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13 novembre 2008

DÉCOTE DU RHÔNE

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Ces Genevois ne cessent de m’épater.
Surtout quand ils s’acharnent à gâcher les atouts naturels dont ils disposent ! Prenons le cas de la fameuse rue du Rhône, qui est une des premières concentrations mondiales de boutiques de luxe, une sorte de Ginza (Tokyo) à l’échelle européenne, une avenue Montaigne qui serait taillée comme une rue du Faubourg Saint-Honoré (Paris), un via Montenapoleone (Milan) sans scooters pétaradants, une Madison Avenue (New York) sans les buildings, un Mall of Emirates (Dubai) à ciel ouvert…


Ces Genevois ne cessent de m’épater.

Surtout quand ils s’acharnent à gâcher les atouts naturels dont ils disposent ! Prenons le cas de la fameuse rue du Rhône, qui est une des premières concentrations mondiales de boutiques de luxe, une sorte de Ginza (Tokyo) à l’échelle européenne, une avenue Montaigne qui serait taillée comme une rue du Faubourg Saint-Honoré (Paris), un via Montenapoleone (Milan) sans scooters pétaradants, une Madison Avenue (New York) sans les gratte-ciels, un Mall of Emirates (Dubai) à ciel ouvert…

Prenons quelques affirmations classiques [vraies ou fausses, peu importe] : « Genève, capitale internationale du luxe », « Genève, métropole horlogère mondiale », « Genève, paradis le plus sûr pour les grandes fortunes de cette planète », etc.

Maintenant, la réalité de la rue du Rhône : des trottoirs défoncés ou vaguement retapés avec des planches mal équarries, des travaux d’urbanisme qui encombrent les trottoirs de barrières et qui laissent les pelleteuses trôner devant les vitrines des marques de prestige, un éclairage public de chantier industriel, des galeries marchandes aux reflets jaunâtres, quelques concentrations de poubelles en plastiquer, des graffiti faussement branchés taggés par d’improbables artistes, des voitures parquées au petit bonheur et des câbles d’alimentation du tramway qui quadrillent le ciel…

Pas terrible pour une des rues horlogères et joaillières les plus recherchées du monde. Pas le moindre effort dans le mobilier urbain [de toute façon, il n’y a pas la moindre trace], ni les parures végétales : quelques rares boutiques (Breguet, entre autres) sont ornées de plantes vertes en pots, merci à elles pour cet effort d’allègement. Pas le moindre projet d'aménagement et de valorisation, ni seulement d'embryon de mise en place d'une identité visuelle. Pas le moindre réflexion urbanistique dans la conception des trottoirs, la qualité du revêtement routier, la gestion de l’espace public ou l’animation d’un quartier unique au monde. Pas la moindre règle concernant l’affichage, la signalétique, l’anarchie des néons ou la plus simple harmonisation des façades [on voit indifféremment des arrière-boutiques qui tournent le dos à la rue voisiner avec des vitrines griffées] ? Actuellement, pas la moindre guirlande pour annoncer les fêtes de fin d’année…

A la tombée de la nuit, c’est encore plus triste. D’une part, ces boutiques de luxe ferment tôt [une manie genevoise]. D’autre part, leurs vitrines se dépouillent généralement de leurs trésors, soigneusement à l’abri dans des coffres. Ne subsistent que des rideaux de fer baissées, des écrins vides, des boutiques obscures et, dans le halo blême des réverbères d’usine, la grande solitude du shoppeur de fond coincé entre béton et bitume. Une rue fantôme, alors qu’on aimerait y faire une promenade d’après-dîner…

Je sais bien qu’il n’y a pas que le luxe dans la vie, mais je sais aussi que les industries du luxe, qui représentent 7 % de tous le emplois genevois et qui assurent 20 % de la prospérité du canton, ont choisi la rue du Rhône – ne me demandez pas pourquoi – pour s’afficher aux yeux du monde et proposer aux plus riches les clés d’un certain bonheur. Autant bien faire les choses et, puisqu’une tradition des métiers du luxe s’est imposée dans cette rue, autant leur proposer un cadre digne de ce nom.

Pour ce que je peux en connaître, les boutiques parisiennes de la place Vendôme, de la rue Royale ou de l’avenue Montaigne [pour ne citer que des « ghettos de luxe »] ont monté de puissantes associations, qui mènent la dragée haute à la Ville de Paris en matière de décoration ou d’animation. Ce n’est pas demain qu’on verra une révolte ouverte rue du Rhône. Dommage, remarquez : imaginez une barricade de sacs Kelly chez Hermès, des pavés en écrins rouges chez Cartier, de la mitraille en diamants chez Boucheron, des boîtes de caviar pour bombarder les gendarmes ou des drapeaux séditieux en cravates griffées Louis Vuitton !

La Genève calviniste préfère râler sur le pas de sa porte contre ses élus…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

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