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26 novembre 2008

CHAUFFE, MARCEL !

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Ces Genevois ne cessent de m’épater.

Surtout par l’esprit tâtillon qu’ils peuvent mettre dans les choses les plus élémentaires. Dans n’importe quelle rue de Genève, la moindre gargote, fût-elle la plus infâme, peut proposer à ses clients, en terrasse, ces « champignons » chauffants qui rôtissent...

Ces Genevois ne cessent de m’épater.

Surtout par l’esprit tâtillon qu’ils peuvent mettre dans les choses les plus élémenaires. Dans n’importe quelle rue de Genève, la moindre gargote, fût-elle la plus infâme, peut proposer à ses clients, en terrasse, ces « champignons » (chauffants) qui rôtissent les oreilles en laissant les orteils gelés. C’est mieux que rien au moment que le froid commence à pincer. On trouve ces parasols chauffants n’importe où dans Genève, et même dans des galeries marchandes couvertes [rue de la Confédération]. Partout, sauf... en Vieille-Ville, où ils semblent proscrits !

Pourtant, le moindre rayon de soleil est bon à prendre dès qu’il peut disperser les nuages de cet automne précocement glacial. Place du Bourg de Four, on peut s’emmitoufler dans une couverture en polaire, mais pas question de profiter du grand air pour déguster son expresso ou son chasselas dans la douce  chaleur d’un brasero mobile. On a beau être en terrasse, sur une des plus belles places de Genève, pas le moindre lampadaire à infra-rouges pour esquiver un baromètre défavorable.

Au nom d'une certaine conception esthétique de l'espace urbain, ces parasols chauffants semblent prohibés par d’obscurs réglements municipaux, qui tolèrent, en revanche, sur la même place du Bourg du Four, une hideuse cabane de chantier pour faire rôtir des marrons, d’horribles bacs à fleurs en béton granuleux, des bacs à journaux d’une laideur grave [couvertes d’affiches plus racoleuses les unes que les autres] et de lamentables parasols publicitaires.

Oui à la pluie, non au soleil : difficile à admettre dans l’habituelle grisaille genevoise ! Rien n’est plus triste, aujourd’hui, que ces terrasses ensoleillées, plantées dans un pittoresque paysage urbain mais désertées pour cause de bise un peu trop incisive...

Je sais bien que ces « champignons » dépensent beaucoup de carburant fossile pour un rendement énergétique médiocre : dans ce cas, qu’on les interdise partout, au nom d’un intégrisme écologique qui appellera d’autres proscriptions !

S’agit-il de repousser les clients vers l’intérieur ? Le nombre de places offertes n’y suffirait pas. Le flou sur les lois anti-tabac garantit aux frileux des poumons embrumés par des fumeurs qui seraient sans doute plus à l’aise en terrasse, pourvu qu’on leur tiédisse douillettement l’occiput. De toute façon, les bistrotiers facturent lourdement les consommations à l’extérieur. Ils auraient donc intérêt à créer de belles terrasses éphémères, qui proposeraient ainsi une halte recherchée pour un dernier verre en Vieille-Ville : quelques ampoules coloriées et l’illusion de la trattoria serait parfaite.

A l’hôtel de ville, pas la moindre précision sur ces réglements d’urbanisme. Toujours ce flou suisse dans des interdits allégués, mais oubliés, avec des règles jamais clairement établies, ni surtout franchement justifiées. On condamne sans vraiment prohiber. C'est subtil. Phobie d’une tiédeur qui pourrait ramollir les énergies citoyennes ou crainte de voir les esprits s’échauffer à l’ombre des calorifères ? La place du Bourg du Four devient le trou noir des incohérences urbaines d’un vieux Genève qui ne demande tout simplement qu’à revivre dans une rougeoyante convivialité thermique...

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

Commentaires

Personnellement, je trouve un peu absurde de chauffer dehors. Sauf évidemment si on est en pleine forêt. Mais cela ne peut être que provisoire. Même en forêt, on finit par se construire une petite cabane.

Avez-vous lu "Les Cavernes d'acier", d'Isaac Asimov ? On n'y vit plus que sous une chape énorme, le monde entier, ou presque, est devenu artificiel. Mais enfin, les saisons créent un cycle, un rythme en réalité indispensables à la vie. Personnellement, je trouve normal d'interdire de chauffer dehors. Les progrès matériels, s'ils ne s'accompagnent d'une conscience morale accrue, conduisent à des catastrophes. Regardez le billet qui évoque la baisse de fertilité : pourquoi ne pas utiliser la chimie dans l'agriculture, s'est-on longtemps demandé ? Maintenant, on sait.

Écrit par : R.Mogenet | 26 novembre 2008

Chauffer, inutilement selon moi, des terrasses ou autres lieux extérieurs reflète bien la vanité de notre prétendue "civilisation". La dépense extraordinaire et tout-à-fait inutile d'énergie qui est nécessaire ne se justifie en rien, même pas par le confort de quelques privilégiés qui ont encore les moyens et le temps d'aller boire un café en terrasse en plein hiver.

Une partie croissante de la population ne peut plus se payer un café bientôt vendu à 4.50 le dé à coudre, alors que ceux qui le peuvent encore ont surement les moyens de s'acheter un manteau si ils ne se résolvent pas à se priver de leur café/terrasse, redevenu sans chauffage, pendant que des sdf crèvent dehors dans le froid. On pourrait peut-être utiliser les sommes économisées par le non-chauffage des lieux extérieurs pour aménager quelques abris pc, juste pour aider ceux qui en ont besoin à passer l'hiver.

Ou alors on va rester cons et égoïstes, tant qu'on y est chauffons toutes les rues pour que les dégénérés que deviennent les riches ne soient pas dérangés par le froid en hiver, et tiens, on va aussi les climatiser en été pour pas qu'il fasse trop chaud dans les rues basses...

Le plus grand tort de "l'humanité" (les gens, pas le journal hein) c'est d'essayer d'adapter son environnement à ses envies plutôt qu'à ses besoins, ou même carrément d'essayer de modifier son environnement plutôt que d'essayer de s'y adapter soi-même. Triste fin, les archéo-ethnologues du futur (si il en reste évidemment) n'ont pas fini de se creuser la tête devant les restes qu'on va leur laisser.

Écrit par : HomoSapiensImbecilus | 27 novembre 2008

Tous ces arguments ne sont pas faux : il est effectivement un peu absurde vouloir se chauffer les oreilles pour le plaisir d'un café en terrasse. Je vais essayer d'y penser la prochaine fois que l'envie me démangera, mais qu'est-ce que c'est bon de profiter d'un soleil timide pour oublier l'espace d'un instant notre soumission biologique à une nature qui aura de toute façon raison de nos petites manies.

Merci pour ce rappel de quelques principes élémentaires.

Écrit par : Paris-Gnèève | 27 novembre 2008

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