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12 novembre 2008

COMMÉMORAS-LE-BOL

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Ces Genevois ne cessent de m’épater.

Pour un Français, c’est étonnant de les voir travailler un 11 novembre, sacro-saint jour férié dans une République qui préfère allègrement sacrifier un lundi de Pentecôte plutôt que la commémoration « fériée » d’un armistice signé voici 90 ans [je n’écris pas nonante parce que cela ne m’est pas encore naturel].

Le contraste était frappant, hier, entre...


Ces Genevois ne cessent de m’épater.

Pour un Français, c’est étonnant de les voir travailler un 11 novembre, sacro-saint jour férié dans une République qui préfère allègrement sacrifier un lundi de Pentecôte plutôt que la commémoration « fériée » d’un armistice signé voici 90 ans [je n’écris pas nonante parce que cela ne m’est pas encore naturel].

Le contraste était frappant, hier, entre une ville d’Annemasse hébétée dans un style férié approximatif pour ce qui est des boutiques [les unes closes, les autres non, sans vraie logique intelligible] et une ville de Genève aussi industrieuse qu’à l’accoutumée. Calme plat d’un côté de la frontière, business as usual de l’autre : étrange pour deux peuples singulièrement cousins, qui parlent la même langue et qui habitent pratiquement le même biotope. Je pense ici aux milliers de Français qui ont travaillé en Suisse pour ce 11 novembre et aux milliers de Suisses qui habitent en France et qui n’y ont vécu ce 11 novembre que dans une ambiance de faux dimanche.

Tout ça pour célébrer la fin d’une guerre atroce dont plus personne n’a aujourd’hui de souvenirs vivants et qui n’a laissé, à Genève, qu’une longue litanie de morts sur le monument du consulat français [on estime que 18 000 Suisses sont tombés sous les drapeaux français pendant la Première Guerre mondiale].

On se prend dès lors à réfléchir sur la prolifération de ces journées « fériées » ad vitam aeternam et sur leur absence du calendrier suisse : est-on ici plus heureux ou plus malheureux de n’avoir pas à commémorer tous les ans le 8 mai 1945 ou le 11 novembre 1918, mais également le 14 juillet 1789 ou la fête de Jeanne d’Arc [deuxième dimanche de mai, fête nationale en France depuis 1920] ?

Sans parler du 27 avril 1848 (férié outre-mer) et d’une série de jours fériés propres aux « confettis de l’empire » (ex-colonies françaises du Pacifique ou des Antilles). Ceci en excluant les sept jours fériés religieux du calendrier catholique accordées à tous les Français (avec deux jours supplémentaires en Alsace-Lorraine),  les Musulmans, les Juifs ou les Bouddhistes s’octroyant quelques fêtes additionnelles…

N’en jetez plus, le système devient absurde ! Pourquoi pas, tant qu’on y est, déclarer « férié » les jours de la Saint-Valentin, de la Fête des Pères ou du solstice d’été ? C’est encore pire dans certaines nations fédérales comme le Canada, où les quatorze provinces ajoutent leurs propres dates fériées aux dix jours fériés fédéraux !

Je sais que férié n’est pas chômé et qu’il est indispensable, pour une communauté de reforger sans relâche une cohésion nationale (ou confédérale) sans cesse menacée par des tensions centrifuges. Mais, tout même, n’est-ce pas une aberration que d’empiler ainsi, de siècle en siècle, les commémorations les plus hétéroclites ?

C’est là qu’on se demande jusqu’à quand on fêtera la fin de guerres mondiales que ce genre de célébrations n’ont pas empêché d'éclater : pas très étonnant, d'ailleurs, quand on commémore avec tant d'ardeur les têtes au bout des piques pour prendre la Bastille ou le victorieux carnage qui a précédé ce 11 novembre 1918.

C’est ici qu’on s’attendrit sur une Genève qui fête avec candeur sa bien paisible Escalade, à grands renforts de marmites en chocolat et de sucreries.

C’est pour ça que les Genevois sont formidables !

Commentaires

Oh, il y a bien eu quelques morts, à l'Escalade. Et c'était lié à des conflits qui duraient depuis presque un siècle, et qui avaient fait beaucoup de morts et de dégâts. C'est aussi la commémoration d'une victoire militaire, en tout cas.

Sinon, entre le biotope d'Annemasse et celui de Genève, il y quand même une différence, c'est qu'en général, Genève a des pierres plus anciennes qu'Annemasse, qui a proportionnellement plus de béton. Et puis Annemasse est orientée vers l'Arve, Genève vers le Rhône.

Sinon, le taux de morts, en Haute-Savoie, durant la Première Guerre mondiale, a été particulièrement élevé. Mais cette guerre a eu une autre conséquence, c'est la suppression de la grande zone franche de 1860. Une des raisons invoquées dans les coulisses est que cette zone rendait les Savoyards concernés mécontents de devoir participer à une guerre entre la France et l'Allemagne. Notamment à Thonon, dit-on.

Écrit par : R.Mogenet | 12 novembre 2008

C'est vrai à quoi bon commémorer la fin d'une boucherie qui a causé plus de 10'000'000 de morts.?

Mieux vaut oublier toutes ces horreurs rapidement! Car on le sait très bien l'Histoire ne se répète jamais... (sarcasmes)

Écrit par : Papageno | 12 novembre 2008

Mais en Suisse aussi les cantons ajoutent leurs jours fériés...
J'ai grandi dans un canton "protestant" et habite désormais dans un canton "catholique". Je bénéficie désormais de nouveaux jours fériés...
Cela dit, moi j'en ai plus marre des "journées mondiales de..." que des fériés. Là je commence à me demander :à quand la journée mondiale de la pomme de terre ?

Écrit par : onieska | 12 novembre 2008

Merci à R. Mogenet pour ses précisions historiques toujours bienvenues : j'avais oublié cette histoire de zone franche héritée de 1860.

Pour ce qui est de la Journée mondiale de la pomme de terre, je vote pour. A condition qu'elle ait lieu conjointement avec la Journée mondiale du cochon [pour le lard, mais nos amis musulmans et juifs vont râler] et avec la Journée mondiale du bon vin [qui ne fâchera personne]. Le tout férié, évidemment !

Écrit par : Paris-Gnèève | 12 novembre 2008

N'oubliez pas la fête mondiale du reblochon !

Écrit par : R.Mogenet | 13 novembre 2008

pas d'accord,de ne pas honorer la mémoire des morts pour la France,il y en a eu trop,beaucoup trop,hélas,c'est justement nous devons faire savoir,à tous ces jeunes,qu'il ne faut pas que toutes ses personnes,soient mortes pour rien.pendant que vous y êtes,toutes les villes et villages,devraient raser les monuments aux morts,car si on supprime les commémorations ils ne serviront plus à rien.

Écrit par : Personnaz | 14 novembre 2008

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