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24 novembre 2008

AMENDES SALÉES

interdiction de stationner.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Surtout par leur formalisme administratif. De retour à Genève après un voyage professionnel, une « prune » ! En argot parisien, une contravention ou, plus joli, une contredanse. C’est Ma première en ville, c’est assez trivial et, à vrai dire, dans ce cas précis, parfaitement justifié... je n’avais qu’à perdre mes réflexes parisiens, qui font qu’on a là-bas plus de chances qu'ici de passer entre les gouttes.

 


Ce qui m’étonne, c’est le document administratif qui accompagne la contravention. « Liste des amendes » : six pages d’interdictions diverses, avec les tarifs pour chaque article des « règles de circulation applicables aux véhicules en stationnement », du n° 200/a au n° 336. Evidemment, jamais l’Etat français ou les municipalités concernées ne m’ont ainsi informés dans le détail des règles à respecter : « Nul n’est censé ignorer la loi », affirme un vieux précepte français. Le soin mis à me prévenir cas par cas est déjà un bon point pour Genève.

En parcourant cette liste, je suis atterré par le nombre d’infractions potentiellement punissables au regard du droit genevois. Des actions simples, banales et quotidiennes, comme le fait de payer une seconde fois pour sa place de stationnement sans « avoir auparavant engagé de nouveau son véhicule dans la circulation » : au moins la moitié des automobilistes genevois seraient redevables de CHF 40 plusieurs fois par semaine. Même tarif pour ceux qui changent l’heure d’arrivée de leur disque de stationnement sans quitter la place.

La cascade des interdictions donne vite le tournis : défense d’oublier ceci, de gêner cela, de stationner là, de s’arrêter ailleurs, de ne pas observer tel signal ou d’abuser de tel autre. Vertige garanti à la fin des six pages et rendez-vous chez le médecin, pour cause de dépression post-automobile. Un bon conseil aux pilotes genevois : munissez-vous d’un grand mètre pliant [vous aurez à mesurer des distances de deux à cent mètres pour vérifier que vous respectez exactement les règles] et d’une horloge de précision [les tarifs des amendes varient selon la durée, donc vous aurez à calculer les heures en plus des distances]. Autre accessoire indispensable : de bonnes lunettes, voire des jumelles, pour détecter non seulement les signalisations, mais aussi les zones possibles d’interdiction – pas forcément matérialisées par des panneaux.

Même quand tout est parfaitement correct aux yeux de la loi, l’œil de lynx du préposé aux amendes peut vous écraser de sa supériorité autoritaire. Règle n° 317, CHF 40 : vous avez quitté le véhicule sans enlever la clé de contact (art. 22, al. 1, OCR) ! Ou bien la règle n° 319  [plus amusante parce que je me demande où est la balance de précision pour le pesage] : « Arrêter une voiture automobile lourde à moins de 100 m d’un passage à niveau fermé, hors d’une localité (art. 24, al. 1, OCR) [quand on vous disait qu'il fallait des jumelles pour vérifier, d'une part, qu'il y a ou non un passage à niveau et, d'autre part, qu'il n'est pas fermé. Ajoutez à la liste du matériel une balance au cas où votre véhicule serait trop lourd]...

Précision : il ne s’agit là que des régles concernant l’arrêt et le stationnement. Les règles applicables aux véhicules en circulation semblent beaucoup moins nombreuses, comme s’il s’agissait, en amont, d’encourager l’achat de véhicules automobiles [il faut bien faire marcher l’économie] et, en aval, de dissuader les automobilistes d’utiliser leurs voitures : à quoi servirait de circuler en voiture si on ne pouvait s’arrêter nulle part ? – à part, bien sûr, dans les parkings [la rentabilité de ces parcs est peut-être la vraie raison cachée de ces six pages de dissuasion]. Plus classiquement, j'ai quand même conscience qu'il s'agit de tirer le pigeon automobiliste dès qu'il s'installe derrière un volant : vecteur de libération personnelle, la voiture se mue en facteur permanent d'aliénation...

J’ai bien conscience qu’un peu plus de respect des règles ne ferait pas de mal aux anarchistes parisiens, tant pour les feux de la circulation que pour le stationnement ou pour la pratique du safari piétons sur les passages protégés. Tout de même, j’envie les Genevois de vivre sans stress intérieur dans une cité aussi hérissée d’infractions routières, instituées comme des couperets au-dessus de la tête [et du porte-monnaie] de chaque automobiliste. J’apprends tout de même qu’un bon quart de ces amendes ne sont jamais payées : sans doute des Français de France voisine...

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

Commentaires

"J’apprends tout de même qu’un bon quart de ces amendes ne sont jamais payées : sans doute des Français de France voisine..."

Il y en a probablement quelques uns, mais si ils viennent quotidiennement à Genève ils risquent de devoir payer de toute façon, bon gré mal gré. Mais on pourrait peut-être évoquer les "internationaux" et autres "diplomates" ce qui aiderait à comprendre un tel taux de non-paiement.

Et bien sur un paquet de genevois -qu'ils soient de souche, de coeur ou de fraiche date importe peu- qui ne peuvent pas ou ne veulent pas payer (selon les moyens).

Écrit par : Loto-mobile | 24 novembre 2008

C'est vrai : je m'étais étonné, ici même, des plaques d'immatriculation en arabe, à peu près opaques et indéchiffrables par le premier policier venu. Impunité assurée...

Écrit par : Paris-Gnèève | 25 novembre 2008

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