UA-68817146-1

09 mai 2009

BIAIS MARIN

 

OKALYScouchersoleil.jpg

On se demande ce qui peut pousser les plus grands marins du monde à partir à l’abordage de la Nautique de Genève. Premiers assauts ce week-end avec le Grand Prix Corum : mais qu'est-ce qu'ils ont tous à vouloir tremper leur maillot dans le Léman ?



Ces Genevois ne cessent de m’épater.

Surtout quand ils se mêlent de jouer les hardis navigateurs. En toute logique, faute d’accès à la mer, rien ne destinait les riverains lémaniques à devenir des grands marins. Condamnés à ricocher de rive en rive au gré des vents, ils n’ont guère l’occasion de développer cette rugueuse expérience de la mer et des flots que beaucoup de jeunes Français acquièrent dès leur plus tendre enfance aux « moussaillons » (écoles de voile) ou aux Glénans.

On comprend donc mal comment la Société nautique de Genève a pu se retrouver détentrice de l’America’s Cup – le plus prestigieux trophée vélique du monde – et encore moins comment elle a pu le gagner deux fois de suite. On a également du mal à prendre au sérieux les grands « voileux » suisses qui émergent régulièrement dans les grandes courses autour du monde (Ravussin, Wavre, Stamm et leurs copains), mais ils parviennent à imposer leur style et leur accent romand.

On a tort d'ironiser et on se tromperait sur toute la ligne en négligeant la passion nautique de Suisses proportionnellement mieux amarinés que les Français. Passion qui s’exprime à travers l’ouverture de la saison sur le Lac et les régates du Grand Prix Corum de ce week-end.

Encore plus fort, précisément : les Genevois ont réussi à inverser les polarités en attirant dans la rade des marins venus du monde entier et en construisant des bateaux  – les Décision 35, ces Formule des plans d’eau fermés – capables de rivaliser en finesses de régate avec les meilleurs voiliers du monde. D35 qui sont des bateaux privés, construits par une banque de propriétaires privés qui voulaient régater ensemble sans course à l'armement : une sorte de démocratie nautique, finalement très suisse, avec ce qu'il faut d'initiative privée, de capitalisme vertueux et d'indépendance d'esprit !

Deux équipages Alinghi, c’est mieux qu’à Valence ! Et c’est même stratégique, puisqu’on sait que la prochaine America’s Cup, toujours troublée par d’incompréhensibles disputes judiciaires autour du règlement, devrait se courir en multicoques : les D35 de Genève seront cette année les… Optimist de la Class America…

A la Nautique, où on croise de nombreuses stars internationales des courses à la voile, on se croirait sur les pontons des Sables-d’Olonne ou à l’embouchure de la Penfeld un jour de grand départ : on ne s’attend pas à croiser un Franck Cammas habitué à de plus grands horizons océaniques, ni à voir Loïck Peyron prendre la barre du Décision 35 d’un propriétaire local, ni même Alain Gautier tenter d’améliorer sur le Léman son palmarès international. J’imagine que les petits « régionaux de l’étape » – le sympathique équipage purement lémanique de Steve Ravussin – ont le grand frisson de tirer des bords à leurs côtés.

Le plus amusant ? Derrière ces vedettes internationales [j’ai oublié Karine Fauconnier et son équipage de filles sur Lady Cat], les D35 de ce week-end embarquent de nombreux équipiers de la région, Suisses ou non-suisses. Ils ont tous signé pour les neuf manches du Challenge Julius Bär. J’ai pu monter à bord d’Okalys-Corum, propriété d’un groupe immobilier genevois : derrière Loïck Peyron, un équipage de passionnés qui ne sont pas des professionnels de la régate, mais des amoureux de la compétition dont le palmarès est éloquent. L’hiver, ils sont banquier, agent immobilier ou chercheur en physique. La saison vélique les retrouve tacticien, régleur ou wincheur.

Voici une quinzaine d’années, voir Genève se prendre pour une grande étape océanique aurait fait hurler de rire le mundillo de la voile. Deux Coupes de l’America plus tard, grâce au piment d’une poignée de Décision 35, c’est à Genève que les plus célèbres skippers se retrouvent pour quelques galops d’essai. Plus de 500 bateaux sont inscrits pour disputer le Bol d’or Mirabaud, en juin : qui dira que la voile n’est pas une passion populaire chez les Helvètes ? L’histoire manque un peu cruellement de grands amiraux suisses, mais le pavillon de la Nautique est respecté sur toutes les mers.

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

Commentaires

Je voudrais me baigner a Geneve.

Écrit par : Canadian @ cheap phone cards | 04 janvier 2010

Les commentaires sont fermés.