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05 octobre 2008

LINGE SALE


knuttz_ueba_22.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Toujours en quête d’un logement en centre-ville [je sais, cette quête relève de la douce utopie], j’ai noté que la quasi-totalité des cuisines et des salles de bains genevoises n’étaient pas équipées de prises d’eau et de vidange pour les machines à laver le linge.

« Mais vous avez une buanderie avec un sèche-linge au sous-sol », me rétorque la demoiselle de la régie, qui me précise tout de même qu’il s’agit là d’un service payant.

Sacrés Genevois, qui ne perdent jamais le nord, financièrement parlant…

Une taxe modeste, certes, mais légèrement abusive pour un Français habitué à la machine à laver personnelle : c’est une conquête sociale des mères de famille françaises depuis les années trente, quand ces machines avaient détrôné notre bonne vieille lessiveuse, laquelle avait elle-même succédé – autre avancée sociale majeure – au lavoir municipal et aux lavandières au bord des rivières.

Difficile de comprendre pourquoi les Genevois tiennent tant à ne pas laver leur linge à la maison, mais dans une buanderie collective, ce qui oblige à surveiller les temps de lavage avec méticulosité pour ne pas empiéter sur le créneau horaire retenu par la voisine. C’est peut-être grâce à ce devoir de précision que Genève est devenue la « capitale internationale de l’horlogerie » [voir la note d’hier]. En plus, ces buanderies sont généralement situées dans des caves ou dans d’étroits réduits humides, dénués de toute cette poésie qui peut rendre piquantes les rencontres des beautiful laundrettes à l’américaine.

Là encore, ce point de détail buandier vaut son pesant de signification culturelle (à ranger dans la case sociologie du quotidien). Ce n’est peut-être qu’un relent nostalgique des grandes lessives communautaires de jadis et des planches de bois polies par les années sur lesquelles on savonnait en papotant draps et chemises.

A Genève, pas question de blanchir en solitaire ou en douce : je ne parle évidemment pas de l’argent pas trop propre qu’on me dit circuler dans le secret des comptes bancaires. Encore que, à la réflexion… [le dictionnaire m’affirme qu’on doit ici parler de blanchiment : nuance !]

En tout cas, à défaut de blanchiment, le blanchissage relève ici de l’artisanat manuel, et non d’une quelconque technologie domestique asservi à la multi-programmation d’un micro-processeur individuel.

Est-il indifférent que la culture calviniste dominante (qui ignore la confession individuelle) oblige ainsi chacun à laver son linge sale en famille ? A mon avis, ces buanderies en disent plus long que leur dosette de lessive...

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

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