30 octobre 2008

PEAU D'OUANE

image021(1).pngCes Genevois ne cessent de m’épater.

Surtout les douaniers. Avez-vous remarqué, en franchissant la ligne de démarcation franco-suisse, que ce soit en voiture, en train ou en avion, à quel point les gardiens des frontières helvétiques sont peu envahissants et généralement pas curieux du tout ? Un coup d’œil sur le passeport leur suffit, de nuit [quand ils sont à leur poste] comme de jour. Et encore, pas toujours, loin de là ! Cette bonhomie est plutôt rassurante pour les libertés individuelles, dont la première est d’aller et venir sans contraintes abusives.

Quelques mètres plus loin, les douaniers français nous attendent de pied ferme : avec la même voiture, en descendant du même train ou en quittant le même avion, c’est systématiquement un tout autre accueil.

Qu’on entre ou qu’on sorte de France : suspicion des regards, questions indiscrètes, reniflements de la brigade canine anti-drogue, inspection des coffres et des bagages, voire fouilles corporelles et analyses détaillés des agendas professionnels. Il paraît que les douaniers français et les policiers des frontières ont tous les droits ; je ne sais pas, mais, en tout cas, ils prennent un malin plaisir à les exercer pleinement. Comme disent les jeunes, « ils se la jouent grave ».

Entre les deux postes-frontières, le contraste est aussi frappant qu’immédiatement sensible : le citoyen libre se mue en suspect potentiel l’espace de deux ou trois enjambées. A croire que toute entrée ou sortie du territoire national est une grave menace pour la sécurité intérieure, les finances publiques et le nouvel ordre mondial. Le Rideau de fer a survécu !

Les premières fois, quand on est encore habitué au caporalisme hexagonal, ça ne surprend pas. Après quelques semaines de liberté non surveillée en zone helvétique, le ton comminatoire et la défiance systématique des bureaucrates tricolores deviennent vite agaçants, pesants et même insuportables. Surtout quand on a rien à déclarer. Surtout quand le fonctionnaire-œil de lynx psalmodie la liste interminable de ce qu’il ne faudrait pas avoir sur soi pour aborder ou abandonner ce pays de cocagne français, où l’on estime louche de franchir la frontière avec 10 000 euros sur soi…

Ces gabelous inquiets sont les témoins de l’inquiétant climat mental d’une nation paranoïaque devenue tout aussi inquiétante. « Rien à déclarer » ? Contrainte et coercition par là, fluidité et respect par ici. Qui a peur de qui et qui fait peur à qui ? La liberté et la prospérité doivent être des maladies contagieuses, dont il faut à tout prix immuniser ceux qui sont restés du mauvais côté…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

Commentaires

"Le communisme, c'est une des seules maladies graves qu'on a pas expérimentées d'abord sur les animaux.", disait Coluche.

[...]

"La liberté et la prospérité doivent être des maladies contagieuses, dont il faut à tout prix immuniser ceux qui sont restés du mauvais côté…"

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 30 octobre 2008

A cause du déséquilibre économique de plus en plus important, les fonctionnaires français craignent peut-être de perdre de l'autorité. Cela dit, où êtes-vous immatriculé ? J'ai le sentiment qu'on n'arrête que les plaques non frontalières.

Écrit par : R.Mogenet | 30 octobre 2008

Je suis effectivement toujours sous plaques parisiennes, ce qui a pour effet de me rendre automatiquement suspect. On avait le délit de "sale gueule" ; nous voici avec le délit de "plaque louche" : au siècle de la mobilité et de la mondialisation, ça ressemble furieusement à de la... xénophobie !

Écrit par : Paris-Gnèève | 30 octobre 2008

Sur le bord de la route, je vois tout le temps des voitures arrêtées, immatriculées ailleurs que dans le 74. Pas plus les 75 que les autres. A mon avis, c'est une question de statistiques. Les 74 en grosse majorité n'ont rien à déclarer, ils rentrent du travail ou sont allés à Genève pour des courses banales. Mais sinon, avec la Suisse, il y a un gros trafic moins légal. Sincèrement, je ne pense pas que les douaniers éprouvent une sorte de xénophobie qui s'appliquerait à tous les Français sauf ceux qui vivent en Haute-Savoie. Plus on vient de loin, en kilométrages, plus on a de chances d'être arrêté, en particulier si on vient d'une grosse ville.

Écrit par : R.Mogenet | 31 octobre 2008

Ce qui me pose problème, c'est la différence de traitement : pourquoi cette suspicion française et cette bonhomie suisse ?
Pourquoi le citoyen est-il toujours systématiquement considéré comme un fraudeur ou un délinquant d'un côté de la barrière, et pas de l'autre ?
Pourquoi une voiture immatriculée à Paris aurait-elle, par principe, quelque chose de plus à déclarer ou à cacher qu'une voiture immatriculée 01 ou 74 ?
C'est au mieux de la méfiance, au pire de la discrimination...
C'est ce qui me rappelle le mur de Berlin, qui séparait deux systèmes et deux conceptions du monde...

Écrit par : Paris-Gnèève | 31 octobre 2008

La bonhomie suisse est à mon avis relative, car les frontaliers, vous savez, ont souvent le sentiment que les douaniers français sont au contraire moins scrupuleux que leurs homologues suisses. Ce n'est pêut-être pas trop le cas dans la plaine entourant Genève, mais aux Rousses, par exemple, c'était assez sensible. Tout dépend en fait des directives de l'administration des douanes, et celles-ci certes sont différentes d'un pays à l'autre, mais concernent en réalité les plaques d'immatriculation. Ces dernières du reste sont faites pour cela : pour l'administration territoriale.

Quant à la plaque 75, elle est plus rare que la 74 ou la 01, et donc, elle permet déjà une sélection ! Le hasard pourrait faire l'affaire, s'il n'y avait pas les statistiques dont j'ai parlé. La plaque 75 en particulier passe souvent pour être possédée par des citoyens assez riches qui veulent profiter du système fiscal suisse de façon peu patriotique. Est-ce un préjugé ? Sans doute. Mais le gouvernement actuel y pense souvent, à ces citoyens, comme vous ne l'ignorez pas. Il y a aussi que le trafic illicite a un gros volume quand il est effectué par des gens qui vivent dans les grosses villes. Ce n'est pas à la campagne que la contrebande va faire devenir milliardaire.

Enfin, sincèrement, les douaniers n'ont probablement pas de sympathie particulière pour les locaux qui vont travailler en Suisse, et leur action ne doit pas être interprétée en fonction de leurs sentiments personnels, à mon avis. L'administration française a probablement gardé un peu de l'arbitraire royal, mais tout de même, elle a des motifs un peu plus transparents que du temps de Louis XIV.

Écrit par : R.Mogenet | 31 octobre 2008

Cher Monsieur Paris-Gnèève,

C'est amusant car j'ai l'impression d'avoir toujours vécu le contraire... Des douaniers suisses méfiants et pointilleux, parfois à l'excès, et des français plutôt décontractés...

Sans doute le teint (plus ou moins basané) et le look (plus ou moins décontracté, post-baba ou jeune cadre dynamique) y sont pour quelque chose...

Bien à vous, N. Chauvet

Écrit par : N. Chauvet | 31 octobre 2008

@ N. Chauvet :
promis, je vais faire des UV pour bronzer, mettre un jean rapiécé et un marcel crasseux, couvrir de boue ma voiture et tenter la méfiance des douaniers suisses. Je vous raconterai

Écrit par : Paris-Gnèève | 31 octobre 2008

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