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11 février 2013

Le Swiss Made et la fraude chevaline

La France, pays de gastronomie, s'émeut plus de l'affaire des viandes de cheval que l'Angleterre. La Suisse, pays d'horlogerie, devrait se méfier des retours de bâton sur les fraudes dans la recette de ses montres...

Suisse, Swiss Made, horlogerie, montre suisse


Quatre montres suisses sur cinq vendues dans le monde sont logées dans des boîtiers réalisés en Asie, avec des bracets faits en Asie : pour le vérifier, il suffit de rapporter le nombre total des boîtiers produits en Suisse au chiffre des exportations horlogères. Cherchez l'erreur...

Pas grave, sans doute, du moment que les mouvements sont "suisses". Mais le sont-ils vraiment ? Les importations en Suisse de pièces de mouvements usinées en Asie sur commande de marques suisses ont explosé depuis la crise de 2008. Une part croissante des mouvements Swiss Made terminés en Suisse comportent un nombre grandissant de composants réalisés en Asie, quelque part en Shenzhen et Bangkok. Cherchez l'erreur...

À force de finasser sur les 50 %, 60 %, voire même 80 % (pour les ultras) de la valeur nécessaire à une montre suisse pour bénéficier du Swiss Made, le conseil fédéral a surtout révélé au monde entier un des nos secrets les mieux cachés : une montre suisse peut ne quasiment rien avoir de suisse pourvu que quelques composants – plus coûteux que les autres – le soient. Pour n'importe quel amateur de montres dans le monde, le label suisse est une garantie géographique, non un critère comptable. C'est un peu comme si on disait qu'une bouteille de vin devient du bordeaux dès lors que son bouchon et son étiquette sont réalisés à Bordeaux. Cherchez l'erreur...

Dans l'affaire de la fraude chevaline franco-européenne, bien plus que le sentiment d'avoir été dupée, c'est bien la révélation de tous les trafics commerciaux transfrontaliers qui a choqué l'opinion. Dans le cas suisse, on imagine – campagnes publicités à l'appui – de paisibles artisans dans leurs vallées, mais la globalisation de l'économie horlogère fait travailler des robots d'usinage en Chine, des tourneurs-fraiseurs en Malaisie, des polisseuses en Thaïlande et des selliers en Indonésie bien plus que des horlogers-paysans dans le canton de Neuchâtel. La majorité des employés du Swatch Group ne sont pas basés en Suisse : cherchez l'erreur...

On ne manipule plus les opinions publiques comme autrefois. Au premier soupçon de fraude chevaline (qui ne posait aucun problème de sécurité sanitaire), les Anglais, mais aussi les Français et tous les Européens ont cessé leurs achats de plats cuisinés : pas question de se faire avoir ! Que se passerait-il si l'opinion publique – les amateurs, les clients, partout dans le monde – découvrait que les montres suisses n'ont plus grand-chose de suisse ? Les consommateurs réagiraient-ils différemment des amateurs de lasagnes ? Après tout, il y a tromperie sur la recette quand on se flatte d'un Swiss Made qu'on ne mérite pas géographiquement, à défaut de le mériter administrativement...

Le jour où un demi-milliard d'internautes chinois s'éveilleront et se passionneront pour le scandale des montres suisses qu'on leur vend à prix d'or, alors qu'elles sont en grande partie nées loin des montagnes suisses, ce jour-là, l'horlogerie suisse tremblera...

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