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04 novembre 2008

FAUSSE COLOGNOTE

ObelisqueAdor.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

En particulier pour leur aptitude à régler les situations conflictuelles. Pour un Français de France, les subtilités de l’histoire genevoise sont parfois obscures. En promenade sur les bords du lac, du côté de Port-Noir, je m’arrête un instant devant l’obélisque qui marque le « débarquement des Suisses sur cette rive » en 1814 [ci-dessus].

Ah bon, mais n’était-ce pas la Suisse auparavant ? Oui et non, m’affirme-t-on : c’était encore un peu la France, et même le défunt mais pas regretté « département du Léman », Genève n’étant plus alors qu’une commune française comme les autres. Cette annexion a pris fin avec l’entrée des troupes autrichiennes – les voleurs de canons ! – en 1813 et avec le fameux débarquement des Confédérés de Soleure et de Fribourg l’année suivante. Il s'agissait d'ancrer la République de Genève à la Confédération. D’où, sans doute, les... ancres de marine qui couronnent l'obélisque, monument à vrai dire assez discret pour un événement aussi marquant pour les patriotes suisses : n’est-ce pas une forme de modestie discriminatoire de la part de ces Genevois en quête d'une intemporelle singularité culturelle ?

Parfait, mais je découvre que cette opération Overlord à la sauce genevoise n’a pas eu lieu à l’emplacement de l’obélisque, mais à quelques centaines de mètres de là, plus au nord, du côté de la Nautique. Un peu comme si on avait, toutes proportions gardées, déplacé les plages du D-Day en Normandie vers les falaises du pays de Caux. D’autant que la Nautique n’est pas en territoire genevois, mais à Cologny. Ainsi donc, les farouches patriotes helvétiques n’auraient pas libéré en priorité Genève, mais Cologny [pas d'humour déplacé : Cologny n'était pas alors le bantoustan pour milliardaires que la commune est aujourd'hui !]

Nous avons ainsi une vérité historique [Cologny, et non Genève] qui ne se traduirait pas par une vérité topographique, ni même par un témoignage patriotico-tumulaire probant [Genève, et non Cologny]. Un intéressant décalage spatio-temporel ! Sauf que les Genevois et les Colognotes sont des petits malins : pour que l’obélisque reste définitivement en terre colognote [on ne révise pas l’histoire], même après la construction du port de la Nautique et le déplacement du monument, la ville de Genève a cédé à la ville de Cologny la poignée de mètres carrés où l’obélisque est à présent érigée. On se demande tout de même pourquoi la stèle commémorative de débarquement n'est pas restée à la Nautique...

Cette enclave extra-territoriale prouve en tout cas que les talents de négociateurs des Suisses ne sont pas usurpés. On comprend mieux qu’ils aient été les acteurs des grandes organisations internationales d’après la Première Guerre mondiale. C’est à l’hôtel des Bergues de Genève, en 1921, que s’est tenu le premier dîner de gala au cours duquel des Français, des Anglais et des Allemands ont officiellement accepté de partager le même repas, qui était présidé par Gustave Ador. Celui-là même qui a donné son nom au quai sur lequel se dresse l’obélisque du débarquement. Dans cette ville, tout se tient de génération en génération…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

Commentaires

Pour l'histoire à venir, un jour sans Isabel (Rochat) c'est un jour sans soleil.
Le passé a eu des Isabelles. Genève aura son Isabel. Nous l'élirons, la protégerons, la soutiendrons pour que Genève soit Princesse...

Écrit par : Bongénie | 04 novembre 2008

Oui et non, en fait, en principe, non, mais l'alliance et la combourgeoisie avec Berne étaient nécessaires à la république de Genève, tout comme aussi la protection du roi de France. Le département du Léman a en réalité duré moins de vingt années. Mais il a laissé d'autant plus de traces qu'il a justifié, en fait, le rattachement direct à la Confédération et l'adjonction de communes jadis françaises ou savoyardes au territoire de la République. Je crois bien que Cologny a été une de ces communes, du reste.

Enfin, je viens juste de lire une évocation de Chambéry et de son monument commémorant le premier rattachement de la Savoie à la France, en 1792, et il s'agit de la statue d'une grosse dame réputée savoyarde dont tout le monde se moque, parce qu'elle n'a vraiment pas un air glorieux.

Pour les talents de négociateur, il faut dire que la France et le roi de Sardaigne n'étaient pas alors en position de force.

Écrit par : R.Mogenet | 04 novembre 2008

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