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30 septembre 2008

PIÈCE RAPPORTÉE


45772.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

« Une, deux, trois, quatre et cinq pièces », m’annonce la demoiselle de la régie. Je n’en compte et recompte que quatre, plus la cuisine. Ce n'est tout de même pas ce petit « gabion » [nom local du cagibi] qui est considéré comme un pièce. Non, c'est la cuisine !

Apparemment, pour les Genevois, la cuisine est une pièce à part entière. Non seulement on ne compte jamais les mètres carrés [à Paris, on en est au demi-mètre carré, rectifié loi Carrez – qui est une spécialité bien parisienne !], mais la cuisine fait partie, pour les Genevois, des pièces qui entrent dans le standing de l’appartement. Comme si un logement du XXIe siècle pouvait ne pas avoir de cuisine !J'en reste perplexe...

A moins que cette ennoblissement de la cuisine ne participe d’un concept socioculturel plus fondamental. Promue vraie pièce à vivre (on en doute à découvrir certains « gabions » encombrés d'un réfrigérateur et d'un évier), la cuisine s’impose en cœur palpitant du quotidien familial. Ses fourneaux sont le creuset des immenses bonheurs domestiques. Dans les parfums de la soupe de légumes qui embue cette « pièce » à part entière, on sent que s’incarne la nostalgie d’un lointain paradis perdu. Il n'y manque plus que les jambons au plafond et les champignons qui sèchent sur une corde au-dessus de la cuisinière. On voit se dessiner l’idéalisation post-moderne d’un temps où les femmes attendaient autour du feu primitif le retour de leur chasseur. Une living kitchen : de quoi refaire de chaque papa un « gastrosexuel » et de chaque maman une petite fée des casseroles. La félicité est au bout du torchon.

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

29 septembre 2008

LA TROUBLANTE TRAÎTRISE DU PINOT GRIS


saloon_night.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Pourtant, ce week-end, ce sont les Neuchâtelois qui m’ont le plus impressionné. Vendredi après-midi, en quelques heures, les rues pavées du centre de Neuchâtel ont vu se monter des dizaines de cabarets provisoires : un auvent de toile, quelques planches et des ampoules nues pour éclairer le tout. La multiplication des tentes aux toits pointus donnait aux places une allure de campement tartare entre les vieux murs chargés d’histoire.

Pas besoin de rafraîchir les flacons : la bise s’en chargeait bien, tout en poussant les amateurs à se réchauffer le cœur avec quelques « canons » supplémentaires. Plus une seule voiture en ville, sauf pour livrer des piles de cartons de vin. Avant même le coucher du soleil, les rues étaient pleines et les gobelets vides. Il fallait jouer du coude pour se frayer un chemin entre les cabanes à saucisses, les débits d’improbables sandwiches guatemaltèques et les cadavres de bouteilles sacrifiées aux dieux de la fête.

On ne peut pas qualifier Neuchâtel de grande ville, mais je ne me souviens pas d’avoir vu autant de monde en France, dans n’importe quelle capitale viticole, pour une quelconque fête des vins. Tout le monde descendait à Neuchâtel, et le mot descente est dans ce cas d’une précision chirurgicale…

D’où venaient-ils tous, par familles entières, de tous les âges, en rangs serrés et sérieux comme des Suisses ? Apparemment de partout, des petits villages perdus dans les vignobles voisins, des hautes vallées horlogères, du Jura français, des cantons limitrophes. Français, Romands et Alémaniques rassemblés autour de la même préoccupation et convivialement imbibés.

200 000 fêtards pour une ville de 30 000 citoyens : on a du mal à imaginer Genève avec trois millions d’assoiffés dans les rues [même pour l’Euro, il n’y en avait pas le centième] ou Paris avec 10 millions de joyeux couche-tard décidés à faire la fermeture de tous les comptoirs [même pour le Mondial de 1998, il n’y en avait pas le dixième].

Que venaient-ils faire à Neuchâtel, ces naufragés de l’eau minérale ? Tout simplement boire un coup. Ce qu’il faut traduire par plusieurs séries de gobelets, les plus ardents allant jusqu’à quelques bouteilles de ce chasselas délicieux qui fait trouver jolies toutes les Neuchâteloises aux joues rosies par la fraîcheur de la nuit et le feu de l’action. Troublants, leurs regards chavirés par la traîtrise moelleuse du pinot gris ! Le tout sans tensions, violences ou débordements : une fête bon enfant, pleine de musique, d’orphéons et de flonflons comme il se doit en Suisse. Une longue et joyeuse parenthèse, où chacun au coeur de cette foule paisible sait pourquoi il vient et tient donc à la faire avec méthode, humour et goût du partage.

Là encore, je ne me souviens pas d’avoir ressenti une telle soif collective, ni un tel empressement bacchique dans les Saint-Vincent françaises ou les Fêtes du vin qui marquent les vendanges à la gauloise. C’est seulement pour trinquer ensemble que les Neuchâtelois se sont retrouvés ce week-end, en se donnant rendez-vous de comptoir improvisé en bar éphémère. Impressionnant ! L’année prochaine, je resterai pour le Corso fleuri, un des derniers sur cette planète.

Une ville entière consacrée au seul plaisir de boire, de s’amuser et d’être ensemble : sacrés Suisses ! Du coup, on trouve les Genevois assez sages, alors qu’ils ont des crus fantastiques à faire découvrir et partager. Apparemment, ils ne galvaudent pas leurs précieux flacons, mais ils ont la gentillesse d’en mettre quelques-uns de côté, juste assez pour les petits Français expatriés…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

28 septembre 2008

FACE AU DRAPEAU

N_Suisse_Diesbach_2.gifCes Genevois ne cessent de m’épater.

C’est décidément un week-end très militaire. Après les fusils d’assaut dans les tramways (Genevois rien venir d’hier), les légionnaires français aux Bastions : ils défilaient en présence de leur général, en musidque, « chapeau chinois » en tête, avec la Compagnie des Vieux-Grenadiers de Genève et le Noble contingent des Grenadiers fribourgeois, sans oublier les adolescents des Fifres et tambours de Genève. Le tout devant l’Uni Bastions et la Bibliothèque, autant dire sur un campus.

Une bonne occasion de découvrir qu’un million de Confédérés ont servi sous les drapeaux français au cours des six derniers siècles, une centaine de milliers y ayant trouvé la mort. On a même compté jusqu’à onze régiments suisses au sein des armées françaises ! Ce sont des Suisses qui sont à l’origine de la création de la Légion étrangère, un des corps d’élite les plus célèbres du monde, dont le premier colonel était, en 1831, un Suisse. C’est même au régiment de Diesbach (drapeau ci-contre) que la Légion étrangère a emprunté sa fameuse devise, « Honneur et fidélité ».

Me reviennent en mémoire la pièce d’eau des Suisses (creusée au château de Versailles par les Gardes suisses de Louis XIV), le massacre des Suisses qui protégeaient le roi Louis XVI sous la Révolution française [une honte pour la France, qui n’a pas rendu hommage à leur sacrifice exemplaire, mais aussi pour la Suisse, qui n’a dédié qu’une très modeste et trop discrète plaque commémorative à la mémoire de leur loyauté], les « Suisses » dans les églises, l'écrivain suisse Blaise Cendrars engagé volontaire dans la Légion étrangère dès 1914 (il sera grièvement blessé en 1915, mais 10 000 Suisses laisseront leur peau dans les tranchées) et toutes les expressions qui découlent de la fréquentation de ces Confédérés engagés au service de la France…

Ces Suisses ont décidément un rapport assez inhabituel à leur armée, que personne ne semble prendre très au sérieux, mais qui ne déclenche pas non plus cet antimilitariste presque instinctif, quoique mêlé de fascination, qui est de bon ton en France. J’ai du mal à imaginer la même situation à Paris : une section de fusiliers suisses paradant en armes devant la Sorbonne, sous les applaudissements de la foule, avec les képis blancs de la Légion étrangère pour leur rendre hommage…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

27 septembre 2008

Autobus et coutumes


280px-Milouf-suisse.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Dans ce pays, les conscrits – pardon, les recrues en Suisse romande – traînent dans les transports publics avec leur fusil d’assaut, en tenue de combat. J’ose espérer qu’ils n’ont pas les cartouches du bon calibre avec eux, mais on m’assure que tout bon Genevois a son paquet de munitions réglementaires à la maison. Je découvre que mes copains de bureau sont non seulement des « grenadiers », mais aussi des « fusiliers d’élite » ! Je préfère ne pas imaginer ce qui se passerait en France si les « jeunes » déambulaient dans les gares de banlieue avec des armes automatiques : avez-vous remarqué que les patrouilles militaires qu’on voit circuler dans les gares françaises (plan anti-terrorisme) ont l’obligation d’enchaîner leurs armes de guerre à leur brelage [de peur qu’on ne les leur arrache] ? Ici, au contraire, ces jeunes gens se faufilent avec agilité dans les autobus et les trains, l’arme en bandoulière et les bottes plus ou moins cirées. Ils sont pressés de rejoindre leur fiancée ou leur maman, mais pas gênés par leur harnachement militaire. Je remarque qu’ils portent presque tous des noms allemands ou italiens, et non des patronymes romands comme on pourrait s’y attendre. Le melting pot citoyen est-il au bout de la culasse ?

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

26 septembre 2008

Le sexe des têtes de gondole

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Ces Genevois ne cessent de m’épater.

Pas un n’a été capable de m’expliquer pourquoi « la » Migros et pas « le » Migros, faute grossière que je pouvais commettre en débarquant ici, contaminé par « le » Monoprix, « le » Champion, « le » Super-U » ou « le » Carrefour. Les supermarchés ont-ils un sexe ? Grave débat, dont les profondeurs ne m’effleuraient pas auparavant. D’autant que ce sexe pourrait muter en passant la douane de Bardonnex. Féminiser une enseigne induit une forme de réassurance maternante, une régression vers la matrice originelle qui fournissait les fluides essentiels à la vie, une révolte larvée contre le quotidien paternaliste de la vie d’entreprise ou de la politique. Puisqu’il faut de toute façon passer à la caisse, autant le faire à « la » Migros : c’est moins râpeux et plus velouté, un peu comme la joue de Maman juste avant d’entrer à l’école.Une ultime douceur avant la nécessaire corvée...

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

25 septembre 2008

Liquide culte


1000_suisse.jpgCes Genevois ne cessent de m’épater.

Je croyais naïvement qu’on était ici dans la capitale mondiale de la banque. C’est probablement vrai dans le « quartier des banques », à vrai dire assez sinistre, excepté pour quelques bars à vins dans sa périphérie. Mais allez donc chercher un distributeur de billets à Genève ! Pas le moindre « bancomat » [c’est le nom local] dans le secteur bancaire en question. A peine plus dans les autres quartiers, alors qu’on trouve des G.A.B. [guichet automatique de banque : c'est le nom bureaucratique à Paris] dans presque tous les coins de rue des villes françaises.

Est-ce de la pudeur vis-à-vis d’un bien aussi sensible que l’argent, qu’il convient de cacher dans le secret des coffres de ces « Messieurs de Genève » ? Est-ce de la morale vis-à-vis de billets trop généreusement profusionnels dès qu’on a un sésame plastifié au bout des doigts ? Est-ce du respect pour ce dieu unanimement respecté qu’est le franc suisse, dont le culte ne saurait se galvauder sur de vils trottoirs ? En tout cas, déposer de l’argent sur un compte suisse n’est pas bien difficile ; c'est dénicher quelques menus billets entre Rhône et Arve qui relève de l’exploit.

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

24 septembre 2008

Gardez la monnaie


Ces Genevois ne cessent de m’épater.

Au creux de ma main, une confortable pièce de cinq francs, frappée d’un superbe écu suisse, une pièce de deux francs, un pièce de un franc. On passe ensuite au petit peuple des vingt centimes et des dix centimes. La plus petite ? Un demi-franc, piécette si fine qu’on la prendrait pour cinq centimes. Insignifiante au creux de la main. Difficile à reconnaître et à ne pas confondre avec la menue monnaie. C’est totalement illogique. Je me demande si les Suisses n’ont pas honte de diviser par deux ce franc dont ils sont si fiers : ½ franc, ce n’est pas grand chose, quasiment plus rien. La baptiser cinquante centimes aurait donné trop d’importance à la mitraille subdivisionnaire qui alourdit nos poches.

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

23 septembre 2008

Le compte n’est pas bon

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Ces Genevois ne cessent de m’épater.

J’habite dans le quartier des Bastions et, chaque matin, en allant à mon bureau, au lieu de cheminer dans l’allée centrale de la promenade des Bastions, je fais le détour par le mur des Réformateurs. On fêtera bientôt le 100e anniversaire de ce monument, unique au monde. D’abord, on en prend plein la tête : « Post Tenebras Lux » ! Aux pieds de ces géants, ambiance de jugement dernier les soirs d’orage, quand le tonnerre fait trembler les fortifications.

Hier, j’ai compté : quatre géants (trois autour de Calvin) et six pionniers historiques de la Réforme en Europe. Il en manque au moins deux, et non des moindres, puisque je cherche en vain l’Allemand Martin Luther et le Suisse Ulrich Zwingli. A la place supposée de ce dernier, au-dessus d’une stèle vide, un saule pleureur. A la place de Luther, un bloc de pierre vide de toute statue et noyé dans les feuillages. Personne n'a pu m'expliquer cette absence criante des deux piliers de la Réforme.

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.


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22 septembre 2008

Urbanités nouvelles

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Ces Genevois ne cessent de m’épater. Me voici chez eux, nanti d’un Ausweis B, d’un « Natel » (c’est comme ça qu’on appelle un portable au pays de Calvin) et de quelques idées reçues glanées auprès d’anciens expatriés. Quelques illusions aussi, sur la fausse ressemblance entre les Français et les Suisses, qui parlent la même langue, mais qui ne vivent pas tout-à-fait dans le même univers. Il va bien falloir que j’explique toutes ces différences à mes copains restés du mauvais côté de la douane.

Parce que tout m’étonne en ce moment dans ces rues qu’il me faut explorer : les feux rouges qui passent par l’orange avant se mettre au vert, les tramways qui circulent en sens inverse des automobiles, le plan de circulation aberrant dans le secteur de Cornavin, les voitures qui freinent devant des piétons qui traversent absolument et très poliment au bon endroit. C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

C’est pour raconter tout ça que je vais créer ce blog…

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22:17 Publié dans Genève | Tags : calvin, natel, tramway | Lien permanent | Commentaires (2)