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21 février 2013

Le procès dont la presse suisse ne parle pas...

Est-ce par une pudeur maladive qu'on épargne aux lecteurs cette affaire qui ne sent pas bon du tout ? Est-ce par prudence déontologique ? Est-ce parce que le Swatch Group est le principal annonceur de la presse écrite suisse, en particulier des magazines horlogers ?

Swatch Group, horlogerie, montre suisse, CWG scam, corruption, Inde



Toujours est-il qu'un procès important vient de s'ouvrir en Inde, où il fait quotidiennement les gros titres de la presse et que le Swatch Group se trouve accusé dans ce procès, à travers sa filiale Swiss Timing (celle qui organise le chronométrage officiel des grandes compétitions sportives, notamment des jeux Olympiques pour Omega). Justement, Omega était le chronométreur officiel des jeux du Commonwealth (CWG pour Commonwealth Games), qui se tenaient à Dehli (Inde) en 2010.

La marque suisse avait sous-traité le TSR (Time Scoring Result : chronométrage officiel et affichage des données) à Swiss Timing, qui avait décroché le contrat dans des conditions jugées suspectes par la justice indienne : on parle de 20 à 25 millions de francs suisses de surfacturation. Cette affaire de corruption, qui s'ajoutent à de nombreuses autres malversations constatées pendant ces CWG, a conduit le responsable de ces jeux, le politicien Suresh Kalmadi, en prison, avec un certain nombre de complices, dont le sous-traitant indien de Swiss Timing. Le propre dirigeant de Swiss Timing en Suisse, Christophe Bertaud, est officiellement inculpé et sommé par la justice indienne de se présenter devant les enquêteurs spéciaux du CBI (Centre Bureau of Investigation).

Le Swatch Group, qui proteste de son innocence totale dans cette affaire compliquée, a interdit à son cadre de se rendre à Dehli pour y rencontrer les enquêteurs. Les prisons indiennes étant ce qu'elles sont, et la justice indienne misant sur la détention préventive pour faire craquer les accusés, c'est assez compréhensible. Il est également interdit à Christophe Bertaud de se présenter à son procès pour y assurer sa défense. Dans le même temps, les autres dirigeants européens du Swatch Group sont, par précaution, interdits de voyage en Inde...

L'affaire intéressant le premier groupe horloger suisse, et les faits reprochés au Swatch Group étant publics, il serait logique d'en avoir quelques échos dans la presse suisse. Localement, en Inde, le CWG Scam passionne d'autant plus l'opinion qu'il s'y mêle des relents de réglements de compte politiques, la corruption étant le mal endémique de la démocratie indienne : ce n'est donc pas l'information qui manque...

Or, rien en Suisse sur le CWG Scam, alors que le procès vient de s'ouvrir. Rien à la télévision. Rien dans les journaux. Le possible mandat d'amener international de l'inculpé suisse en Inde est lui aussi public : il se négocie actuellement à Berne, mais les formes juridiques de la convention entre la Suisse et l'Inde sont complexes et achoppent sur des problèmes de traduction. D'où les questions qu'on peut se poser sur le silence des Helvètes, dans le respect le plus absolu de la présomption d'innocence du Swatch Group dans cette affaire supposée de corruption...

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