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22 février 2013

Où les socialistes genevois ont-ils la tête ?

Il n'y avait sans doute pas le feu au lac pour le socialiste genevois Charles Beer, président du Conseil d'Etat de Genève. Il vient de réagir à la fermeture du bureau genevois du COSC, transféré à Saint-Imier. Il était temps !

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 La fermeture de ce bureau était une révélation Business Montres du 27 novembre dernier ("Genève et Timelab perdent la certification du Cosc"), avec des informations puisées aux meilleures sources. « Nous déplorons vivement la fermeture du bureau genevois du Contrôle officiel suisse des chronomètres (COSC). D’autant que nous avons été mis devant le fait accompli », s'indigne Charles Beer dans Tribune de Genève.

Deux mois et demi pour réagir à une information, ce n'est pas exactement être mis devant le fait accompli : c'est fermer les yeux sur ce qui dérange et sur ce qu'on ne veut pas voir ! C'est, pour le coup, une bonne occasion de demander aux socialistes genevois : mais que faites-vous donc pour l'horlogerie genevoise, à part inaugurer le SIHH et couper les rubans dans les manufactures ? 

« A court terme, la fermeture du bureau du COSC aux Acacias constitue un réel dommage pour notre canton. Nous y perdons en effet un ancrage des épreuves de certification chronométrique », déplore le chef du Département genevois de l’instruction publique. 

La belle affaire, cette déploration ! Il y a clairement, d'un côté, les rodomontades officielles sur la place de l'horlogerie dans l'économie genevoise et, d'autre part, la réalité de l'encouragement réel des autorités aux activités locales de la branche horlogère...

Pourquoi la ville de Genève n'a-t-elle pas relancé les certifications chronométriques de l'Observatoire de Genève, autrement plus prestigieuses que celles du COSC ? Faute de cette réouverture d'un service qui apportait prestige et renommée à Genève (service qui existe toujours et qu'il suffit de réanimer), on voit des marques genevoises aller faire certifier à l'observatoire de Besançon, en France...

Pourquoi la ville de Genève ne favorise-t-elle pas le tissu horloger des jeunes entreprises indépendantes, porteuses d'avenir ? Elles ont prouvé, par leur dynamique, qu'elles pouvaient influencer l'ensemble du marché et des grandes marques : ce serait l'honneur de Genève d'encourager la vitalité de ce tissu entrepreneurial sans équivalent en Suisse ou dans le monde.

Où sont les pépinières qui permettraient aux jeunes créateurs horlogers de se développer et aux start-ups de se lancer dans de bonnes conditions de survie ? Pourquoi avoir tout misé sur un SIHH (groupe Richemont), dont on sait aujourd'hui qu'il ne se tiendra peut-être plus demain à Genève ? Pourquoi avoir refusé toute aide officielle aux salons indépendants qui voulaient exister et se monter en dehors du SIHH ? Pourquoi toujours aider les plus gros en méprisant les plus petits ?

Pourquoi Genève n'a-t-elle rendu aucun hommage à ses racines horlogères, alors qu'elle se prétend, à longueur de discours officiels, « capitale internationale de l'horlogerie » ? Pas une rue dédié à un horloger, pas un espace public pour évoquer le patrimoine historique de l'horlogerie, pas un équipement urbain, pas un monument pour honorer cette part essentielle de l'identité genevoise. Rappelons pudiquement que le pont Hans-Wilsdorf relève d'une initiative privée financée par Rolex...

Pourquoi Genève n'a-t-elle toujours pas de musée public pour présenter ses riches collections horlogères ? Pourquoi Genève est-elle si pauvre en propositions pour encourager le tourisme horloger et attirer, entre autres, les touristes chinois ? Quand on voit la valeur ajoutée économique de la montre dans des villes comme Lucerne, on se demande quelle malédiction frappe la Genève horlogère et quel mauvais sort on a lancé contre les boutiques de luxe perpétuellement affligées de travaux publics devant leurs vitrines...

Pourquoi le Grand prix d'horlogerie de Genève, qui pourrait porter, dans le monde entier, les couleurs des montres suisses, demeure-t-il, faute d'une stratégie politique forte et d'un engagement marqué des autorités de la Ville et du canton, un simple prix municipal, incapable de mobiliser 85 % des grandes marques suisses ? Ce Grand prix n'a même pas pour lui une reconnaissance fédérale ! On espère en vain, depuis des années et au plus haut niveau, la nomination d'un « M. Horlogerie » capable de fédérer les initiatives horlogères pour en assurer une synergie créatrice de valeur...

Pourquoi, pourquoi, pourquoi, messieurs les socialistes qui jouez les étonnés ? Que faites-vous concrètement pour créer un climat économique favorable dans l'éco-système horloger genevois ? On pourrait allonger cette liste des questions qui fâchent...

Une partie des problèmes ci-dessus a déjà été évoquée devant les lecteurs de ce blog, mais ces arguments sont régulièrement développés dans Business Montres. Chers élus socialistes, ou d'autres couleurs, il suffit de s'informer pour savoir ce qui se passe, mais c'est évidemment plus confortable de réagir après plutôt que d'anticiper avant. Pour ne pas obérer les finances de la Ville ou celles du groupe socialiste, nous voulons bien consentir un abonnement gratuit à Charles Beer, qui semble avoir un certain bon goût horloger (image ci-dessus : Steeve Iuncker) : au moins, il ne pourra plus faire semblant d'être mis devant le fait accompli et il y découvrira ce que les communiqués officiels ne lui disent pas...

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