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04 janvier 2010

La croix suisse dans le collimateur des méchants

 

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Des mésaventures – parfois violentes – qu’une plaque d’immatriculation suisse peut provoquer hors de Suisse...


En France, tout Français qui se présente avec des écussons suisses sur sa plaque d’immatriculation passe immanquablement pour un « réfugié fiscal » (dans le meilleur des cas) ou pour un délinquant financier (dans l’opinion commune). Pour entamer la seconde décennie du XXIe siècle, les idées reçues se portent mieux que jamais. Cette quasi-dénonciation publique est agaçante à la longue, mais supportable...

 

En Espagne, ces mêmes écussons suisses sont un clignotant d’alerte pour les pirates de l’autoroute. Retour de vacances méditerranéennes, avec les sièges arrière encombrés de sacs de voyage et de vêtements chauds pour le retour au centre de l’Europe. Sur le périphérique qui contourne Barcelone, la berline familiale poursuit sa remontée vers la froidure. Madame au volant, Monsieur qui somnole paisiblement sur le siège passager.

 

Tout à coup, un bruit épouvantable de tôle choquée, comme si la voiture avait heurté un objet ou perdu un enjoliveur, voire une pièce mécanique. Immédiatement, une autre berline (immatriculée en Espagne) se porte à votre hauteur, avec un homme qui gesticule sur le siège avant pour attirer votre attention sur quelque chose à l’arrière de la voiture. Dans un état proche de l’hystérie, il vous transmet un sentiment d’urgence et il vous fait signe de vous arrêter et lui-même stoppe un peu plus loin sur la bande d’arrêt d’urgence. Abasourdis, un peu inquiets, mais polis et courtois, vous vous faufilez sur le bas-côté pour vous garer derrière lui. Il s’est passé quinze secondes depuis le bruit qui vous a réveillé et alerté...

 

Vous descendez de la voiture en même temps que le passager espagnol gesticulateur. Le conducteur de la berline espagnole reste au volant. Le moins qu’on puisse dire est que ce passager – apparemment le seul à accompagner le conducteur – semble très énervé, que son castillan est difficile à interpréter tellement il parle vite et qu’il a tout d’une caricature de latino-américain : physique râblé, légère obésité, visage grêlé, teint mat. S’il ne portait pas de lunettes de vue, il ferait un très beau figurant dans les superproductions d’Hollywood sur les trafiquants de cocaïne colombiens.

 

Toujours aussi hystérique, il vous entraîne à l’arrière de la voiture, du côté de la roue arrière gauche, pour vous démontrer quelque chose que vous ne comprenez pas. Il s’agit seulement d’attirer votre attention sur le sol. Soudain, à la limite du champ de vision du malheureux automobiliste ainsi ébranlé par la soudaineté de l’événement, deux autres hommes surgissent de la berline espagnole, qui vient de reculer, comme pour vous empêcher de redémarrer. L’un des hommes – même type que le précédent – se place à la hauteur du volant de votre voiture, pour tenter (en vain) d’en ouvrir la portière. L’autre – tout aussi « Colombien » d'allure – se glisse le long des rails de sécurité pour entrer dans la voiture par la porte avant que vous aviez laissé ouverte. Et votre fils est à l’arrière !

 

En un instant, la situation se tend. Flash de lucidité sur des histoires de pirates de l’autoroute entendues en France. Vous savez que la porte côté volant est fermée, votre femme semblant trop choquée pour l’ouvrir. Vous laissez tomber toute tentative de dialogue avec le Sud-Américain hystérique pour vous précipiter au secours de votre fils. Le temps de contourner la voiture pour vous porter à la hauteur de la portière de votre fils, les trois pirates s’enfuient, l’un deux emportant le sac de voyage de votre femme, arraché sur le siège arrière. Leur berline démarre immédiatement. Le temps de noter son numéro d’immatriculation, elle disparaît à toute allure dans une sortie d’autoroute située à 300 mètres. Inutile d’entamer la poursuite : tout le monde est en état de choc. L’attaque a duré moins de quinze secondes, soit tout juste une demi-minute pour toute la durée de l’agression...

 

La police espagnole nous expliquera plus tard que la voiture avait été volée quelques heures plus tôt, que ces pirates de l’autoroute sont bien connus (il existe, dans les locaux des policiers, d’épais dossiers photographiques sur bon nombre d’entre eux, à peu près tous originaires d’Amérique du Sud), mais que les juges les relâchent trop souvent faute de preuves...

 

La technique est imparable. Il s’agit généralement de repérer une grosse voiture immatriculée à l’étranger, de retour sur la route des vacances, avec une prédilection pour les Suisses, réputés « plus riches », avec des sièges arrière mieux garnis. La grosse berline des pirates – choisie parmi les plus rapides du marché (Mercedes, Audi, etc.) – s’approche par l’arrière. Un des pirates projette une pierre sur la vitre arrière de la voiture attaquée, qui éclate, forçant la voiture à s’arrêter de toute urgence avec ses passagers légèrement paniqués et déboussolés par les gestes du pirate sur le siège de droite. Les deux pirates assis à l’arrière restent invisibles. Dès que les deux voitures sont arrêtées sur la bande d’arrêt d’urgence, celle des pirates empêchant celle des victimes de repartir, il ne reste plus aux attaquants qu’à piller les sièges arrière par la vitre éclatée ou à vider le coffre en un clin d’œil. Coup de chance dans notre cas : le pare-brise arrière a résisté et la pierre n’a fait que rebondir sur la tôle du coffre. Le verrouillage automatique des portes a garanti les « Suisses » contre la fin programmée du scénario : l’éjection pure et simple des passagers et les pirates qui repartent au volant de votre voiture, vous abandonnant sur le bord de l’autoroute !

 

Il ne reste plus qu’à contacter la police locale, qui mettra tout de même une demi-heure pour arriver, et trois heures pour établir une déclaration de vol pour laquelle il faudra essayer de se souvenir de tout ce qu’il pouvait bien avoir dans le sac de voyage volé, des clés du domicile genevois au téléphone portable, en passant par le portefeuille, les papiers d’identité, quelques bijoux, des montres, un iPod et toute la bimbeloterie électronique que traîne chaque Européen en paix avec sa conscience. Sans parler des nombreux coups de téléphone immédiatement passés pour neutraliser les cartes de bancaires, les chéquiers, les téléphones et tout le reste.

 

Moralité : en cas d’attaque de pirate, l’essentiel est de conserver son sang-froid, sans céder à la panique que les agresseurs tentent de propager. Recouvrir de vêtements ou de couverture les sacs de voyage placés à l'arrière, surtout s'il s'agit de bagages de marque facilement reconnaissables. Conserver sur soi, et non dans ces vêtements, téléphones et portefeuilles. Savoir que ces attaques sont fréquentes – aveu terrible de la police barcelonaise ! – est déjà un facteur de réassurance. Ensuite, quel que soit l’incident (vitre éclatée ou « caillassage » de la voiture), tenter de ne pas s’arrêter sur place et gagner autant que possible un lieu plus fréquenté qu’une bande d’arrêt d’urgence. Maintenir verrouillées les portières et – c'était une erreur de notre part ! – les reverrouiller dès qu’on doit quitter la voiture. Avoir impérativement sur soi, dans chaque pays traversé, les téléphones d’urgence de la police locale (l’équivalent du 117 en Suisse), pour éviter d’avoir à les chercher dans la panique. Ne pas sentir un devoir de courtoisie obligatoire vis-à-vis des autochtones qui gesticulent pour vous obliger à faire quelque chose : au contraire, user de méfiance et de circonspection.

 

Dure à porter, la croix suisse, surtout dans les pays de l’Europe latine !

 


Commentaires

Et si vous ne désirez pas vous faire dépouiller un peu plus, changez votre "photo" de profil. En effet, les éditions Moulinsart ne rigolent pas du tout avec l'usage des images de Tintin. Dans le meilleur des cas, c'est le courrier avec intimation de retrait d'image, dans le pire ces gens-là - qui ne sont pas des tendres - peuvent vous réclamer une grosse somme.
Voilà, c'est juste un conseil pour bien commencer l'année...

Écrit par : Zorg | 04 janvier 2010

et avec des pauvres plaques françaises à genève... qu'arrive-t-il à votre pauvre véhicule...?

Écrit par : matthieu | 04 janvier 2010

Le numéros d'urgence international, c'est le 112. Cela marche dans toute l'Europe.
Et à titre personne, c'est à Paris que j'ai eu des problèmes avec ma plaque suisse qui attirait tout les malfrats du quartier qui "rôdait autour". Seul solution : un parking privé souterrain, gardé et cher niveau tarif horaire.

Écrit par : Antipathique | 04 janvier 2010

Rien de bon j'en ai bien peur.

Écrit par : nilton | 04 janvier 2010

De 1971 à 2005, j’ai passé pour raisons professionnelles près de 20 ans en France en quelques séjours. Depuis mon départ en retraite je réside plusieurs mois par an en Bourgogne. Je pense que les Genevois devraient enfin réaliser que les Suisses ne sont pas la principale préoccupation des Français. A 200kM de Genève, les habitants de la petite ville bourguignonne d’où je poste aujourd’hui n’ont rien à faire de la Suisse et de ses habitants.
Avec mes plaques neuchâteloises, je n’ai jamais subi une quelconque menace mais c’est vrai, je ne roule pas en grosse berline allemande. J'ai souvent constaté qu'il est plus facile de circuler avec des plaques suisses dans Paris qu’avec des plaques françaises (ou neuchâteloises) dans Genève surtout lorsque l’on cherche son chemin. En près de 40 ans, la tolérance et la courtoisie au volant sont parties de Genève vers Paris où la conduite est devenue plus résignée.
La réputation de la Suisse s’est beaucoup transformée depuis 1971 auprès des quelques Français intéressés par notre pays, donc peu de monde. Les autres, connaissent Federer et à l’instar de nombreux Suisses, ignorent l’existence de Merz.
Les Genevois considèrent souvent la ‘’France voisine’’ comme étant représentative de toute la France et à contrario la ‘’Suisse voisine’’ est représentative de toute la Suisse pour bien des frontaliers français. Cette théorie s’avère très vite fausse dès que l’on s’éloigne des frontières.

Écrit par : Zea71 | 05 janvier 2010

La Catalogne est une région dangereuse. En 2003, je participais à un séminaire international à Lloret de Mar. Lors de mon arrivée à l'hôtel (15:00 heures = siesta) je n'ai vu que la réceptionniste. Elle m'a demandé de payer ma chambre à l'avance. J'ai ouvert mon porte-document avec une enveloppe contenant mes EUROS pour mon séjour. Je suis monté en chambre, déposé ma valise et mon porte-document. Puis je me suis rendu dans un café situé en face de l'hôtel pour manger un morceau. Après 45 min je suis rentré. J'ai voulu prendre mon PC dans mon porte-document et j'ai constaté que la serrure avait été forcée. Mon enveloppe avait disparu (2 mille EUROS) mais rien d'autre n'avait été emporté.
La police a mis du temps à venir sur les lieux, l'hôtel ne voulant pas l'appeler (je ne parle pas espagnol). Lorsque la Guardia Civil est arrivée ils ont d'abord mis en doute mes allégations. Pas d'effraction à ma porte, pas de témoin...heureusement qu'il y avait la serrure éventrée de mon porte-document. La réceptionniste a en outre refusé de confirmé que je m'étais rendu au café d'en face. J'ai informé les responsables du séminaire que l'hôtel qu'ils avaient choisi était peu digne de confiance. J'ai quitter ce pays de brigands et n'ai pas participé à ce séminaire.Viva Espagna !

Écrit par : R2D2 | 05 janvier 2010

Ecrit par : Zea71 | 05 janvier 2010
Un hôtel une région, ça ne représentant 45 millions d'habitant tout même, la catalogne est un monde à part, il refuse tout qu'il n'est pas catalan, il appelle ça "la normalisation linguistique ". A Paris on ma piqué ma voiture, plaque 64 et je suis resté convaincu que les 66 millions d'habitant en France, tous confondu sont digne de confiance...vive la République l'ami

Écrit par : jorge | 07 février 2010

Waw, j'apprécie votre travail, grand merci de partager les astuces et je suis entièrement d'accord avec vous. J'insiste, oui votre blog est vraiment bien bon, il me faut maintenant parcourir de toute urgence le reste de votre blog. NB : J'attends avec impatience la suite !

Écrit par : Boutique Tennis | 11 mai 2010

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