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09 octobre 2008

REQUIEM JARDINIER

url.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Il existe à Genève un lieu un peu magique, qui s’appelle à la fois cimetière des Rois et cimetière de Plainpalais, mais qui n’a qu’une lointaine ressemblance avec les autres cimetières du pays genevois. On m'assure que Jean Calvin est enterré ici, mais je n'ai pas trouvé sa tombe, pas plus d'ailleurs que celle de Jorge Luis Borges. J'ai fini par les repérer grâce à la visite virtuelle que propose le site du cimetière : aujourd'hui, même les cimetières ont leur adresse Internet : http://www.cimetieredesrois.ch/index_flash.html...

Au premier rayon de soleil, c’est un simple parc public, planté de grands arbres et semé de pelouses accueillantes, avec quelques tombes – pour la plupart anciennes – en guise de ponctuation minérale. Les jeunes mamans y promènent leurs poussettes et les fumeurs s’y engoudronnaient les poumons avant la récente levée de la Prohibition.

A midi, chacun s’y régale d’un sandwich ou d’un salade rapide, à proximité immédiate des marbres funéraires. Les poubelles débordent de reliefs de pique-nique plus que de bouquets fanés. C’est, pour certains philosophes du quotidien, l’occasion de méditer sur les avanies de la Fortune : que sont ces vanités évanouies, aujourd'hui si bourgeoisement jardinées ? Je soupçonne même quelques païens d’offrir des libations secrètes aux dieux du passé, du présent et de l’avenir. Dans la Rome antique, les vivants et les morts partageaient ainsi la même existence vernaculaire…

Les premiers temps, je pensais ce cimetière des Rois désaffecté. Sa situation centrale – exceptionnelle par ces temps de grignotage immobilier – en ferait une cible de choix pour les lotisseurs. Le calme de ses espaces verts l’a voué à devenir le « poumon » d’un quartier très construit, mais qui ne manque pourtant pas de jardins publics. En fait, j’ai constaté qu’on y creusait encore quelques rares tombes, à défaut de fleurir ou d'entretenir celles qui s’érodent lentement sous la lassitude des années.

L’atmosphère est toujours nostalgique, aux confins de la mélancolie. Un lieu « entre deux ». Ni très urbanisé, ni très sauvage. Ni trop envahi, ni trop déserté. Ni cimetière d’élite, ni pêle-mêle de défunts anonymes. Ni végétalement luxuriant, ni taillé à la française. Ni désolant pour les morts, ni désespérant pour les vivants. Un « entre deux » très genevois, non ?

On me dit que l’inhumation dans le cimetière des Rois est réservée aux célébrités locales ou aux personnalités marquantes de la vie genevoise. Est-ce pour cette raison que les allées sont désertes et les tombes dispersées ? Une République comme Genève se doit, apparemment, de ne pas tolérer les moindres… rois, pas même leurs fantômes dans un cimetière qui s'auto-exorcise en jardin public !

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

Commentaires

Bravo pour cette évocation d'un lieu que j'ai visité pour la première fois en juillet dernier...dans le cadre de l'année Calvin. Une fois sur les lieux, j'ai cependant de suite détecté la pseudo-tombe du réformateur. Il est vrai qu'il se dégage de l'endroit une atmosphère unique qui n'appartient qu'à Genève...

Écrit par : Jeanne Vincler | 12 septembre 2009

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