par ses discours à l’Université d’Eté du Parti socialiste, Arnaud Montebourg attise la curiosité avec sa nouvelle montre. « Made in France », forcément, très exclusive et très étudiée dans son positionnement…

Montebourg, March LA.B, Made in France



À moins d’être un connaisseur très pointu dans le domaine des montres, personne ne connaît la jeune marque indépendante française March LA.B. Et pour cause : elle n’a guère que quatre ou cinq ans d’existence et une visibilité médiatique réduite pour l’instant à la seule faveur des fashionistas branchés, dont on ne sait s’ils aiment plus le style néo-vintage de ces montres qu’on jurerait nées dans les années 1970 ou plutôt l’ambiance festive d’une marque créée par deux Français, quelque part entre Los Angeles et Biarritz (le LA.B du logo). Deux Français dont la communication est très amusante: découvrez dans la vidéo ci-dessous les aventures de la petite dame en culotte rouge, à l’aube, dans les rues de Palm Springs…

Encore ministre de l’Economie en juillet, Arnaud Montebourg se promenait dans son quartier quand il a jeté un œil sur la vitrine de la petite boutique ouverte dans le Marais par March LA.B. Sa Longines suisse venait de tomber en panne et il a eu un coup de cœur pour une montre carrée, au boîtier en pyramide tronquée et anglée, reconnaissable à sa couronne de remontage à quatre heures. Ravi quand la vendeuse lui a expliqué que March LA.B était une des nouvelles marques françaises qui témoignait le mieux de la dynamique créative des horlogers tricolores (la montre est dessinée en France et assemblée à Morteau, en Franche-Comté), le ministre de l’Economie a été séduit non seulement par le prix (395 euros, pas de quoi exciter la verve des polémistes anti-montres coûteuses), mais encore plus par le nom du modèle : AM2.

 

Montebourg, March LA.B, Made in France

Même si ces initiales sont celles du créateur de la montre (Alain Marhic), elles sonnent un peu comme A.M. au carré, soit « Arnaud Montebourg puissance 2 ». Il n’en fallait pas plus pour le ministre décide de faire de cette montre son fétiche pour une rentrée politique tonitruante, qui lui a permis de s’exfiltrer par le haut d’un gouvernement qui n’avait plus sa confiance et de s’imposer comme le premier opposant de fond à François Hollande.

Indice de positionnement politique : cette AM2 existe en rouge « Burgundy » – trop voyant, même pour un futur leader de la gauche de la gauche (la cravate rouge de Jean-Luc Mélenchon fait rigoler tout le monde). Elle existe aussi en bleu électrique : trop sarkozyste ou trop bleu mariniste (rayez les mentions inutiles). Ce sera donc l’AM2 noire, sur bracelet perforé noir, le GPS politique de l’ex-ministre ayant bien compris que la montre se situait au carrefour précis de l’autorité statutaire (le carré du boîtier), avec des angles adoucis qui rassurent, une touche rétrofuturiste qui crée le décalage, tout comme la couronne non conformiste, sans oublier cette touche de vert (l’aiguille de secondes et la date) qui ne pourra que faire craquer les futurs alliés écologistes…

Tout ça pour une montre ? Cette AM2 de March LA.B accompagnait Arnaud Montebourg pour sa déclaration de guerre à Frangy-en-Bresse. Elle l’a suivi à La Rochelle pour l’Université d’été du PS. Il en fait profiter ses amis en vantant le « Made in France » des jeunes créateurs français d’une marque qui ne sera plus longtemps confidentielle. Espérons que l’ancien ministre – qui semble bien connaître les difficultés de la filière horlogère française – va se battre pour un respect du « Made in France » qui est devenu une passoire en matière de montres et contre les aberrations d’une bureaucratie qui fait financer la formation des jeunes horlogers français par les contribuables français, alors qu’ils sont pratiquement tous immédiatement recrutés par les entreprises suisses, lesquelles les renvoient par la suite toucher leurs indemnités de chômage en France, toujours aux frais des contribuables…

Quand François Hollande change de lunettes, il les choisit au Danemark. Quand il porte sa montre (généralement à l’envers), c’est une Swatch suisse. Arnaud Montebourg a eu le flair d’oser le non-conformisme d’une nouvelle référence créative « à la française ». 

 

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