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19 mars 2014

INSÉCURITÉ : Il ne faut pas rigoler des horlogers qui se font braquer

 

Il faudra bientôt faire mieux que James Bond pour exercer le métier d'horloger...

C’est l’incroyable aventure d’un horloger dont la réputation n’est plus à faire dans sa communauté professionnelle, mais qui se trouve embarqué dans une incroyable affaire de vol de montres et d’escroquerie très bien organisée.

Une histoire vraie qui se termine à plat ventre, avec une fusillade sur un parking. Récit…

Julien Coudray, Fabien Lamarche, insécurité horlogère, horlogerie suisse, braquage,


Il y a quelques jours, la nouvelle d’un échange de coups de feu sur un parking commercial de la banlieue parisienne n’avait fait que quelques lignes dans Le Parisien : c’est devenu si banal que plus personne n’y prête attention. Et, pourtant, il y avait un horloger derrière cet épisode…
 
Au Locle, tout le monde connaît et respecte Fabien Lamarche, fondateur d’IMH (Innovations manufactures horlogères) et créateur de la marque Julien Coudray (haute horlogerie). C’est un sous-traitant reconnu pour ses capacités et un défenseur visionnaire des « métiers d’art » appliqués à la décoration horlogère – on peut même le considérer comme un pionnier du « vrai » émaillage aujourd'hui si prisé sur les cadrans de montres. Qualités qui ne le préparaient pas à vivre une « aventure à la James Bond », laquelle mérite d’être racontée pour l'édification des larges masses horlogères. Ajoutons que Fabien Lamarche est un garçon sympathique, quoiqu'un peu bourru, mais que, sous sa couenne de sanglier des Ardennes, cet horloger de talent, fin connaisseur des mécaniques du temps, cache un coeur en or et de réelles qualités humaines...
 
En fin d’année dernière, au salon parisien Belles Montres où il exposait ses collections Julien Coudray, Fabien Lamarche rencontre un homme d’affaires proche du milieu diamantaire anversois, qui lui propose une introduction commerciale au Proche-Orient. Perspective tentante, qui débouche sur un premier rendez-vous à Anvers, où Fabien Lamarche est traité comme un VIP. Un deuxième rendez-vous est aussitôt agendé, cette fois à Bâle, en février.
 
Arrivé à Bâle avec sa mallette de montres, Fabien Lamarche est convié dans un sympathique restaurant des environs de Strasbourg, cadre plus convivial pour négocier avec des interlocuteurs aussi sympathiques, qui présentent aussi très bien et qui semblent tenir à très bien traiter leurs relations commerciales. Mis en confiance par son précédent rendez-vous, Fabien Lamarche se rend donc sans méfiance à ce sympathique déjeuner, mais, à peine garé, il est agressé par deux malfaiteurs surgis d’une voiture, qui réussissent à lui dérober sa mallette de montres avant de s’enfuir. Dans la bagarre et pour en dire l’intensité, Fabien Lamarche – qui est plutôt du genre costaud – parvient seulement à arracher la veste de son adversaire…
 
Une fois la plainte déposée auprès de la police, le créateur de la manufacture Julien Coudray – qui n’a plus de collection à présenter [Julien Coudray pratique surtout la série ultra-courte, sinon la pièce unique], est très étonné de recevoir un coup de téléphone de cet homme d’affaires d'allure proche-orientale, qui lui avoue être responsable de l’agression et qui lui déclare qu’il a voulu s’emparer au plus vite des montres pour « gagner du temps » et en « vérifier l’authenticité » ainsi que la « conformité mécanique » des mouvements à la description qu’en donnait Fabien Lamarche. Curieuses mœurs que cet audit à l’arraché, opéré avec violence et brutalité, mais le plus étonnant reste que cet homme d’affaires – du moins supposé tel – propose à Fabien Lamarche, qui exige le restitution et le paiement des montres volées, de lui payer le lot et même d’acheter quelques autres montres…
 
Sur les conseils de la police, qui met sur le coup un groupe spécialisé dans les détrousseurs de montres de luxe, Fabien Lamarche accepte le rendez-vous proposé, en prétextant un voyage en avion pour en fixer le lieu à Paris, près de Roissy-Charles de Gaulle. Rendez-vous accepté par le voleur, qui va cependant changer le lieu de ce rendez-vous à plusieurs reprises, dès que Fabien Lamarche y arrive, pour le renvoyer un peu plus loin. Il s’agit pour les malfrats de vérifier que Fabien Lamarche n’est pas suivi, mais ils ne savent pas que l’horloger a été « sonorisé » par les policiers de la BRI, qui suivent ainsi mot par mot ce qui passe et qui « environnent » la voiture de Fabien Lamarche d’un réseau invisible d’une quinzaine de véhicules banalisées.
 
Comme rassurés, les malfrats décident d’un ultime point de rendez-vous sur le parking du centre commercial Rosny 2, à Rosny-sous-Bois, en Seine Saint-Denis (non loin de Roissy). Endroit très fréquenté par un public populaire, ce qui ne va pas faciliter une intervention des spécialistes du grand banditisme. Fabien Lamarche y retrouve son agresseur de Strasbourg. Le dialogue est tendu :
– Vous avez les montres ?
– Vous avez l’argent ?
– Il est dans mon coffre…
– Mes montres aussi…
 
À peine les deux hommes ont-ils échangé ces paroles que les policiers interviennent. Les malfaiteurs réussissent à prendre la fuite dans leur voiture en fonçant sur les policiers, qui ripostent et « arrosent » à l'arme de poing pour stopper les voleurs et les mettre hors d’état de nuire : on relèvera une dizaine d’impacts de balles sur la voiture des malfaiteurs, qui sont aussitôt maîtrisés, interpellés et emprisonnés. Pendant ce temps, Fabien Lamarche s’est jeté à plat ventre au milieu de la fusillade, très brève, mais très intense, qui ne fera aucun blessé parmi les clients du centre commercial, dont la plupart n’ont pas réalisé ce qui se passait...
 
Aux dernières nouvelles, il s’agirait d’un gang organisé – sans doute venu de l’Est européen – et spécialisé dans le vol et le trafic des produits de luxe, dont évidemment les montres. On en déduira que les « moissonneurs carpathiques » dont parlait récemment Business Montres sont parfaitement organisés et très bien informés à propos de la « culture » des gens de la montre. Vous avez noté, ce rendez-vous à… Bâle ? Bâle, vous savez bien, cette ville où se tient Baselworld dans une semaine…
 
Sans doute est-il temps d’être un peu moins naïf et un peu plus méfiant dans un environnement sécuritaire horloger de plus en plus dégradé…
 
Détails : Business Montres

James Bond, Julien Coudray, Fabien Lamarche, insécurité horlogère, braquage

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