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30 août 2012

POURQUOI UN TEL MÉPRIS DE GENÈVE POUR SES HORLOGERS ?

Réflexions intempestives en traversant le nouveau pont Hans-Wilsdorf : pourquoi Genève est-elle un tel désert pour évoquer les horlogers dont elle semble si fière dans ses discours officiels ? Je t'aime, moi non plus...

Rolex, pont Hans-Wilsdorf, Grand Prix d'Horlogerie de Genève, Observatoire de Genève, Poinçon de Genève, Merck Serono, Vacheron Constantin, Patek Philippe,




C’est la ritournelle convenue à chaque événement horloger qui se tient à Genève en présence d’une quelconque autorité officielle. On nous raconte que Genève est « le-premier-canton-horloger-suisse » (ce qui est faux, c’est le troisième en termes d’emploi et le quatrième en termes de marques actives). On nous jure que Genève est « la-capitale-internationale-de-l’horlogerie » (vœu pieux qui n’engage que ceux qui y croient)…

Drôle de « capitale horlogère », qui n’a pas baptisé une seule rue au nom de ses horlogers les plus célèbres ! On objectera qu’il y a désormais un « pont Hans-Wilsdorf », mais cet hommage (85 mètres !) au fondateur de Rolex est une initiative personnelle et privée des propriétaires de la marque Rolex – ce qui a d’ailleurs permis à ce pont d’être jeté sur l’Arve et terminé dans un temps record qui fait honte aux interminables lenteurs genevoises dès qu’il s’agit de travaux publics…

Ne serait-il pas temps, aujourd’hui, de donner à l’un ou l’autre des quais de l’Île – le nom de Jean-Marc Vacheron ou celui de François Constantin ? Ne serait-il pas temps de dédier, quelque part dans Genève, un lieu à la mémoire d’Antoine Norbert de Patek ou à celle de Jean Adrien Philippe ? On ne cite ici que des gloires des XVIIIe et XIXe siècle, dans une cité qui n’a pas le moindre mail en l’honneur de ses horlogers les plus fameux, pas même la moindre promenade dédiée aux créateurs de montres en général. À quand une allée avec des étoiles, comme sur Hollywood Boulevard ?

Drôle de « capitale horlogère » qui se flatte de son « Grand Prix d’Horlogerie », mais qui n’a jamais alloué un centime de ses budgets culturels pour doter dignement telle ou telle récompense décernée pendant ce « Grand Prix »…

Drôle de « capitale horlogère » qui n’a même pas de musée d’horlogerie ouvert au grand public ! Drôle de « capitale horlogère » qui n’est pas capable de rouvrir l’Observatoire de Genève pour des certifications chronométriques genevoises – ce qui oblige les marques genevoises à faire certifier la précision leurs montres… en France, à l’Observatoire de Besançon !

Drôle de « capitale horlogère » qui n’a pas eu l’idée de transformer le site Merck Sereno en pôle horloger, pour y favoriser de nouvelles implantations de grandes et de petites marques, pour en faire une pépinière de jeunes talents et pour y attirer des marques extérieures à Genève. Un peu de sang neuf venu des cantons limitrophes éviterait la tragique consanguinité d’une endogamie genevo-genevoise encouragée par les bureaucraties municipales…

Réserver le « Poinçon de Genève » – excellent label de qualité, par ailleurs – aux seules marques de Genève, c’est organiser les jeux Olympiques de Londres pour les seuls athlètes londoniens. C’est destiner les Vingt-Quatre Heures du Mans aux seuls équipages manceaux. C’est ne qualifier pour le tour de France que les seuls cyclistes français : on est sûr de voir gagner les régionaux de l’étape, mais ce n’est sans doute pas une idée d’avenir pour s’imposer en référence internationale…

Dès qu’on débouche le champagne, il y a toujours un élu genevois avec huissier, bicorne et armes de la ville pour flatter les horlogers, et pour se flatter simultanément des emplois qu’ils créent ou des taxes dont leurs marques s’acquittent. En revanche, dès qu’il s’agit d’avoir des idées pour consolider sur le terrain – dans l’espace urbain comme dans les initiatives – cet ancrage horloger, c’est le grand désert des Tartuffes ! Plus personne : plus le moindre tic-tac dans le cœur des autorités. Je t'aime, moi non plus...

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