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21 avril 2013

Quand la Suisse n'avait pas peur de tenter les riches Français...

Savoureuse, cette publicité officielle du Jura suisse, avec ces riches Français qui rapportent des Franches-Montagnes de magnifiques montres. Au filtre de l'affaire Cahuzac et de la persécution des évadés fiscaux, ça fait désordre ! Heureusement, ça date de 2010, mais ça peut donner des idées aux grandes fortunes françaises : investissez dans les montres...

Richard Mille, Jura suisse, horlogerie suisse, évasion fiscale



Le monsieur d'âge mur possède un château et quelques domestiques. La jeune femme semble s'y ennuyer. Pour la calmer, il lui rapporte de Suisse une montre – pas n'importe laquelle, une Richard Mille. On vous laisse découvrir la fin, en espérant que le monsieur a bien tout déclaré dans les règles et qu'il n'a pas visité le canton du Jura, si ouvert et si proche (2 h 40 de Paris en TGV), pour de louches opérations d'évasion fiscale...

Remarquable de concision et d'efficacité, cette publicité du Jura suisse date de 2010, âge d'or où un canton suisse pouvait titiller la curiosité des élites économiques françaises en leur vantant une proximité géographique assortie d'une disponibilité économique et doublée d'une accessibilité au luxe horloger...

Toutes choses qui font désordre aujourd'hui, en France comme en Suisse, dans le cadre de l'affaire Cahuzac et de la persécution des évadés fiscaux. Chacun traduirait aujourd'hui que le luxe illicite – nouvelle image de la Suisse – est à moins de trois heures de Paris : ni le monsieur, ni la dame n'ayant l'accent suisse, et leur château fleurant bon la vieille fortune française. 

On peut quand même aller plus loin dans la réflexion : même sans être un initié aux arcanes de la montre suisse, on remarque que l'argument central du film est un retour de Suisse avec un cadeau qui fait rosir de plaisir les joues de l'héroïne. Une Richard Mille ! On la comprend. Le reste des images, à l'exception du paysage final, tourne autour des ateliers d'horlogerie, avec une insistance subliminale sur le lien entre Suisse, voyage, luxe et montre...
 
Ce qui suscite une interrogation : pas une seule montre suisse, d'une marque de luxe ou de prestige, n'a été déclarée dans le patrimoine des ministres socialistes français, même les plus riches. Pas même une Rolex, ni la moindre Patek Philippe, ni la plus petite Cartier, ni aucune Chanel pour des gens qui se disaient volontiers collectionneurs avant d'être aux « affaires » (désolé pour ce mot qui fâche). On pense ici, notamment, à Pierre Moscovici, le ministre de l'Economie, dont on sait qu'il a fini par réaliser son rêve de posséder une Patek Philippe (révélations Business Montres). Pour ceux qui l'auraient oublié, Richard Mille était aussi la marque préférée du socialiste Julien Dray, rendu célèbre pour ses achats de Patek Philippe en liquide...
 
Hypothèse pour cette désertification radicale des poignets ministériels : les montres de luxe ne sont pas considérées par l'administration socialiste comme des biens mobiliers (comme le pensaient naïvement les assureurs, qui ont dû indemniser Jérôme Cahuzac des 100 000 euros de montres cambriolées à son domicile), mais des... oeuvres d'art, exonérées comme telle de l'impôt sur la fortune et, par extension, de toute déclaration patrimoniale.
 
Ce qui constitue un louable et méritoire hommage de la nomenklatura socialiste au génie artistique des horlogers suisses. D'ailleurs, lors de ce cambriolage, le ministre Cahuzac avait lui-même parlé de simple « valeur sentimentale » pour les 100 000 euros de montres dont il avait été délesté...
 
Conclusion logique : si cette andouille de Jérôme Cahuzac avait déclaré qu'il avait bien un coffre-fort dans une banque de Genève, mais que c'était seulement pour y entreposer 600 000 euros en montres suisses (soit le prix d'une seule de ces Richard Mille évoquées par le film), personne n'aurait plus rien trouvé à y redire. Ce n'était, au pire, qu'une nouvelle affaire Julien Dray, dont on rappellera que le point final était un non-lieu. Jérôme Cahuzac serait toujours au gouvernement et il aurait monté un mini-forum horloger sur le site de l'Assemblée nationale, avec la création d'un groupe d'amitiés parlementaires horlogères qui organiserait des dîners trimestriels avec Jean-Claude Biver...
 
C'est d'ailleurs un conseil qu'on peut donner aux évadés fiscaux français : au lieu d'empiler les liasses de francs suisses en grosses coupures, venez donc investir dans l'horlogerie ! Achetez des montres – comme le monsieur de la publicité du Jura – ou subventionnez les entreprises qui fabriquent ces montres : c'est tout de même plus chic d'avouer, en toute impunité, qu'on a monté une entreprise horlogère en Suisse plutôt que de passer pour un mauvais citoyen à redresser d'urgence...
 
••• Chronique à retrouver sur Business Montres...
 
Richard Mille, Jura suisse, horlogerie suisse
 
 

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