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28 septembre 2008

FACE AU DRAPEAU

N_Suisse_Diesbach_2.gifCes Genevois ne cessent de m’épater.

C’est décidément un week-end très militaire. Après les fusils d’assaut dans les tramways (Genevois rien venir d’hier), les légionnaires français aux Bastions : ils défilaient en présence de leur général, en musidque, « chapeau chinois » en tête, avec la Compagnie des Vieux-Grenadiers de Genève et le Noble contingent des Grenadiers fribourgeois, sans oublier les adolescents des Fifres et tambours de Genève. Le tout devant l’Uni Bastions et la Bibliothèque, autant dire sur un campus.

Une bonne occasion de découvrir qu’un million de Confédérés ont servi sous les drapeaux français au cours des six derniers siècles, une centaine de milliers y ayant trouvé la mort. On a même compté jusqu’à onze régiments suisses au sein des armées françaises ! Ce sont des Suisses qui sont à l’origine de la création de la Légion étrangère, un des corps d’élite les plus célèbres du monde, dont le premier colonel était, en 1831, un Suisse. C’est même au régiment de Diesbach (drapeau ci-contre) que la Légion étrangère a emprunté sa fameuse devise, « Honneur et fidélité ».

Me reviennent en mémoire la pièce d’eau des Suisses (creusée au château de Versailles par les Gardes suisses de Louis XIV), le massacre des Suisses qui protégeaient le roi Louis XVI sous la Révolution française [une honte pour la France, qui n’a pas rendu hommage à leur sacrifice exemplaire, mais aussi pour la Suisse, qui n’a dédié qu’une très modeste et trop discrète plaque commémorative à la mémoire de leur loyauté], les « Suisses » dans les églises, l'écrivain suisse Blaise Cendrars engagé volontaire dans la Légion étrangère dès 1914 (il sera grièvement blessé en 1915, mais 10 000 Suisses laisseront leur peau dans les tranchées) et toutes les expressions qui découlent de la fréquentation de ces Confédérés engagés au service de la France…

Ces Suisses ont décidément un rapport assez inhabituel à leur armée, que personne ne semble prendre très au sérieux, mais qui ne déclenche pas non plus cet antimilitariste presque instinctif, quoique mêlé de fascination, qui est de bon ton en France. J’ai du mal à imaginer la même situation à Paris : une section de fusiliers suisses paradant en armes devant la Sorbonne, sous les applaudissements de la foule, avec les képis blancs de la Légion étrangère pour leur rendre hommage…

C’est pour ça que les Genevois sont formidables.

Commentaires

Bonjour !
Et pourtant... pas toujours viscéralement antimiltaristes, nos amis français:
aux défilés du 14 juillet à Paris, c'est toujours la Légion qui est la plus applaudie.

"Tiens, voilà du boudin, voilà du boudin, voilà du boudin
Pour les Alsaciens, les SUISSES et les Lorrains..."

;o)

Écrit par : Blondesen | 28 septembre 2008

c'est dommage, si tu avais ouvert vraiement les yeux t'aurais vu les affiches pour le concert de la musique de la Légion au Victoria Hall vendredi 26/9. Tout simplement formidable et pas seulement de la musique militaire. A avoir des frisson dans le dos et les larmes aux yeux
marcel|30 septembre 2008

Écrit par : Baarsch | 30 septembre 2008

Merci pour les commentaires et désolé du retard à les commenter.
Je n'avais effectivement pas pensé au "Boudin", mais c'est clair que les références suisses abondent dans l'argot et la culture militaire française ("Boire en Suisse", c'est-à-dire sérieusement)...

Promis : la prochaine fois, j'irais au Victoria Hall, Baarsch

Écrit par : Paris-Gnèève | 02 octobre 2008

Si je puis me permettre, je ne suis pas absolument persuadé que la tradition genevoise ait fourni beaucoup de soldats suisses. Je pensais que les soldats suisses romands étaient plutôt vaudois ou fribourgeois. Et pour cause, puisque Genève n'est suisse que depuis 1815. Les gardes suisses du Pape sont-ils souvent genevois ?

Écrit par : R.M. | 07 octobre 2008

Excellente remarque, mais j'avoue ne pas encore distinguer très nettement le Genevois du Vaudois (un peu mieux, à l'accent) ou du Fribourgeois...
Ce qui m'a amusé, c'est cet hommage rendu à Genève, par des Genevois (avec de Fribourgeois), à un million de Confédérés et 100 000 morts pour la France.
Dieu reconnaîtra les siens !

Écrit par : Paris-Gnèève | 07 octobre 2008

Les Genevois sont suisses, comme les Savoyards français, et les Savoyards fêtent aussi 1789, même si en 1789, la Savoie n'était pas en France. Les fêtes nationales font référence à la nation en général. Mais votre blog fait référence à Genève en particulier. Sinon, pour l'historique, Fribourg est une cité alliée à Berne depuis des temps assez anciens. Elle est, on peut dire, la capitale de la Suisse catholique. Le canton de Fribourg intègre des parties de l'ancien pays de Vaud restées catholiques précisément parce que Fribourg les a prises sous sa protection, quand les Bernois ont conquis le Pays de Vaud, en 1536, et y ont instauré le culte protestant. Le canton de Vaud est donc essentiellement protestant. Genève fut d'abord essentiellement protestante, et on pourrait dire la capitale du protestantisme francophone, mais elle est d'abord demeurée une république indépendante, simplement alliée à Berne. En 1815, elle a été intégrée à la Suisse, mais le canton de Genève a dans le même temps intégré des parties qui étaient catholiques, soit issues de la France, soit issues de la Savoie, et peu à peu, sur le plan démographique, les catholiques sont devenus presque ausi nombreux que les protestants, natalité plus grande aidant. Cependant, les catholiques, notamment à Carouge, se sont mis à voter à gauche, et cela a fait vaciller la Genève protestante, qui n'a trouvé d'équilibre que dans la tradition radicale, issue de Voltaire et Benjamin Constant, et très liée à la tradition française moderne, issue, comme on dit, des Lumières. Parler de Genève protestante et s'étonner du commerce du sexe à Genève est donc un peu décalé, car cela correspond assez bien à Voltaire. Pour ce qui est de l'armée, je ne connais pas très bien l'histoire militaire genevoise, mais je crois qu'il s'est agi d'une milice bourgeoise ; or, l'armée a toujours été constituée, à la base, de gens du peuple. Mais Genève n'avait pas de territoire. Cela dit, les paysans rattachés en 1815 ont bien dû participer aux guerres napoléoniennes ; les Genevois aussi, bien sûr, mais enfin, comme je l'ai dit, l'armée a une base populaire, à mon avis.

Écrit par : R.M. | 08 octobre 2008

Ce blog est formidable pour la qualité des informations qu'on m'y donne sur les substrats de la mentalité suisse en général, et genevoise en particulier. Meric à R.M. pour son cours d'histoire ethno-culturelle.

Écrit par : Paris-Gnèève | 08 octobre 2008

Test

Écrit par : R.M. | 08 octobre 2008

Cher Rémi, votre sagacité historique est prise en défaut. Bourgeois en Suisse signifie souvent "membre de la communauté" ou plus exactement citoyen originaire de telle ou telle commune. Notamment dans le terme de milice bourgeoise qui signifie juste qu'elle était composée de citoyens de Genève.
Fribourg peut effectivement être considérée comme la capitale de la Suisse catholique, mais ROMANDE... Ce qui va faire plaisir aux Valaisans!
S'il est vrai que les mercenaires suisses n'étaient pas Genevois (de même que les Bourguignons qui se sont fait exterminer à Morat par Bernois et Fribourgeois étaient en fait Vaudois...) les légionnaires qui leur ont succédés comptaient eux de nombreux Genevois. De même que les Français de Genève, morts pour la France durant les deux guerres mondiales étaient fort nombreux.
Ce qui justifie pleinement cette manifestation du souvenir devant le Monument aux Morts du Consulat, organisée notamment sous l'égide de l'excellente Marie-Françoise de Tassigny, conseillère représentant Genève et la Suisse Romande à l'Assemblée des Français de l'Etranger.
Un mot encore, cher Parisien, d'un moment d'histoire commune qui me touche, ayant passé mon enfance à Neuchâtel. Il existe un tableau montrant les Canaris, régiment du Génie à l'uniforme jaune, composé uniquement de Neuchâtelois, notamment de Neuchâtelois des montagnes et de la Brévine (notre Sibérie suisse), qui en caleçons ou nus, parce que les paletots gelaient dans l'eau, bâtissent le pont sur la Bérézina qui permit au nabot sanguinaire d'échapper à l'enfer russe. Et après lui quelques dizaines de milliers d'hommes, sur le Million et demi partis à la conquête de Moscou. Quasiment tous les pontonniers Neuchâtelois, y sont restés.

Écrit par : Philippe Souaille | 08 octobre 2008

Quel bonheur de dialoguer avec des gens comme vous : tout cela me promet de bonnes lectures pour approfondir ces points d'histoire.
J'ignorais totalement que les fameux pontonniers de la Bérézina étaient des Neuchâtelois. Chapeau bas, messieurs !
Ce qui démontre que les Neuchâtelois n'aiment pas que le vin (voir mon blog du 29 septembre dernier).

Écrit par : Paris-Gnèève | 08 octobre 2008

M. Souaille, vos connaissances historiques peuvent aussi être prises en défaut, si je puis me permettre, car les gardes suisses se sont toujours insurgés contre l'idée qu'ils eussent représenté un mercenariat. En fait, ils ont toujous parlé de service de l'étranger, en lien avec les princes qui avaient avec les cantons des relations particulières. Ainsi, les gardes suisses du roi de France, du Pape ou du roi d'Espagne venaient en général des cantons catholiques, et notamment de Fribourg. Et les Suisses protestants servaient plutôt les princes protestants.

Je salue évidemment la participation des Genevois à la Légion étrangère.

Je n'ai pas compris sinon votre allusion aux milices bourgeoises. Car les citoyens de Genève, certes, n'étaient aps forcément des bourgeois au sens aristocratique qu'on donne à présent à ce mot, mais ils étaient bien habitants du bourg. Il me semble bien que les paysans des environs n'avaient pas le statut de citoyens. Du reste, vous l'ignorez peut-être, mais la défiance des Savoyards des environs, vis à vis de Genève, vient précisément de ce qu'ils n'ont pas toujours eu l'impression - à tort ou à raison - que les Genevois, même quand ils désiraient les rattacher à leur territoire, désiraient forcément leur donner la citoyenneté au sens complet. Il est donc surtout exact qu'on pouvait être citoyen sans être particulièrement riche. Mais citoyen, c'était quand même être l'habitant de la cité, et du bourg. Or, plus le temps a passé, vous ne l'ignorez pas, plus la différence de niveau de vie entre les habitants des villes et ceux des campagnes s'est accrue. Cela dit, à Annecy aussi, on a appelé milice bourgeoise celle qui émanait de la commune d'Annecy et qui était chargée de garder la cité au nom du duc.

Écrit par : R.Mogenet | 11 octobre 2008

(J'ajoute, M. Souaille, qu'il me semble qu'au moins l'université de Fribourg a eu pour ambition de rassembler tous les catholiques suisses, et non seulement romands. D'ailleurs, Fribourg a pu aussi être germanophone, au cours de son histoire. Je suppose que le caractère latin est plus profondément lié au catholicisme.)

Écrit par : R.Mogenet | 11 octobre 2008

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