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17 novembre 2008

SI J’AVAIS UN MARTEAU...

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Ces Genevois ne cessent de m’épater.

Surtout quand ils s’emballent, l’espace d’un week-end, pour des ventes aux enchères de bijoux, de vins, de meubles et de montres tous plus désirables les uns que les autres. Quelle avalanche de merveilles ces temps-ci pour les candidats à une adjudication ou même pour les simples curieux ! Il faudrait pouvoir passer ses jours et ses nuits dans les palaces des bords du lac pour admirer tous les lots en exposition et suivre tous les lots, par goût ou par simple curiosité…

Il faudrait aussi louer des porteurs pour rapporter les catalogues à la maison : 2,350 kg pour le seul opus d’Antiquorum (730 lots), absolument passionnant, même pour des non-spécialistes, à peine moins pour Christie’s ou Sotheby’s. Chacun de ces catalogues est une leçon d’histoire. On découvrait chez Antiquorum quelques « trésors impériaux » : des montres réalisées pour le marché chinois de l’époque, c’est-à-dire l’empereur et ses proches. Montres vendues par paires [on était au moins sûr qu’une des deux marcherait, quelques années plus tard, en « cannibalisant » l’autre]. Ces paires de montres ont rarement survécu ensmble aux pillages, au sac du Palais d’été ou aux successions des pillards. Ce lot éztait donc une pièce de la plus grande rareté. Antiquorum présentait également une étonnante montre érotique à automates « chinois » en trois dimensions, assez expressive et attribuée à un certain Pierre Simon Gounouilhou, horloger genevois et « petit canaillou » dont le nom est à lui seul une promesse de polissonnerie…

On trouvera cette année une innovation mondiale : des enchères mi-physiques, mi-électroniques, avec la première vente d’une nouvelle maison d’enchères, Patrizzi & Co (dont le créateur est le fondateur d’Antiquorum), qui procèdera à quatre ventes simultanées, dans autant de « salles » virtuelles en ligne, mais on pourra aussi suivre les enchères en temps réel dans une vraie salle de l’hôtel Richemont. Prière de se munir d’un ordinateur puissant pour suivre ces enchères en ligne en temps réel ! Mais, attention : ces ventes multi-salles se font sans commission : on ne paye que le prix annoncé au coup de marteau, sans commission de ceci et sans taxe de cela, voire sans TVA du tout pour les acheteurs non-suisses [les amateurs et les marchands du monde entiers'en pourléchaient les babines].

En tout, Genève devrait disperser ces jours-ci près de 2 500 montres, des centaines de carats en diamants et en pierres précieuses, des pièces de joaillerie arrachées aux coffres-forts des anciens grands de cette terre, des hectolitres de grands crus, des camions de meubles design, avec des prévisions de ventes qui avoisineraient les 150 millions de francs s’il n’y avait pas cet impondérable aléa qu’est la crise des finances pour les uns et la crise de confiance pour les autres…

Dans certaines salles, on ne vendait qu’un lot sur deux. Dans d’autres, les enchères crevaient le plafond des estimations : un honorable milliardaire chinois a ainsi racheté pour 2,2 millions de francs (,6 millions avec les commissions) le cadeau royal du souverain britannique George III à son impérial cousin Jiaqing, empereur de Chine en 1816. Impossible de savoir par quel miracle – rapine ou trafic ? – cette paire de montres émaillées s’est retrouvée dans une vente aux enchères Antiquorum : on la voit ci-dessus dans son écrin d'origine, avec  – autre rareté – sa clé de remontage d'origine : notez la gravure émaillée en symétrie inversée de ces deux montres…

Apparemment, les Genevois n’ont pas perdu confiance et ils ont fait fête à ce rendez-vous automnal de grand luxe. Même si ces enchères sont loin de concerner tous les Genevois, elles font circuler une électricité particulière autour du lac, et cette animation se ressent dans les restaurants et chez les commerçants. Au total, tout le monde se félicitait de résultats qui auraient été médiocres voici un an, mais qui ont pour l'instant permis de sauver la face : les lots très intéressants se sont très bien vendus, au-delà même de l'estimation ; les lots moins passionnants n'ont passionné personne et on été ravalés sans autre forme de procès [repris par la maison d'nchères sans être vendus].

C’est décidément une donnée permanente dans cette métropole lémanique, et cela explique peut-être une sérénité mentale héritée de cinq siècles de « neutralité » : même si la planète croule et si les places boursières s'écroulent, les capitaux affluent à Genève, du monde entier, au rythme sourd des marteaux qui dispersent et recomposent à l’infini les fortunes d’un siècle désormais globalisé…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

Commentaires

merci pour intiresny Dieu

Écrit par : Nina_Tool | 19 septembre 2009

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