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11 janvier 2010

Genève n’aime pas l’horlogerie en toutes lettres

 

Genève en toutes lettres.jpg

Le designer lausannois Nicolas Le Moigne avait conçu une horloge pas comme les autres pour Genève : les monuments historiques l’ont fait retirer. Parce qu’elle était trop créative ?


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Depuis des siècles, les horlogers rêvent d’écrire l’heure autrement. Dès que le musée d’horlogerie de Genève sera réouvert (au XXIIe siècle sans doute, mais on espère avant...), on pourra y découvrir de multiples tentatives, au cours des trois derniers siècles, pour se passer des aiguilles tout en donnant l'heure.


Le designer lausannois Nicolas Le Moigne a imaginé, de son côté, non plus afficher le temps, mais l’écrire. Son chronographe – au sens strict : « qui écrit le temps » – est une horloge sans aiguilles, où on peut lire l’heure au lieu de la calculer de façon abstraite, en fonction d’un angle entre deux aiguilles sur un cadran. « Il est huit heures une », « Il est neuf heures deux », et ainsi de suite à chaque minute, tout au long de la journée.


L’idée est de transcrire l’heure en toutes lettres, et non plus en chiffres ou en codes géométriques successifs, grâce à une horloge publique qu’on se trouverait ainsi forcé de lire au lieu de la consulter d’un simple regard. Le mécanisme reprend le procédé d’affichage des horaires dans les gares et les aéroports.

 

Il s'agit d'une perception réelle et intelligible – et non plus simplement instinctive – de l'heure. Soit, pour chacun d'entre nous, une forme de réappropriation personnelle d'un temps qu'on peut mieux savourer en le formulant en mots plutôt qu'en sensations fugaces : que de fois faut-il à nouveau regarder à nouveau sa montre (sur laquelle on vient de jeter un oeil) quand un voisin vous demande l'heure ?


A l’origine, l’horloge de Nicolas Le Moigne devait être apposée place Neuve, à Genève, du côté des anciens remparts de ville. Le comité des Monuments historiques a décidé de la retirer « pour ne pas dénaturer le mur de pierres ».

 

On jugera de cette offense au patrimoine historique genevois sur la photo ci-dessus (d’autres images sont à découvrir sur le site de Nicolas Le Moigne : cliquez sur « public clock »). L'opération était en tous points réversible et définitive, tout étant non invasive et non destructive. L’horloge semble aujourd’hui stockée rue du Stand, dans un des locaux administratifs de la ville, en attendant une délibération qui permettra de la fixer définitivement sur un des murs d’une des universités de la ville, à une date indéterminée.


Genève et son rapport à l’horlogerie : un dossier plus que complexe ! On semble accepter plus facilement les images des horlogers classiques – que d’affiches de montres à la veille de plusieurs salons horlogers ! – que les idées des horlogers créatifs. Les marques commerciales sont mieux traitées que les créateurs indépendants. On préfère se rassurer avec des aiguilles plutôt que de prendre des risques avec les lettres : vieille querelle que celle de la machine et de l’intelligence...

 

 

 

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