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13 octobre 2008

PARIS PUE-T-IL ?

ListeP201.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Ils grognent souvent, et les blogs voisins [y compris le mien] témoignent d’un esprit volontiers ronchon. Pourtant, ont-ils de vraies raisons de râler ? Sans doute, et c’est le signe d’un vigoureux esprit démocratique que de voir des citoyens se mêler de tout sans rien s’interdire. Ceci dit, un retour de week-end à Paris permet de moduler sa propre grogne et de poser quelques limites aux critiques faites à Genève.

Soyons clairs : quand on se déhabitue, Paris prend à la gorge. Et c’est un Parisien de Paris qui se permet de le dire ! L’arrivée dans la capitale est une agression olfactive dont j’avais oublié la puissance et la ténacité. Pollution automobile à la limite de l’insupportable dans les étroites rues du centre ; fumées noirâtres et malodorantes qui enveloppent les camionnettes de livraison, invariablement garées en double file, moteur allumé ; vapeurs grasses et collantes dans les bistrots qui alignent des rafales de croque-monsieur et de portions de frites à l’heure du déjeuner, sans parler des effluves généreusement dispensées, à des dizaines de mètres de distance, par les marchands de hamburgers ; inévitables « déjections canines » [on ne dit plus crottes de chien] qui empuantissent les trottoirs et transforment toute promenade lèche-vitrines en dangereux parcours du combattant ; odeurs fortes dans le métro, qui oblige chacun à mettre le nez sur l'épaule du voisin, pour le pire plutôt que le meilleur [quand se décidera-t-on à considérer qu'il est inhumain de transporter plus de passagers payants que n'en peuvent contenir les wagons] ; passons vite sur les toilettes publiques innommables [il n’y a pas d’autre mot], quoique sévèrement tarifées, et ce n’est guère mieux dans les restaurants qui ne sont pas étoilés [un conseil aux amis suisses : à Paris, réservez-vous pour les toilettes des palaces, les seules correctes]

Jamais aucun indice international n’a encore classé les grandes villes par intensité de puanteur, mais, par endroits, Paris devrait côtoyer dans ce stink-parade Istambul, Addis-Abeba et Bombay, Genève s’offrant sans doute un podium d’étincelante fraîcheur. Après quelques rayons de soleil, même la Seine ne m’a pas semblé pas très saine à respirer, et les Champs pas du tout champêtres pour ce qui est de leur bouquet. Paris a une odeur propre [tous les poètes vous le diront], mais elle n’est pas/plus propre…

Paris pue, mais les Parisiennes restent les femmes les mieux parfumées de cette planète. Faut-il y trouver un rapport de cause à effet ? Je serais à présent tenté par cette hypothèse : une forme de compensation, héritée de ces élites du XVIIe siècle, qui répugnaient à l’usage hygiénique de l’eau pour mieux s’inonder de lotions et d’élixirs aromatiques capables de masquer de terribles mais aristocratiques odeurs sui generis. Sans le sillage quasi-hallucinatoire qui enveloppe les Parisiennes lancées à grands pas sur les trottoirs, Paris serait souvent une décharge quasi-pestilentielle. Pourtant, le rêve passe vite, et les remugles retrouvent leur emprise sur les nez...

Les rues de Genève respirent le propre et les Genevoises encore plus. Elles semblent inspirées par un souci permanent de l’hygiène plus que par la magie des fragrances prestigieuses griffées par les grands parfumeurs parisiens. Genève n’a pas d’odeur. Quelques relents de fondue en Vieille Ville, des fumets de brochettes nord-africaines aux Pâquis, quelques exhalaisons de cannabis du côté des Forces motrices. Genève ne sent rien et n’impose rien aux odorats les plus exigeants. Genève joue, une fois de plus, de sa neutralité – et c’est pour le coup assez bienfaisant…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

Commentaires

Si à Paris vous vous occupez des odeurs c'est probablement que vous n'avez rien d'autre à faire et même puante la Seine vue du Pont Neuf dans laquelle les ponts se reflètent presque à l'infini dans le soleil couchant de l'automne avec la Conciergerie éclatante de lumière rougeoyante reste le plus beau spectacle du monde et je ne parle pas de l'odeur du poulet frites dans les cours le dimanche midi un jour de printemps lorsque toutes les fenêtres sont ouvertes et que le bruits des couverts se mêlent aux discussions et rires d'enfants.

Genève est propre... mais tellement ennuyeuse et vous avez raison rien ne s'impose à Genève pas même la beauté éclatante d'une ville capable du pire et du meilleur comme c'est le cas pour Paname.

La parisienne que je suis garde pour toujours en mémoire le bruit des percolateurs à café dans les bistros sur le Sébasto les matins brumeux avant d'aller bosser avec en bruits de fond la circulation et les commentaires du patron qui ronchonne en lisant le Parisien Libéré.

J'aime Paris et je me fous totalement des odeurs... c'est faux j'adore l'odeur de Paris.

Écrit par : Rita Cadillac | 13 octobre 2008

On peut aimer Paris, trouver que c'est la plus belle ville du monde (ce que je crois, et je ne crois pas être le seul) et, en même temps, constater, quand on y revient, que la pollution est par moment insupportable, la saleté repoussante et les Parisiens assez cra-cra...

Pour ce qui est du spectacle des différents monuments, comment ne pas tomber sous le charme de la vue dont vous parlez, du soleil couchant sous l'Arc de Triomphe dans l'axe des Champs-Elysées (fin juin) ou des premiers bourgeons des Tuileries ?

Pour le reste, et c'est un Parisien qui vous le dit, on est quand même content de retrouver Genève, ses trottoirs sans crottes de chien, ses poubelles publiques régulièrement vidées et l'eau claire de ses quais...

Ayant pratiqué la plongée sous-marine dans la Seine (avec les Pompiers de Paris), je pourrais vous en raconter sur la qualité d'une eau où on ne voit pas à cinquante centimètres et où il faut s'encorder avec son binôme de plongée pour ne pas le perdre !

Écrit par : Paris-Gnèève | 13 octobre 2008

Ah donc, Rita Cadillac est parigote, tête de vote... Je me disais aussi!

Écrit par : Séraphin Lampion | 13 octobre 2008

"C’est pour ça que les Genevois sont formidables."
Et encore, allez visiter la Suisse, la vraie. Pas ces pseudo monégasques matinés de lichtensteinois à la sauce Caïman...

Écrit par : Géo | 13 octobre 2008

J'ai rarement vu de telles caricatures de Paris, à part dans des périodiques républicains de certains états du Midwest.
On en arrive à douter que vous franchissiez les limites du 18, 19 ou 20° arrondissement.
Les Parisiens sont "cra-cra". Seigneur...


Un Parisien sur le Léman.

Écrit par : Passy-Nation | 13 octobre 2008

Les Parisiens aiment bien critiquer le chauvinisme des provinciaux ou des Suisses mais eux-même ont souvent du mal à accepter la critique, à mon avis. Je suis moi-même parisien, au départ, mais depuis que j'ai déménagé à Annecy et que l'idée m'est venue d'en vanter les mérites à mes proches restés dans la capitale, on peut dire que je suiis devenu infréquentable, à Paris. J'ai un oncle qui chante ici ou là les petites légendes concernant Saint-Germain-des-Prés, mais qui ne supporte pas de m'entendre chanter les petites légendes d'Annecy ou même de Genève, qui m'ont peu à peu intéressé aussi.

Cela dit, à Paris, pas plus qu'ailleurs, rien n'est tout d'une pièce, et j'ai des amis parisiens qui ont aimé "Alpage de mon enfance", le livre qui chante la Vallée Verte, et que j'ai réédité. En outre, l'essence de Paris, bien qu'elle demeure peut-être enfouie au-delà du discours ordinaire, est probablement chez Baudelaire. Et voici le sentiment d'un ardent poète, à Paris :

Dis-moi ton coeur parfois s'envole-t-il, Agathe,
Loin du noir océan de l'immonde cité,
Vers un autre océan où la splendeur éclate,
Bleu, clair, profond, ainsi que la virginité ?

L'autre océan où la splendeur éclate, cela peut être le Léman où se reflètent les montagnes, n'est-ce pas. Mais Baudelaire reste fier de sa cité - noire, certes, mais aussi glorieuse -, comme ces vers l'indiquent :

Si vous alliez, Madame, au vrai pays de gloire,
Sur les bords de la Seine ou de la verte Loire,
etc.

Il reste quand même difficile de trouver, cher Parisien de Genève, que votre tableau est injuste. Les belles femmes participent de cette gloire qui brille par éclats, au milieu de choses qui en fait ne brillent pas forcément.

Écrit par : R.Mogenet | 14 octobre 2008

J'avoue que je ne sors pas souvent des villes. Lorsque je rentre chez moi rue Rambuteau je ne défais pas même mes bagages. Je descends dans la rue et je vais humer l'atmosphère du quartier, il ne ressemble plus à rien ce quartier mais j'y ai encore des habitudes chez la boulangère au coin de la rue Quinquenpoix et le traiteur en face mais j'avoue que de plus en plus je reviens vers la rive gauche car je ne reconnais plus ni la Goutte d'Or infestée de bobos ( il y a même des lofts...) ni la rue Germain Pilon qui est devenue fréquentable la nuit, une hérésie ! Je ne parlerai pas de la Place Pigalle où le tabac est devenu un bistrot branché et dans la rue Élisée des Beaux Arts les travelots ne sont plus ce qu'ils étaient ( des camionneurs en perruques bon marché. D'ailleurs on appelait cette rue la planète des singes à cause des perruques pointues ) tout est devenu tellement sage, tellement politiquement présentable que je ne retrouve plus mes marques.

En fin de compte je trouve Paris trop propre.

Écrit par : Rita Cadillac | 14 octobre 2008

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